D'octobre 1700 à juin
tion et de la dime royale de Vauban. Il y voit une ressource intarissable, non |»;is seulement cinquante millions, m;iis quatre-vingts, mais cent même, pour peu qu'on porte la contribution personnelle au delà d'un vingtième du revenu; H cela tout en quadruplant le produit des biens, en conservant d'autre part la taille, les aides simplifiées, et même en maintenant à leurs postes traitants et fermiers1. Si le ministre consent à patronner ce projet et à le faire sien, il peut être SÛT de passer à la postérité comme un glorieux émule des Sully et dos Richelieu.
Le moment était mal choisi : tout aux expédients journaliers, aux avis de finance, aux affaires extraordinaires qui donnent de l'argent comptant, Chamillart avait mieux à faire que d'écouter des propositions à longue échéance. Pour se débarrasser de Boisguilbert, il le remit, en 1702 2, aux mains d'un intermédiaire. En vérité, c'est le meilleur que notre Roucnnais eût pu souhaiter, c'est Chamlay : capable, éclairé autant que modeste et délicat, Chamlay n'est pas seulement le conseiller le plus écouté du Pioi lui-même quand il s'agit de préparer un plan de campagne ou de mener une négociation secrète; il a aussi beaucoup de goût pour les problèmes économiques et financiers que chaque jour complique la détresse croissante, et il sait seconder, diriger dans Chamillart le contrôleur général aussi bien que le secrétaire d'État de la guerre. De plus, son caractère conciliant, ses manières courtoises, son aménité, remédient aux accès d'impatience dont, parfois, le ministre ne se peut défendre. Chamlay sera donc, à partir de cette époque, un excellent commissaire pour Boisguilbert. Il ne pourra cependant lui épargner de sensibles désagréments. Un jour, par exemple, à l'occasion d'une nouvelle création d'augmentations de gages, c'est-à-dire d'un supplément de finance demandé au bailliage de Rouen, le lieutenant général se trouvera taxé au double des autres magistrats, et moitié plus que la dernière fois. Il réclame ; Chamillart ne fait que cette réponse ironique3 : « M. d'Armenon ville, qui a été chargé de régler la répartition, a voulu suivre apparemment les mémoires que vous lui avez donnés...; il vous a augmenté considérablement parce qu'on a connu que vous étiez plus en état de payer que les autres. Souvenez-vous, à cette occasion, puisque vous vous en plaignez, que tout votre projet ne roule que sur l'objet de rendre les charges proportionnelles au bien de ceux qui les doivent payer, et que tous les hommes ne savent point se faire justice. » Ce ne sera pas la dernière taxe; il en subira encore pour trois cent mille livres, et pleurera toujours tant d'argent versé dans les caisses des traitants.
1. Lettre du 18 juillet 1703. Dans son livre sur Boisguilbert, Horn a indiqué (p. 277-311) les différences du système proposé en 1695, dans le Détail, à celui du Faction (1706), et aussi à la Dime de Vauban.