‹ Memoires de Saint-Simon (volume 5)Chapitre 53 sur 610 · Ci-après, Appendice II, p · texte numérisé non relu

Ci-après, Appendice II, p

2. La bataille de Leuze se donna en 1691, première campagne du prince : « Il marchoit à la tête des gardes du corps et chargeoit les ennemis; le maréchal de Luxembourg fut forcé de se servir de toute son autorité pour l'en retirer. Rien ne put l'arrêter sur la tin de l'action : il échappa au maréchal, et, se mêlant avec les escadrons qui se rallioient, il enfonça la dernière ligne des alliés. » {Chronologie militaire, tome I, p. 590.) — À Steinkerque, blessé d'un coup de feu à l'épaule, il ne voulut se laisser poser qu'un léger appareil et accourut de nouveau dans la mêlée, où M. de Luxembourg, surpris par l'ennemi, avait déjà fait deux attaques sans succès, et ce furent les princes qui, avec le régiment des gardes, forcèrent le roi Guillaume à repasser les défilés. En vain le maréchal avait-il essayé d'envoyer le jeune duc à la réserve derrière Enghien ; son gouverneur le marquis d'Arcy fut forcé lui-même d'insister pour qu'on le laissât un moment « voir quelque chose, » et c'est alors qu'un coup de feu traversa son justaucorps d'une épaule à l'autre (rapport du maréchal, dans les notes du Journal de Dangeau, tome IV, p. 446; Gazette de 1692, p. 427 et 438-439; Mercure de juin 1701, p. 365-369, et de juillet 1706, p. 410- 420; lettres de Madame à son fils, 10 août 1692, dans l'Abbé Dubois, par le comte de Seilhac, tome I, p. 211 214, et à la duchesse de Hanovre, dans le recueil Jaeglé, tome l, p. 95-96). — A Nerwinde, nous l'avons vu (tome I, p. 248) « charger plusieurs fois à la tête de ces braves escadrons de la maison du Roi, avec une présence d'esprit et une valeur digne de sa naissance. » Voltaire a raconté (Siècle, p. 275) que, s'élançant pour la troisième fois, « il se trouva dans un terrain creux, environné de tous côtés d'hommes et de chevaux tués ou blessés. Un escadron s'avance à lui, lui crie de se rendre; on le saisit : il se défend seul, il blesse l'officier qui le retenait prisonnier, il s'en débarrasse. On revole à lui dans le moment, et on le dégage. » Comparez une lettre de Madame, dans le recueil Jaeglé, tome I,

abattement de Marcin.

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de ce qu'il ne vouloit plus commander l'armée. Comme il m. le duc passoit donc de la sorte à la tête des camps, un soldat de d Orléans,

., , ,., a la prière

Piémont 1 appela par son nom, et lui demanda s il leur des soldats, refuseroit son épée. Ce mot fit plus que n'avoient pu les reprend le

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OIIlCiers généraux qui 1 avoient ete tirer de chez lui : il ment

répondit au soldat qu'il la lui demandoit de trop bonne sur le point grâce pour en être refusé, et, mettant à l'instant à ses pieds tant de mécontentements si vifs et si justes, il ne pensa plus qu'à secourir Marcin et la Feuillade malgré euxmêmes. Mais il n'étoit plus possible de sortir des lignes quand bien même ils y auroient consenti : l'armée ennemie commençoit à paroître, et s'avança si diligemment, que le temps manqua pour achever les dispositions1. Marcin, plus Étrange mort que vif, voyant ses espérances trompées, abîmé dans les réflexions, qui n'étoient plus de saison, parut comme un homme condamné, incapable de donner aucun ordre à propos2. Les vuides étoient grands dans les lignes : M. le

p. 100, les Mémoires de Sourches, tome IV, p. 234-235, et le Mercure de juin 1701, p. 369.

1. Sur cette fatale journée, voyez le Journal île Dam/eau, p. 204- 205, les Mémoires de Sourches, p. 170-171, la Gazette, p. 455-450, la Gazette d'Amsterdam, Extr. lxxvi, n°" lxxvii-lxxx, et Extr. lxxxiii, le Journal de Verdun, tome 11, p. 296-298 et 321-327, le recueil de Laniberty, tome IV, p. 165-173, le Mercure du mois, p. 296-338 et 360-368, le Journal historique du sièije, p. 127-140, Ylstoria du comte Ottieri, tome IV, p. 252-262, les Mémoires militaires, p. 280-288 et 652-685, les Feldziiqe des Prinzen Euijen, tome VIII, p. 251-270, etc. M. Paul Boselli a publié dans les Atli délia reale Accademia di Torino, tome XXVII (1891-92), p. 470-505, une étude sur la bataille de Turin et sur le rôle de la duchesse de Bourgogne dans cette campagne. Les meilleures relations sont celles de l'historien du prince Eugène et de Quincy, reproduites dans les Mémoires militaires. Dans les papiers du duc d'Orléans et de Dubois, nous en avons une de Saint-Frémond, adressée le II à M. Desmarel/. ; on la trouvera ci-après, p. 499. Un plan excellent est joint au Journal historique du sièqe. Il y a aussi des plans et des estampes dans la collection Hennin, n"9 7019-7054 du catalogue, sans parler de l'atlas du général Pelet.

