LE DUC DU MAINE ET LA PREMIÈRE PRÉSIDENCE
Les deux lettres qui suivent, adressées par le duc du Maine à Mme de Maintenon2 le M et le 28 novembre 1706, c'est-à-dire dans le temps où il devint certain que M. de Harlay quitterait la première présidence, prouvent quelle importance le jeune prince attachait à ce que cette place fût remplie par un serviteur à sa dévotion.
« A Versailles, le 24 novembre 170G.
« Sans les longs intervalles des voyages de Marly, je ne me servirois pas de la permission que vous me donnez, Madame, de vous écrire; mais le bruit est tellement répandu que, soit par nécessité ou par vertu, M. le premier président demandera bientôt à se retirer, que je ne puis refuser au mouvement de mon cœur (qui, comme vous savez, commence par être bon François avant que d'être bon ami) de vous supplier, dans cette occasion, d'honorer M. le président de Mesmes de votre protection, lorsque vous verrez qu'il en sera temps. Quoique je fusse au désespoir de contribuer indirectement à faire tort à personne, je vous avoue franchement que je serois ravi de voir à mon ami une place qu'il est certainement très capable de remplir par son zèle, son honneur, sa fermeté, sa naissance, son affection pour le Roi à toute épreuve, et par le crédit qu'il a dans le Parlement. Je n'ignore pas que la sollicitation ne doit avoir aucune part au remplacement de certains postes : aussi mon dessein n'est-il que de rendre témoignage à la vérité, qui est toujours bien reçue auprès de vous. Je sais, Madame, que vous me pourrez dire que vous ne vous mêlez point des choses de cette nature; mais permettez-moi de vous répondre que vous vous en mêlerez si vous voulez, et que rien de tout ce qui est important au service du Roi et au bien de l'État ne vous est indifférent. Comme je suis, si je l'ose dire, animé des mêmes sentiments, pardonnez-moi, je vous prie, mon instance pour M. le président de Mesmes, et trouvez bon, Madame, que je vive dans la confiance que vous voudrez bien ne le pas laisser oublier dans une conjoncture si précieuse pour lui, dont il sera impossible au public de savoir les véritables mouvements. »
\. Ci-dessus, p. 380, note 8.
2. Elles sont tirées du second registre de la correspondance du duc du
« Le 28 novembre 1706.
« Je suis bien touebé, Madame, de la bonté avec laquelle vous ave/, reçu ma très humble prière. M. le président de Mesmes en aura d'autant plus besoin qu'il m'a déclaré aujourd'hui ne pouvoir se résoudre à demander au Roi un tel poste, quoiqu'on lui ait dit qu'il y avoit de ses émules qui n'avoient pas poussé la circonspection si loin. J'ai aussi une très grande joie que vous soyez contente de mes extraits de saint Augustin; il me faudra encore plusieurs années pour vous en fournir un second tome1. Il y a une humilité à l'aveu que vous me faites de n'avoir point entendu quelques passages, à laquelle, en vérité, j'ai de la peine à ajouter foi; le copiste peu exact en sera peut-être la cause. Quoi qu'il en soit, si vous voulez me les faire marquer, je tâcherai de vous les éclaircir. Le style de saint Augustin demande, en de certains endroits, qu'on y soit habitué; il a quelquefois des tours fort concis et des expressions hardies, auxquelles on se familiarise, et qui n'échappent pas longtemps à des personnes qui ont autant d'esprit et de piété que vous. N'épargnez point ma peine, Madame, je vous supplie, et croyez que je m'estimerois le plus heureux homme du monde, si, d'une façon ou d'une autre, je me persuadois pouvoir vous être de quelque utilité. »
1. Cet essai de traduction ne paraît pas avoir été connu de M. l'abbé Mellier lorsqu'il a fait la biographie du duc du Maine en tête de son édition des Médialtions sur le Sermon de la montagne (1884).