LE DUC D'ORLÉANS APRÈS ALMANZA
M. le duc d'Orléans au Roi*.
« A Almança, ce 27 avril 1707.
« Sire,
« J'ai eu le malheur d'arriver ici un jour trop tard, quelque diligence que j'aie pu faire. Je ne parlerai point à V. M. de ce que j'en ai senti, et oublierai ce qui ne regarde que moi pour me réjouir et faire compliment à V. M. sur la grande victoire que son armée a remportée. Si toutes les troupes qui étoient destinées pour la Navarre étoient en marche, et que M. de Montrevel n'en eût pas retenu dix bataillons et trois régiments de cavalerie quoiqu'il assure lui-même que tout est fini en Quercy, ces dix bataillons, avec la cavalerie de Navarre, pourraient suffire à M. de Legall pour entrer en Aragon, dont la conquête, à présent, ne sera pas difficile, pendant que cette armée-ci achèvera de nettoyer le royaume de Valence des deux côtés du Xucar, toujours à portée de se communiquer avec le corps d'Aragon par Teruel. Dans ce même temps, les douze bataillons qui seraient passés du côté de Siguença pourraient facilement, avec les treize escadrons espagnols qui y sont, passer du côté du Portugal, et, joints avec les dix bataillons et les dix-huit escadrons qui sont aux ordres de M. de Bay, non seulement reprendre Ciudad-Rodrigo, mais même profiter du peu de temps qui reste jusqu'au mois [de] juillet pour entrer en Portugal et forcer les Portugais peut-être à demander la paix, tandis que les deux corps restés en ce pays, après avoir soumis Aragon et Valence, passeraient l'Èbre, et, réunis, feraient le siège de Lerida. Si V. M. vouloil faire passer en Roussillon les bataillons revenus d'Italie qu'elle destine à ce pays-ci, le duc de Noailles se trouverait en état de faire le siège de Girone, et alors V. M. 3 [pourrait retirer ses troupes d'Espagne, que les seules troupes du Roi son petit-fils seraient en état de conserver, la paix étant faite avec le Portugal, et ne restant aux ennemis que quelques places maritimes, qu'ils auraient bien de la peine à soutenir; et les Hollandois en viendraient sûrement au traité que vous souhaitez].
« Mais, si les troupes restent en Quercy ou en Médoc, où elles sont très inutiles, nous serons contraints d'employer pour l'Aragon les qua torze bataillons de M. de Joffreville et de remettre la prise de Ciudad-