‹ Memoires de Saint-Simon (volume 5)Chapitre 583 sur 610 · Arrêts des 17 et 29 décembre 1703, et 29 janvier · texte numérisé non relu

Arrêts des 17 et 29 décembre 1703, et 29 janvier

4. Par une déclaration de 1705, le remboursement des promesses de cette caisse, déjà discréditée, et le payement des intérêts ne durent plus se faire que moitié en espèces et moitié en billets de monnaie fabriqué* exprès.

et demi pour cent1, alors qu'il eût été habile de n'en donner aucun et d' « accoutumer les hommes à regarder ce papier comme un nouveau terme moyen servant à évaluer leurs échanges2. » Tant qu'il n'y en avait eu qu'une quantité médiocre, classée dans une clientèle de banquiers et de riches commerçants, ceux-ci s'applaudirent de cette nouveauté; mais, par le fait d'une multiplication incessante que nécessitait la pénurie du Trésor, les billets arrivèrent aux mains des simples particuliers, jusque dans les provinces, et ces porteurs-là avaient naturellement besoin d'argent comptant. Les usuriers intervinrent : après s'être contentés d'un modeste bénéfice de trois à quatre livres par mille, ils élevèrent leur escompte à dix, à quinze, à cent, à cent cinquante, faisant valoir l'incertitude, de plus en plus inquiétante, du remboursement.

Pour prévenir cet abus ruineux et rétablir la confiance, les plus grands financiers, ceux que le Contrôle général avait l'habitude de consulter, Anisson, Samuel Bernard, Crozat, Lusse, etc., conseillèrent de faire de petites coupures jusqu'à cent vingt-cinq livres 3, d'imposer aux particuliers l'obligation de fournir un sixième en espèces dans tout payement en billets, et enfin d'ouvrir à ceux-ci les caisses d'émission de rentes ou celles des emprunts des trésoriers de l'extraordinaire des guerres4. On répondit en annonçant qu'il serait émis, pour une somme totale de cinq millions, des billets de cinq cents livres payables à jour préfixe et sans intérêt, comme les lettres de change, et qui auraient cours en tous payements ainsi que cela était déjà édicté par la déclaration du 6 décembre 1704, mais seulement pour la ville de Paris. Le remboursement serait fait à partir du 1er mars, à raison de cinquante mille livres par jour ouvrable5.

Depuis lors, d'innombrables mesures, sans suite ni lien entre elles 6, ne cessèrent plus d'aggraver la situation. Et cependant, dit Forbon-

1. Déclaration du 6 décembre i704, pour laquelle Samuel Bernard insistait depuis plusieurs mois.

2. Forbonnais, p. 139-141. Il fut offert même, le 13 janvier 1705, d'échanger les billets échus contre d'autres billets à un mois, avec le même intérêt payable d'avance; les porteurs ayant touché cet intérêt devaient en tenir compte lorsqu'ils donneraient leurs billets en payement.

3. Jusque-là les billets n'étaient pas de moins de cinq cents livres, dit Dangeau.

■4. Cette proposition n'était pas identiquement présentée par chacun des personnages consultés. Le mémoire le plus curieux, quoiqu'il soit moins net et clair que d'autres, est celui du lieutenant général de police d'Argenson.

5. Arrêt du 17 février 1706. Dangeau annonce cette mesure à la date du 14.

6. Arch. nat., collection Rondonneau, AD'* 79. Rien de plus curieux que les considérations de la déclaration du 29 mai 1706 sur les avantages de l'extension de cette dette flottante et sur la fidélilê du gouvernement à tenir ses engagements.

li(Mi APPENDICE XIV.

nais', « il ne s'agissoit que. d'user sobrement de la fortune, d'avoir toujours un fonds consacré uniquement à acquitter ceux de ces billets dont on eût demandé le remboursement, de les recevoir en payement dans les recettes comme on les employoit en payement, de faire, NI besoin, négocier avec prudence sur la place les billets remboursée, enfin d'en laisser toujours désirer l'abondance, et, sur toutes choses*, de la proportionner à la somme qu'on pouvoit mettre à part pour y répondre; au bout de trois mois, le quart en argent eût vraisemblablement suffi dans ce dépôt, la confiance renaissoit, les bourses s'ouvroient, les consommations reprenoient leur cours, les impôts s'acquittoient régulièrement, les intérêts baissoient au lieu de monter sans cesse comme ils faisoient depuis la guerre.... » Voici d'ailleurs un document qui révèle ce que l'on pensait de l'opération dans le pays le plus expérimenté en matière de circulation fiduciaire, et combien on s'y étonna des fausses mesures prises par Chamillart.

Un correspondant du Contrôle général écrivait d'Amsterdam, en novembre 1706 2 : « Je suis bien fâché de vous dire que l'on n'a ici aucune soif ni aucune ardeur pour la paix.... Nous nous occupons agréablement de vos manèges sur les billets de monnoie. Comme ennemis, nous rions de ces désordres, et, comme marchands qui savent chiffrer, nous avons pitié de ceux qui ne veulent pas être persuadés de cette démonstration que, pour cinq ou six millions d'espèces réelles que l'on pourroit destiner tous les ans à un remboursement effectif, on en épargneroit plus de trente que les usuriers et le change vous mangent sur du papier à qui il ne manque que l'opinion et le crédit pour le rendre préférable à l'espèce sonnante ; car les billets de monnoie ne doivent pas être regardés comme une mauvaise chose, et, dans le temps qu'ils ont été établis, nous en avons eu peur d'abord, et nous les avons regardés comme une source intarissable et comme un moyen de nous faire la guerre pendant cent ans; cela dépendoit absolument de l'usage que l'on en feroit de votre côté. Il est vrai que nous avons été ravis de voir que l'on en a laissé tomber le crédit à mesure que l'on en augmentoit le nombre, et nous avons prévu de bonne heure que, faute de faire valoir la seule chose qui pouvoit vous donner le secours le plus aisé, vous en avez détruit la confiance, et vous vous êtes abandonnés au mauvais usage que l'avidité et la crainte ont aisément introduit. Il est étonnant de voir avec combien peu de réflexion vous agissez sur les choses les plus importantes, et comment vous vous laissez aller au torrent dès qu'il s'est formé. Il semble que vous ne puissiez pas envisager en même temps tous les ressorts de votre État. On a fait peut-être pour cent trente ou cent cinquante millions de billets de monnoie : c'est environ pour le quart de la valeur des espèces sonnantes qui sont en France, car nous savons à peu près ce

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