‹ Memoires de Saint-Simon (volume 5)Chapitre 535 sur 610 · LETTRE DU CARDINAL DE BOUILLON A M. DE PONTCHARTRAIN · texte numérisé non relu

LETTRE DU CARDINAL DE BOUILLON A M. DE PONTCHARTRAIN

« Ce dimanche matin, 13rae février 16952.

« Vous avez, Monsieur, un si grand nombre d'affaires, et si considérables, que je ne serois pas surpris, nonobstant l'amitié dont vous m'honorez, si vous oubliiez ou remettiez de parler ce soir au Roi des affaires dont je vous ai remis les papiers, par ses ordres, pour que vous preniez la peine de lui en faire la lecture, après laquelle je vous supplie de faire connoitre à S. M. :

« 1° Que tous nos droits et nos désirs sont uniquement subordonnés, non seulement à ses volontés positives, mais à ce que nous pourrons deviner être plus de son goût, après qu'il aura eu connoissance de la vérité des faits contenus dans le mémoire dont il veut bien avoir la lecture, et réfléchir sur ce que j'ai pris la liberté de lui confier, et à vous par ses ordres;

« 2° Que le vrai moyen d'abolir à jamais ce nom de Dauphin, sur lequel on a pris en gré de me donner des ridicules, est que cette terre nous revienne pour en faire un des deux usages que j'ai pris la liberté de marquer, ou tel autre que l'on jugera à propos;

« 3° Que, remplaçant de la baronnie de Montaigu la terre en question, le duché de Montpensier, loin de diminuer de revenus et de ses convenances, augmentera en revenus et en convenances à cause de sa situation en Auvergne plus proche de Montpensier et des autres terres qui composent le duché, que la terre en question;

« 4° Que, si le Roi agrée sur cela nos pensées, dès demain matin je ferai les démarches, remplies de respect et de soumission, auprès de Monsieur, lesquelles, comme j'espère connoissant son fonds rempli de bonté, de générosité et de justice, le porteront à me dire qu'il veut bien la chose pourvu que S. M. l'ait pour agréable;

« 5° Que, si j'ose encore supplier le Roi de vouloir bien que vous lui donniez la lecture de la traduction de cette lettre de saint Louis, dont l'original est dans le cartulaire manuscrit de Brioude que je vous ai fait voir, et dont je ne me dessaisirai pas sitôt, dans l'espérance que le Roi aura peut-être la curiosité de le vouloir voir lui-même, ce n'est qu'afin que S. M. soit, par elle-même, détrompée de l'idée qu'on lui a pu donner que c'étoit moi qui m'étois mis en tête la chimère que notre maison descendoit des ducs d'Aquitaine et comtes d'Auvergne, car au moins le Roi verra-t-il par ce titre que, si c'est une chimère,

Page 1