‹ Memoires de Saint-Simon (volume 5)Chapitre 533 sur 610 · LA MAISON DE LA TOUR-D'AUVERGNE · texte numérisé non relu

LA MAISON DE LA TOUR-D'AUVERGNE

« Quelque origine que puisse avoir la maison de la Tour, et soit qu'elle la tire, comme elle le prétend, d'un Bernard second, fils d'Acfred, duc d'Aquitaine et comte d'Auvergne l'an 917, sous le règne du roi Charles le Simple, qui mourut l'an 927, soit qu'elle la tire de quelque autre source inconnue, personne ne sauroit disconvenir qu'elle ne soit, au moins depuis plus de six cents ans, une maison des plus puissantes et des plus illustres de l'Auvergne.

« Géraud Ier, surnommé de la Tour, dont cette maison dit qu'elle descend, étoit constamment seigneur de cette forteresse l'an 1008, l'un des plus grands seigneurs de son pays, et cette extraction, bien établie dans ceux qui se croient sa postérité, les met au rang des races qui remontent jusqu'à la plus haute ancienneté.

« Cet avantage cependant ne satisfait pas la maison de la Tour : elle veut absolument avoir des princes pour ses premiers ancêtres paternels, elle veut les trouver dans les premiers souverains de l'Auvergne et de l'Aquitaine, et c'est sur ce fondement qu'elle a joint de nos jours le surnom d'Auvergne à celui de la Tour (ce qui ne devroit pas être permis), pour insinuer par là qu'elle est issue masculinement des princes de cette province, et que, si elle a présentement le même rang qu'eux, c'est moins à la bonté et à la grâce du Roi qu'elle en est redevable depuis l'an 1652, qu'au droit qu'elle croit en avoir par l'extraction qu'elle suppose. Mais le public, que cette prétention a irrité et soulevé, combat fortement cette origine, et il trouve encore fort à dire que, parce qu'on est d'une condition plus relevée que le commun des hommes, on ne se contente pas de ce bonheur, et que, séduit par la vanité de s'égaler aux princes, on se serve de toutes sortes de voies pour se mettre côte à côte des maîtres du monde, pour persuader qu'on en descend. Il est vrai que, depuis quelques années, bien d'autres races inférieures à celle-ci se sont flattées de la même imagination, et qu'elles soutiennent hardiment qu'elles sortent des princes qui ont dominé dans les pays d'où elles sont originaires; mais, comme ces prétentions sont une espèce d'attentat qui blesse la majesté royale, il n'y a guère d'abus qui mérite plus d'être réprimé dans ceux qui veulent s'en prévaloir, et il sera toujours de la justice du Roi de châtier ces entreprises et de réduire par son autorité chacun de ceux qui sont éblouis par cette illusion à demeurer dans l'ordre où il a plu à la

1. Ci-dessus, p. 178, note 5. — Extrait des mémoires faits par d'Hozier, en 170G, pour l'édification du Roi et de Mme de Maintenon : ms. Clairainbault 719, p. 50-53.

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