2. Dans une lettre du lendemain au Roi, le prince écrivit. (Mémoires militaires, p. 284) : « Depuis que nous avons eu avis que les ennemis passoient la Doire, j'ai voulu avec tant d'opiniâtreté qu'on dégarnit

Triple

désobéissance et opposition

formelle

de la Feuillade

à M. le duc

d'Orléans.

duc d'Orléans envoya chercher les quarante-six bataillons d'Albergotti, qui, sur cette hauteur des Capucins1, demeuroient également éloignés et inutiles contre la place et contre le prince Eugène; mais la Feuillade, bien plus craint et obéi que le prince, avoit défendu à Albergotti de bouger, et il ne bougea malgré les ordres réitérés de M. le duc d'Orléans. 11 y renvoya encore les chercher : en même temps, la Feuillade leur envoya défendre de marcher, et ils ne bougèrent encore2. Cependant le duc d'Orléans, pour remplir un peu les intervalles de la ligne si dégarnie, y mêla des escadrons avec les bataillons, et la fortifia en affaiblissant sa seconde ligne, comptant toujours que les quarante-six bataillons d'Albergotti alloient arriver. En attendant, il envoya hâter d'autres troupes un peu éloignées de passer un petit pont et de venir à lui garnir les lignes; mais la Feuillade, encore poussé de je ne sais quel démon, et qui sut cet ordre, s'en alla lui-même se mettre sur ce petit pont et les arrêter. La désobéissance fut telle, que, M. le duc d'Orléans ayant lui-même commandé à un

les hauteurs pour donner un combat entre la Doire et la Stura, avec toutes nos forces, ou mettre nos retranchements en sûreté contre tous leurs efforts, que M. le maréchal de Marcin fut obligé de me lire, pour m'en empêcher, que je n'avois pas le pouvoir de lever les troupes du siège, et qu'il falloit attendre les ordres de Votre Majesté. » Et à Chamillart, le même jour (p. 285) : « Je fus piqué de la résistance que je trouvai sur cela dans Monsieur le maréchal, et je l'assurai que vous étiez si vertueux, que, si je vous a vois dit mes raisons comme à lui, vous auriez conseillé à M. le duc de la Feuillade de lever les quartiers. » Or, la veille du jour fatal, c'est-à-dire le 6, répondant à la lettre écrite par son neveu le 30-31 août, le Roi avait donné toute autorisation, « s'il en était besoin, » de lever le siège et de réunir les deux armées de Lombardie et de Piémont afin de tenir de près les ennemis, en prenant conseil du maréchal de Marcin et de ceux qui connaissaient le pays (ibidem, p. 285-286 et 687-688). Le public reprocha au prince de n'avoir pas mis le maréchal de Marcin aux arrêts, et, un siècle plus tard, Napoléon Ie', dans ses Mémoires pour servir à l'histoire de France, a jugé qu'il aurait dû imposer sa volonté personnelle, même contre un ordre formel, ce que Tourville eût dû faire en 1693. 1. Ci-dessus, p. 44. — 2. Voyez ci-après, p. 500.

de Turin.

officier qui menoitun escadron du régiment d'Anjou1 de le

faire marcher, il le refusa : sur quoi, le prince lui balafra

le visage, et le fît dire au Roi 2. L'attaque, commencée sur Bataille

les dix heures du matin, fut poussée avec une incroyable

vigueur, et soutenue d'abord de même. Langalerie, qui

avoit fort servi le prince Eugène dans la marche, ne lui fut

pas moins utile dans l'action3 : il perça le premier, par

des intervalles que le petit nombre de nos troupes laissoit

ouvertes*. Le prince Eugène y courut avec des troupes;

d'autres intervalles, où on ne put suffire, donnèrent entrée

à d'autres troupes5. Marcin, vers le milieu du combat,

1. Anjou-cavalerie, l'ancien régiment de Villars, était à M. d'Alègre, qui le vendit soixante-quinze mille livres l'année suivante ; il n'en avait coûté que cinquante-six en 1697, et remonta à quatre-vingt-dix mille livres en 1712, plus un pot-de-vin de quatre mille livres (Dangeau, tomes VI, p. 54, IX, p. 485, XI, p. 317, et XIV, p. 81 et 272).

2. « Un officier qui commandoit un escadron du régiment d'Anjou, à qui M. le duc d'Orléans commanda de faire marcher son escadron, refusa de marcher; M. le duc d'Orléans lui a balafré le visage, et a donné ordre à Saint-Léger de le dire au Roi » (Dangeau, p. 205; Sourches, p. 171 ; Gazette (V Amsterdam, n° lxxvii).

3. Le bruit commun fut en effet, comme on le voit dans le Journal du commissaire Narbonne, p. 80, que Langalerie persuada au prince Eugène que le duc d'Orléans ne pourrait sortir de ses lignes, et, dans les Mémoires apocryphes qui furent publiés en 1743, sous le nom de ce transfuge que nous avons vu passer à l'Empereur au commencement de 1706 (tome XIII, p. 334-339), l'auteur, à plusieurs reprises, lui attribue tout le mérite de la défaite de ses anciens camarades. Son rôle dans l'affaire de Pianezza, puis dans l'attaque des lignes, où il trouva devant lui la Vieille-Marine, est établi plus exactement dans les Feldzuge des Prinzen Eugen, tome VIII, p. 269 et 270. Il commandait la réserve de cavalerie, et l'autre transfuge Bonneval était placé à l'une des deux ailes.

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