En surchargé en aller
léans, et la crainte de Marcin, subjugué par le gendre, de déplaire au beau-père1; enfin2, pour dernier coup, la lâcheté si punissable de ce refus de secours à le Guerchoys et à sa brigade, qui fut le dernier assommoir3 qui détermina la victoire d'une part, le désordre et la fuite de l'autre : voilà la chaîne de tant d'incroyables miracles pour la délivrance de Turin. Après, pour la retraite, la révolte, l'intérêt lâche et pécuniaire des officiers généraux, la supposition de d'Arène ou de son officier, l'envoi clandestin des vivres et des munitions par les Alpes pour rendre toute autre retraite impossible, un concert continuel de mauvaise foi, de désobéissance, pour ne pas dire de trahison, ce sont d'autres miracles qui sauvèrent l'Italie, Turin dans les suites, et l'armée victorieuse, qui seroit périe avec la place faute d'issue, de vivres et de secours. A tout cela, qui peut méconnoître la main de Dieu toutepuissante, mais qui peut douter du crime de ceux de nos François qui en ont été les agents4?
1. Voyez ci-dessus, p. 48, note, la lettre qu'il écrivit à Chamillart la veille de la bataille. Michelet, s'inspirant d'un mot de Duclos, a admis comme un bruit grave, mais « infiniment vraisemblable » (Histoire de France, tome XIV, p. 183-485), que « Marcin, ami et confident de Mme de Maintenon, apportait (devant Turin) la pensée des dames, ses craintes à elle, et surtout celles de la duchesse de Bourgogne : la première n'aurait pas aimé une victoire du duc d'Orléans, la seconde aurait craint une bataille rangée où l'on aurait peu ménagé son père. » Et il ajoute : « Les dames y sont les Parques ; de leur main délicate elles font la destinée. » Voltaire, au contraire, avait déclaré (Siècle, p. 368) que la félonie mise « par presque tous les historiens » au compte de Mme de Maintenon et de la Feuillade, est « un de ces bruits populaires qui décréditent le jugement des nouvellistes, et qui déshonorent les histoires. » En fait, la lettre que la duchesse de Bourgogne avait écrite, le 3 mai précédent, à sa mère, reproduite dans notre tome XIII, p. 609, et ci-après, aux Additions et corrections, témoigne d'un ardent désir de voir son père terminer la lutte par une paix honorable, sans rien plus.