LE. CARDINAL DE BOUILLON, BALUZE ET LE PROCÈS DES FAUSSAIRES
Dans les soixante-dix pages que nous avons eues plus haut1, Saint- Simon a indiqué les origines de la maison de la Tour, exposé celles de la principauté de Sedan et du duché de Bouillon, retracé à grands traits quel fut le rôle de chacun des la Marck qui possédèrent ces deux souverainetés, ou prétendues telles, jusqu'au règne d'Henri IV, puis celui des trois générations de la Tour — devenue d'Auvergne — qui, ayant hérité des la Marck et pris rang ainsi parmi les princes étrangers reconnus par la cour de France, élevèrent peu à peu leur maison au pinacle durant la période comprise entre 1594 et 1700 : après quoi, ayant achevé cette exposition préliminaire, qui est bien nourrie et ne pèche que sur quelques points de détail ou par l'arrangement du discours, il a raconté beaucoup plus sommairement les scandaleux esclandres où aboutirent, par le fait du cardinal de Bouillon, tant de prétentions et d'usurpations successives. Là, manquant d'informations précises, il n'a indiqué que très superficiellement dans quelles conditions ces esclandres se produisirent, et leur dramatique conclusion. Le commentateur des Mémoires doit donc suppléer à l'insuffisance de cette dernière partie du récit, en même temps que rectifier les inexactitudes de la première, ou y combler certaines lacunes. Par une coïncidence inattendue, cette obligation devient encore plus stricte aujourd'hui que deux livres nouveaux viennent de paraître en Bourgogne et en Limousin, sur le cardinal de Bouillon et sur Baluze, et que les auteurs, MM. Félix Reyssié et Emile Fage, y ont présenté les faits sous un jour favorable à leurs deux héros, par conséquent avec des interprétations et des conclusions absolument opposées à celles de Saint-Simon. Pour défendre celui-ci, ce qui m'était arrivé rarement jusqu'à présent, il m'a fallu pousser encore plus avant l'étude des faits et l'examen des documents innombrables qui s'y rapportent, et, par suite, donner à ce travail de tels développements, qu'un de nos appendices ne suffirait même pas pour en contenir l'abrégé sommaire. Je dois donc me borner à annoncer le volume qui en sortira prochainement, je l'espère, et à corriger pour le moment, en quelques pages, les principales défectuosités du récit de notre auteur.
Ainsi, et dès le début, c'est à peine s'il a consacré deux lignes à l'extraction primitive des la Tour antérieurement au temps où, devenant ducs de Bouillon et princes étrangers, ils relevèrent le nom