‹ Memoires de Saint-Simon (volume 5)Chapitre 566 sur 610 · Ibidem, p. 552, fin novembre · texte numérisé non relu

Ibidem, p. 552, fin novembre

la taille, on cesse d'accabler les plus faibles les uns après les autres ; 4* que les puissants ne mettent plus leur crédit à s'exempter de toute participation au soutien de l'État1.

En face de pareilles théories, représentons-uous ce Chamillart de qui Montyon a dit2 : « Tous les projets lui paroissoient bons; mais, comme il craignoit de se tromper, il les communiquoit aux personnes intéressées à les contredire ; et, alors, la réfutation venue, il la communiquoit aux auteurs de la proposition, dont la réplique lui paroissoit encore convaincante; et tout cela s'entassoit dans son bureau sans aboutir. » C'est au directeur Armenonville, puis à Desmaretz, qu'il renvoya l'examen des innombrables propositions de Boisguilbert, et Desmaretz surtout, choqué de ce que celui-ci dénigrait particulièrement l'administration de son illustre oncle le grand Colbert, n'y trouva encore que pure spéculation. Quant au contrôleur général, on peut voir, dans les réponses inscrites en marge des lettres de Rouen, qu'il eut une belle et louable patience, mais cependant ne ménagea à son correspondant ni les railleries, ni les boutades, ni les injonctions menaçantes, ni même les châtiments.

Jusqu'au milieu de 1705, époque où le duc de Saint-Simon alla s'installer à Rouen et fit la connaissance des deux frères Boisguilbert3, le lieutenant général tint sa promesse de ne plus rien mettre sous presse, tout en protestant de son mieux contre une interdiction qu'il comparait aux défenses d'écrire ni de rien publier contre la religion de Mahomet. A ses sollicitations réitérées, le ministre répondait invariablement : « Il ne faut pas être tout à fait déraisonnable pour se persuader que, quelque application que vous ayez donnée aux affaires depuis trente ans, un seul homme n'en sait pas plus que tous les autres ensemble. Je me trouve dans ce cas-là avec vous. Je prie Dieu qu'il m'éclaire, et qu'il envoie à S. M. les secours qui lui sont nécessaires4. ...Si vous voulez renouer commerce avec moi, il faut me prouver que les quatre-vingts millions dont vous voulez augmenter les revenus du Roi se prendront en partie dans les pays étrangers, parce que, comme je connois la France presque aussi bien que vous, vous aurez peine à me persuader qu'on puisse tirer quatre-vingts millions des peuples au delà de ce que le Roi en tire5. »

Enfin on parvint à s'entendre, et sans doute le bon Chamlay y contribua largement. Il se chargea lui-même de dresser un projet d'édit,etlc contrôleur général désigna, pour faire sur le terrain un essai de réforme de l'assiette des tailles, l'élection de Chartres, dont était intendant M. de

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