‹ Memoires de Saint-Simon (volume 5)Chapitre 559 sur 610 · De 1572 à · texte numérisé non relu

De 1572 à

5. G7 494, 14 juin 1692. C'est le marquis de Beuvron, père du futur maréchal d'Harcourt et lieutenant général de la province.

de tous ceux qui le connoissent comme le plus extravagant et incompatible homme «lu monde avec beaucoup d'autres défauts que je ne dis pas1, et, quoique je le; regarde comme un homme qui n'est pas sage, cl que je méprise la plus grande partie de ses discours, cependant il est fort désagréable, malgré moi, de m'y voir exposé, < I d'essuyer, en présence de toute la noblesse, d'un pays, toutes les folies, extravagances, et le manque de respect à mon égard dudil lieutenant général.... Vous avez confiance à M. deChamillart : si vous avez agréable de lui demander ce que c'est que cet homme-là, il l'a connu dans ce pays-ci, il vous informera quel il est, et de son caractère et du mien.... »

En effet, très peu de temps avant que Boisguilbert n'acquit la charge de lieutenant général du bailliage et présidial, Michel Chamillart avait occupé l'intendance de Rouen pendant quinze mois (janvier 4689 à mars 1690), et, lorsqu'il remplaça Pontchartrain au Contrôle général, Boisguilbert put se prévaloir d'anciennes relations pour renouer commerce.

Nous possédons la majeure partie de sa correspondance, avec les minutes des réponses, pendant l'entière durée de ce ministère2 : on ne saurait souhaiter mieux pour suivre la marche de ses travaux, et pour constater aussi que Saint-Simon a dépeint avec une réelle exactitude les contrastes du caractère de Chamillart : bon et parfaitement honnête, poli, patient, obligeant, affable, ne se rebutant ni des propositions les plus ineptes, ni des demandes les plus absurdes réitérées indéfiniment, accordant avec grâce, refusant avec peine, mais, autrement, fort borné et, comme les gens de peu d'esprit et de lumière, « très opiniâtre, très entêté, riant jaune, avec une douce compassion, à qui opposoit des raisons aux siennes, et entièrement incapable de les entendre. »

Boisguilbert n'attendit pas même que le nouveau contrôleur général fût installé pour aller prendre l'air des bureaux, exposer ses plans, solliciter une permission de les mettre en essai, et, bientôt après — car il n'oubliait pas non plus ses intérêts personnels, — pour obtenir quelque rabais sur l'office de lieutenant général de police qu'il se voyait obligé de réunir à sa charge du bailliage3. De ces premières audiences il rapporta toute espérance : son plan de répartition de la

1. On l accusait, quoique avec certaines réticence >, d'extorquer de l'argent à ses justiciables.

2. Appendice du tome II de la Correspondance des Contrôleurs généraux, p. 524-570.

3. Avec les taxes qui vinrent s'ajouter successivement au prix originel, cette charge de la police lui coûta environ cent mille livres, pour un revenu approximatif, casuel compris, de dix mille livres.

taille paraissait plaire, et il était autorisé à s'entendre avec l'intendant, M. de la Bourdonnaye.

C'est à la même époque, fin de 1699, et après un nouveau séjour à Rouen1, que le maréchal de Vauban, dont ce « médisant de génie qu'on appelle Saint-Simon n'a pas osé médire2, » termina et présenta le projet d'une réforme radicale de l'impôt qu'il préparait depuis bien des années, mais auquel la paix lui avait permis de mettre la dernière main. Ici doit se placer une observation préalable. Nous ne pouvons, en effet, admettre que les deux projets de Vauban et de Boisguilbert fussent « à peu près les mêmes, » ni que leurs auteurs « convinssent, sinon en tout, au moins sur les choses principales3. » Sans doute ils s'accordent pour proclamer qu'une réforme est nécessaire, que le point de départ en doit être une suppression complète des traitants, des exacteurs et de leurs voleries, des impositions arbitraires et des abus analogues, surtout des exemptions accordées à l'autorité, à la naissance, à la faveur4; que la richesse ne vient pas de l'abondance des métaux précieux, mais de la prospérité du commerce et de l'agriculture. Mais là se borne leur commune entente. Comme Saint-Simon le dit lui-même, sans s'apercevoir delà contradiction, Boisguilbert se serait contenté d'une suppression des impôts les plus odieux, surtout des frais immenses et des exactions, et aurait laissé subsister, sauf réglementation judicieuse, les impôts principaux, taille, capitation, avec quelques droits sur les denrées et sur le commerce étranger, « à la manière de Hollande. » Pour lui, l'essentiel était d'obtenir une répartition exacte, de réduire les frais, et de faire entrer directement les

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