‹ Memoires de Saint-Simon (volume 5)Chapitre 565 sur 610 · Ibidem, p · texte numérisé non relu

Ibidem, p

3. Lettre du 22 août 1704, publiée avec celle de Vauban dans le même tome II des Contrôleurs généraux, p. 545. L'une et l'autre sont exposées au musée des Archives nationales.

pas moins fermées, et Boisguilbert ne put qu'envoyer une copie du nouveau traité préliminaire où il réfutait « à la fois l'erreur commune q\ L'objection que Chamillart lui avait faite de la rareté de l'argent1. »

C'est le Traité de la nature des richesses, qui ne parut que trois ans plus tard dans le recueil de ses œuvres complètes. La thèse étaitcelle-ci : plus l'argent est rare en France, comme à présent, plus il en existe et plus il s'en remet dans le commerce, plus il circule et plus on le voit souvent. Pour le coup, Chamillart, tout en exprimant un ironique regret de ne pas être assez subtil pour saisir de semblables paradoxes, voulut bien offrir une audience de deux heures, et Boisguilbert l'en remercia en ces termes2 : « Il paroit que votre bonté acquiesce à l'importunité d'un visionnaire dont vous voulez bien prendre la peine de rétablir la tête en bonne assiette, sans qu'il soit jamais entré dans la vôtre qu'il y ait seulement apparence de vraisemblable dans les choses qu'il vous propose, ou dont il vous importune depuis quinze ans après en avoir autant employé à les digérer par la pratique. » De l'audience, Boisguilbert rapporta cette fois l'espoir d'obtenir un canton de pays pour essayer ses plans soit sur la répartition des tailles, soit sur le commerce des blés et sur celui des vins.

Le mal est qu'il s'avisa de faire imprimer le traité ou précis qu'il venait d'achever sur les blés (plus le blé est à bas prix, plus les pauvres sont misérables), et qu'il voulait en faire autant pour d'autres précis sur les aides et la vigne, sur la milice, sur les richesses, sur la solidarité des classes entre elles. Chamillart mit le holà et exigea que tout ce qui était déjà tiré lui fût remis 3 : « Ce que vous proposez n'est pas aussi bon que vous vous le persuadez ; il y a bien des gens qui liroient vos ouvrages sans les entendre, et vous en condamnez plusieurs qui ne l'ont peut-être pas mérité. Si vous voulez vous abstenir de chercher l'applaudissement du public jusqu'à ce qu'il ait plu au Roi y donner une dernière approbation, vous ne trouverez personne qui s'intéresse plus que moi au succès de votre entreprise. »

D'ailleurs il faut reconnaître que, dépouillées de la lourde gangue où Boisguilbert se complaisait à les enfermer, ses thèses apparaissaient révolutionnaires au premier chef. Louis le Grand, disait-il pour la centième fois, est le prince le plus mal servi dans la perception des tributs qu'on ait jamais vu sur la terre, de même que ses peuples, sous le meilleur prince de l'univers, ont été les plus malheureux. Quatre conditions sont nécessaires pour remédier à cet état de choses : 1° qu'il ne soit plus possible à personne de se faire une fortune princière en servant d'intermédiaire entre le Roi et ses sujets; 2° que la contribution de certaines classes n'égale plus leur avoir entier, si même elle ne le dépasse; 3° que, dans la répartition des tributs ordinaires, comme

1. Lettre du 21 septembre 1704 : Contrôleurs généraux, tome II, p. 540.

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