Lettre du 23 octobre 1702 : ibidem
Mais, comme les inventeurs lancés à la poursuite de l'absolu, Boisguilbert ne témoignait jamais ni rancune ni découragement. Nous le retrouvons encore, à la date du 18 juillet 1703, adressant à M. Chamillart un aperçu de son nouveau projet1. Définitivement, c'est une combinaison de la dimè avec la capitation. « J'examinerai, répond le ministre, et, s'il y a la moindre solidité, j'en profiterai ; mais j'appréhende, par expérience, qu'il n'y ait beaucoup plus d'idée que de réalité. » L'examen ne fut cependant pas trop défavorable, puisque, le 2 novembre, il y eut une entrevue à l'Étang. Au bout de trois heures passées entre Chamillart et Desmaretz, Boisguilbert revient tout affolé de joie, et de là s'ensuit une correspondance si continue, que nous ne comptons pas moins de huit lettres dans une période de vingt-deux jours du mois de juillet 1704, et des lettres pleines de démonstrations répétées2. « Tout cela, dit-il dans la dernière, n'est que l'extrait d'un traité qui doit tôt ou tard paroitre en public pour montrer, si c'est de mon vivant, que l'on ne propose rien que du consentement des peuples, ou si c'est après ma mort, que je n'ai rien oublié pour empêcher leur ruine, et par conséquent celle du Roi. Cet ouvrage ayant été communiqué aux plus sensés et plus intéressés sujets que je connoisse, c'està-dire les plus riches, il n'y en a aucun qui ne m'ait marqué être prêt à le signer, me faisant remarquer à même temps l'impossibilité du côté des intérêts du ministère : ce qui ne conclut rien à mon égard, parce que je suis très assuré que vous seul n'êtes point fait comme les autres.... C'est un marché sans peur et sans reproche que je vous offre pour devenir le premier homme de votre siècle.... J'attends vos ordres pour savoir mon sort et celui de la France. »
Mais le voici désespéré de nouveau, parce que le directeur Desmaretz ne trouve dans ses mémoires que galimatias et vues embrouillées : il se tourne alors du côté de M. de Vauban3, et le supplie, en souvenir de leurs anciennes relations de 1694 et de 1700, de lui accorder une audience secrète. « Quelque applaudissement, lui écrit-il, que le public ait donné à mon premier ouvrage, ce n'est rien, au dire des experts, en comparaison de ce que j'ai fait depuis. » 11 s'agissait toujours de faire produire pour le Roi, « en deux heures, sans rien décon certer ni mettre au hasard par aucun nouvel établissement, » un revenu de quatre-vingts millions par delà la capitation, avec bénéfice de quatre fois autant pour les peuples. Vauban se contenta de transmettre la lettre au ministre : « Je sais bien que M. de Boisguilbert est un pou éveillé du côté de l'entendement...; mais quelquefois les plus fous donnent de fort bons avis aux plus sages. » Les portes n'en restèrent