Ci-dessus, p
4. Boisguilbert écrit, le A février 1702 : « Les traitants et ceux qui les protègent ne veulent pas que Messieurs les ministres conçoivent par expérience ce qu'il y a à gagner en les congédiant. » Et, de son côté, Vauban : « Les peuples ne seront plus exposés aux mangeries des traitants, non plus qu'à la taille arbitraire, aux aides et aux douanes, aux friponneries des gabelles, et à tant d'autres droits onéreux qui ont donné lieu à des vexations infinies exercées à tort et à travers sur le tiers et le quart, qui ont mis une infinité de gens à l'hôpital et sur le pavé, et en partie dépeuplé le Royaume. Ces armées de traitants et sous-traitants, avec leurs commis de toutes espèces, ces sangsues d'État dont le nombre seroit suffisant pour remplir les galères, après mille friponneries pendables, marchent la tête Levée dans Paris, parés des dépouilles de leurs concitoyens, avec autant d'orgueil que s'ils avoient sauvé l'État! C'est de l'oppression de toutes ces harpies dont il faut garantir ce précieux fonds, je veux dire les peuples les meilleurs à leur roi qui soient sous le ciel.... » Boisguilbert fit, sur ce sujet inépuisable, un Traité du mérite et des lumières de ceux que Von appelle gens habiles dans la finance ou grands financiers, qui fut compris dans l'édition complète de 1707, et (pie Ilorn a reproduit dans son livre de 1867.
produits au Trésor royal. Au contraire, dans son intransigeance radicale, Vauban exigeait la suppression des impôts mêmes, et prétendait ne laisser qu'une contribution unique, la « dune royale, » mais divisée en i\cux branche^ sur les terres d'une part, et, de l'autre, sur le commerce et l'industrie. Où notre auteur se trompe 'encore, c'est quand il prétend qu'à la suite d'entrevues des deux réformateurs, Vauban, « peu attaché à ses ouvrages, » les « rectifia » sur ceux de Boisguilbert. Tout au contraire, c'est Boisguilbert qui se montra le plus conciliant; nous le verrons même faire des emprunts au système de Vauban, alors que celui-ci se refusait absolument à un compromis quelconque. « Tout ou rien, disait Vauban, est la devise de ce Projet. Il doit être observé ou rejeté en tout, n'étant pas capable, par sa nature, d'aucune compatibilité avec les autres. » Où Saint-Simon se trompe enfin, c'est quand il parle de « règles très simples, très sages, très faciles, posées par Vauban pour la levée de ses deux dîmes, et de preuves d'une netteté et d'une évidence à ne s'y pouvoir refuser. » De tout temps, dans tous les camps, la dime royale a été jugée absolument impraticable, et, quant aux preuves, ce qu'il y a de plus net dans cette partie du Projet repose précisément sur les documents statistiques de Boisguilbert et de ses amis normands1. En effet, nous voyons, par la correspondance, que Vauban s'était rencontré une première fois avec Boisguilbert et les gros banquiers de Rouen en 1694, c'est-à-dire au temps où il énonça ses idées de dime dans un avantprojet de capitation2, et, quelques jours après l'édit de la capitation, il offrait à un ami3 de lui montrer ce qu'il avait pensé d' « une dime royale sur toutes les natures de revenus4. » Depuis, l'idée avait pris corps, mais sans dévier de ce point de départ primitif, la substitution d'une dime générale à tous les impôts. Son manuscrit étant mis an net, à la fin de 1699, Vauban en fit tenir aux ministres, aux princes, puis au Roi lui-même, des exemplaires dont quelques-uns sont parvenus jusqu'à nous5, avec le titre de Projet de conversion de la taille,
1. On a énormément écrit sur Vauban. J'indiquerai seulement, comme un résumé magistral de son système, le rapport que Léon Say fit, en 1891, à l'Académie des sciences politiques, à l'occasion du concours ouvert par cette compagnie sur « Vauban économiste. » Des récompenses furent décernées à MM. Georges Michel, André Liesse, Hubert Valleroux et Ferdinand Dreyfus.
2. J'ai publié ce projet, antérieur à l'établissement de l'impôt, dans l'Appendice du tome I de la Correspondance des Contrôleurs généraux, p. 501- 565. On retrouve, trois ans auparavant, dans le mémoire de Vauban sur l'élection de Vézelay, l'idée en germe d'une imposition unique, du vingtième des revenus de toute espèce.
3. Sans doute le Peletier de Souzy, avec qui il était en relations directes et journalières pour le service des fortifications.