Contrôleurs généraux, tome II, p
2. Lettre de Pontchartrain à l'intendant d'Herbigny, 19 octobre 1701, au sujet de deux imprimeurs soupçonnés d'avoir lancé plusieurs éditions du Télémaque, des Dames galantes, de la Vie de sœur Angélique et du Détail de la France (Arch. nat., O1 362, fol. 339).
sur le prix du blé1. Titre : « Factum de la France, ou Moyens très faciles de faire recevoir au Roi quatre-vingts millions par-dessus la capitation, procurables par deux lieures de travail de Messieurs 1rs ministres et un mois d'exécution de la part des peuples. »
A beaucoup d'égards, et malgré la modification du fond, le Factum n'est qu'une paraphrase du Détail, mais une paraphrase supérieure par la forme. Dans le Détail, Boisguilbert, encore plein d'espoir et capable de se retenir, n'avait point donné libre essor à sa fougue naturelle. Cette fois, il ne ménage plus rien ni personne ; il prodigue à ses adversaires les apostrophes virulentes, les invectives passionnées, et parfois, dans les unes et les autres, quand il stigmatise l'aveuglement et l'inertie des gouvernants en face des misères toujours croissantes, une certaine éloquence éclate au travers des dédales inextricables d'une phraséologie obscure, des répétitions fastidieuses, des façons de parler vulgaires, et en dépit de l'incorrection du style, de la barbarie de la langue et de la syntaxe : défauts si rebutants, qu'un spécialiste peut seul lire les œuvres du magistrat rouennais, pour les besoins de la cause, même avec les arrangements et les améliorations de l'édition moderne2. D'ailleurs, il faut dire que le Factum, non plus que le Détail, n'eut probablement guère de lecteurs en France, et assurément aucun succès.
C'est sans doute pour rendre son sujet plus abordable que Boisguilbert fit suivre immédiatement le Factum de ce que Saint-Simon 3 appelle « un livret fort court, » où il est démontré, comme dans le Factum d'ailleurs, que Sully « a changé tout l'ordre des finances au milieu d'une guerre autant ou plus fâcheuse que celle dans laquelle on se trouve engagé, et en est venu à bout avec un grand succès. » D'où ces véhémentes apostrophes que Saint-Simon nous fait admirer*. Ce
1. Les bibliographes ne sont pas d'accord quant à la date d'impression : 1705 ou 1706. On ne connaît le Factum que par la réimpression de 1707; cependant j'ai vu un catalogue où figurait une édition de 1706 avec note de Mercier de Saint-Léger sur « la rareté de cet ouvrage, inconnu aux nouveaux éditeurs du P. Lelong. » Sous la date de 1705, j'ai trouvé, dans le volume du Dépôt des Affaires étrangères coté France 1138, un manuscrit de 142 pages intitulé : « Factum de la France contre les demandeurs en délai pour l'exécution du projet traité dans le Détail de la France, ou le Nouvel ambassadeur arrivé du pays du Peuple. » A comparer le début de
. ce texte avec celui du Factum imprimé, je croirais volontiers que c'est là une première rédaction; mais il faudrait l'examiner de plus près.
2. Raison de plus pour s'étonner qu'on ait pu confondre ce style et cette facture avec l'éloquence simple, modeste, calme, et cependant héroïque, de la Dîme royale de Vauban. Horn a caractérisé (p. 81-89) le genre d'esprit et le style de Boisguilbert.