LA MAISON DE LA TOUR-D'AUVERGNE
Providence de les faire naître; car, pour être prince, et pour se prétendre légitimement prince par le sang, il faut être d'une maison dans laquelle il y ait un souverain qui subsiste et qui possède actuellement un état souverain, et que, par l'ordre de la succession linéale, il puisse, à son tour, succéder à cette souveraineté. Sans cela, on ne peut être ni se dire prince, et, dès que la souveraineté est sortie d'une race, la condition de ceux qui en sont issus se confond avec celle des autres particuliers, et il ne leur reste d'autre avantage que de pouvoir dire que leurs ancêtres étoient souverains.
« Je ne sais s'il me doit être permis de parler comme je le fais, car je ne dois pas entrer dans le sanctuaire ; mais, comme je suis obligé de donner mon témoignage sur les principales races de l'État, j'ai cru que je pouvois dire ce que j'en sais avec la judicieuse liberté d'un honnête homme, et ne me pas souvenir, au sujet de celle-ci, de toutes les injures qu'on m'a dites dans un des imprimés qu'on a publiés contre la généalogie et les preuves de MM. de Bouillon, et de ce qu'on y a avancé que, moi qui n'ai jamais eu aucune relation avec eux, c'étoit à eux cà qui je devois les huit cents livres qu'il a plu au Roi d'ajouter à la pension de douze cents livres dont je jouis par sa bonté depuis l'an 1684 à la recommandation de Monsieur le Grand et de M. le duc de Noailles, comme je jouis de ces huit cents livres de surplus à la recommandation de Mme de Maintenon et à la bienveillance dont elle m'honore.
« Pour revenir à Géraud Ier, seigneur de la Tour, comme ses descendants surent se distinguer toujours parleur condition relevée, Ber nard VIe, seigneur de la Tour, épousa, l'an 1295, Béatrix, fille d'Henri, comte de Rodez et de Rouergue, et Bertrand IIIe, seigneur de la Tour, issu de lui, eut le bonheur de devenir comte d'Auvergne et de Boulogne par le mariage qu'il fit, l'an 1388, avec Marie, héritière de ces comtés après la mort de Jeanne, comtesse d'Auvergne et de Boulogne, sa cousine, laquelle avoit épousé Jean de France, duc de Berry, mort sans enfants l'an 1416.
« Cette riche succession l'éleva au point que deux de ses petitesfilles eurent l'honneur d'épouser, l'une Louis de Bourbon, comte de Montpensier, l'an 1442, et l'autre Guillaume de Bretagne, comte de Penthièvre; et, Jean de la Tour, leur neveu, aussi comte d'Auvergne cl de Boulogne, s'étant encore allié dans la maison royale en épousant, Tan 1494, Jeanne de Bourbon-Vendôme, Madeleine de la Tour, leur fille, fut mariée l'an 1518 avec Laurent de Médicis, duc d'Urbin, et elle fut la mère de Catherine de Médicis reine de France.
« La branche de la Tour d'Olliergues, depuis vicomtes de Turenne, descend de Bertrand de la Tour, seigneur d'Olliergues l'an 1314, qui étoit le frère puîné de Bertrand VIe, seigneur de la Tour, mari de Béatrix de Rodez. Ce fut Annet de la Tour, seigneur d'Olliergues, issu de ce Bertrand, qui épousa, l'an 1444, l'héritière du vicomte de Turenne, et c'est de ce mariage que sont venus successivement les autres
vicomtes de Tuienne, depuis ducs de Bouillon parce que le roi Henri IV, (|iii alï'eetionnoit particulièrement Henri de la Tour, vicomte de Turenne, qui l'avoit bien servi dans les guerres de la Religion comme un des principaux chefs de ce parti, après lui avoit l'ait épouse*, l'an 1592, Catherine1 de la Marck, duchesse de Bouillon et princesse de Sedan, voulut qu'il succédât à tous les biens de sa femme, <j ti i mourut sans enfants l'an 4594.
« Les seigneurs de Murât et du Planchas, en Auvergne, sont une branche de cette maison; mais on les désavoue présentement pan. qu'ils sont très pauvres, comme si la pauvreté, qui est un accident de la fortune, pouvoit ôter la noblesse originaire du sang, et comme si, dans la plupart des maisons souveraines, il n'y avoit pas eu toujours, et il n'y avoit pas encore des branches qui n'en soutiennent pas la dignité par le défaut de leurs richesses, parce que la noblesse n'est autre chose que ce qu'on appelle inveteraise divitiœ, des richesses envieillies, c'est-à-dire des richesses successives. »