‹ Memoires de Saint-SimonChapitre 220 sur 351 · Localité située b une lieue S. E. de Mannheim · texte numérisé non relu

Localité située b une lieue S. E. de Mannheim

fait mine de nous suivre, en sorte que tout se passa avec la plus grande tranquillité. Nous n'ouïmes plus parler d'eux de toute la campagne, et, le lendemain de ce passage, le maréchal de Joyeuse me permit d'aller à Landau, où je demeurai avec M. et Mme la maréchale de Lorge jusqu'à ce que ce général s'alla remettre à la tête de l'armée1. M. de Vendôme promit de grandes choses, prit2 Hostalrich, battit quelques miquelets 3, se présenta pour secou-

1. M. de Lorge envoya de Landau, le 31 juillet, un compte rendu des observations que le major Dezon (sic) avait pu faire dans l'armée allemande, grâce à la liberté que lui laissait le prince de Bade. Cette lettre se termine ainsi : « V. M. m'a ordonné de lui dire toujours l'état de ma santé. Je me remets plus vite que les médecins ne pouvoient espérer, quand même je serois beaucoup plus jeune que je ne suis. Cependant il me reste encore une assez grande foiblesse à la tête, qui m'empêcha, il y a deux jours, de raisonner avec M. le comte de Tallard, que M. le maréchal de Joyeuse avoit chargé de me parler sur les projets que je pourrois faire pour l'armée. Nous commençâmes, avec M. l'intendant, à vouloir entrer en discussion, tant des postes que des autres choses ; mais la tête me tourna si fort, qu'il me fallut absolument quitter cet entretien, et il me paroît que je ne puis encore parler avec application, que cela ne me fasse le même effet. J'espère néanmoins que, mes forces revenant entièrement, cette incommodité se passera ; mais, tant qu'elle me durera, je ne retournerai pas à l'armée, où je serois inutile pour le service de V. M. » (Dépôt de la guerre, vol. 1323, n° 64.) — Nous verrons bientôt (p. 335) qu'une nouvelle indisposition empêcha M. de Lorge de terminer la campagne, comme il l'eût voulu.

2. « Prit » est un lapsus, car M. de Vendôme, ayant remplacé M. de Noailles (ci-dessus, p. 290), se borna à dégager successivement les places occupées par des garnisons françaises, que l'armée espagnole avait investies, et à les raser immédiatement, pour qu'elles ne pussent plus servir à l'ennemi. Castelfollit, Hostalrich et Palamos subirent le même sort. Voyez le Journal de Dangeau, tome V, p. 235, 241, 250 et 333.

3. On nommait ainsi les habitants des frontières espagnoles de Catalogne et d'Aragon. Toujours armés et habitués au brigandage en temps de paix, ils se formaient, pour la guerre, en corps de partisans. Sur leur organisation de l'année 1695 en deux armées, et sur les défaites qu'on leur fit subir, voyez le Mercure, juin 1695, p. 222-228. — En espagnol, le mot miquelete signifie aussi bien « guide des Pyrénées » que « soldat des Pyrénées. »

rir Palamos, que les ennemis assiégeoient, se retira aussitôt sans rien entreprendre ; et ce qu'il n'avoit pu, l'arrivée de la flotte du Roi sur ces côtes l'opéra, et Palamos, par cela seul, fut délivré du siège1.

L'Italie ne fournit rien non plus que le siège de Casai2, qui fut long; à la fin, Grenan3, lieutenant général, qui en étoit gouverneur, capitula par ordre du Roi. Le traité Traité de Casai, fut que la place et le château seroient démolis, qu'il y demeureroit avec sa garnison jusqu'à la démolition entièrement achevée, qu'il seroit après conduit à Pignerol avec toutes ses troupes et leurs armes et bagages, qu'il emmèneroit avec lui toute l'artillerie de la place et du château qui se trouveroit marquée aux armes de France,

1 . Apprenant le siège de Palamos par les Anglo-Espagnols, le duc de Vendôme écrivit au Roi : « V. M. peut compter qu'en peu de jours ils me battront, ou je les battrai. » Mais, après avoir reconnu les lignes de l'armée assiégeante, il déclara que toute tentative échouerait. Cependant le siège fut levé quelques jours plus tard, avant même que les trentedeux vaisseaux qu'on préparait à Toulon, et que surveillait l'amiral Russel, fussent sortis du port. Aussitôt M. de Vendôme fit raser les fortifications de Palamos, et il ne songea plus dès lors qu'à « donner du repos à ses troupes et à les tenir en de bons quartiers, » entre Palamos et l'embouchure de la rivière de Ter. (Dangeau, tome V, p. 264, 268, 271 et 284.)

2. Cette capitale du pays de Montferrat, située sur le Pô, entre Turin et Valence, était une des plus fortes places d'Italie ; défendue par un château et une citadelle très-solides, elle avait repoussé plusieurs fois les attaques des Espagnols dans le temps où elle appartenait au duc de Mantoue et avait une garnison d'auxiliaires français. Louis XIV en avait obtenu la cession en 1681. L'armée confédérée en commença l'investissement dès le mois d'avril 1695 ; mais les opérations du siège ne devinrent réelles qu'à la fin du mois de juin, et la capitulation fut signée le 11 juillet.

3. Pierre de Perrien, marquis de Crenan, enseigne au régiment du Roi en 1668, capitaine en 1671, colonel-lieutenant du régiment d'infanterie de la Reine en 1675, inspecteur général en 1682, brigadier en 1683, maréchal de camp en 1688, lieutenant général en 1693, directeur général de l'infanterie en 1699. Il avait remplacé Catinat, en 1687, dans le gouvernement de Casai. Il mourut des suites d'une blessure reçue près de Crémone, le 9 février 1702.

et que Casai seroit remis au duc de Mantoue1, comme à son seigneur naturel2.

Bombardement Les flottes ennemies bombardèrent nos côtes de Breaux côtes. tagne et de Normandie3. Saint-Malo s'en ressentit peu,

Succès à la mer. Dieppe4 beaucoup davantage. Nos armateurs et nos escadres leur prirent force vaisseaux marchands, en battirent les convois, et valurent force millions à notre commerce, au Roi et à M. le comte de Toulouse 3.

Il se passa en Flandres des choses plus intéressantes. Ce fut d'abord un beau jeu d'échecs et plusieurs marches du prince d'Orange et des corps détachés de son

1. Ferdinand-Charles de Gonzague, quatrième du nom, né en 1652, devenu duc de Mantoue et de Montferrat en 1665. Quand vint la guerre de Succession , ce prince , s'étant déclaré pour Philippe V et étant passé en France, perdit ses États, fut mis au ban de l'Empire, et mourut le 5 juillet 1708, sans laisser de postérité légitime.

2. Ce passage sur la capitulation de Casai est tiré presque textuellement du Journal de Dangeau, tome V, p. 242. Comparez la Gazette, p. 348, et la Gazette d'Amsterdam, p. 236, 238 et 241, et Extraordinaires lx (articles de la capitulation) et lxi.

3. Saint-Simon commet encore ici des erreurs semblables à celles que nous avons eu à relever au sujet de la Catalogne ; il est évident qu'il se trompe d'année. La côte normande ne fut pas visitée par les flottes ennemies en 1695, comme elle l'avait été en 1694 (ci-dessus, p. 158-159) : en 1695, Saint-Malo, Dunkerque et Calais furent seuls bombardés. Voyez le Journal de Dangeau, tome V, p. 243, 244, 259 et 269; le Mercure, juillet 1695, p. 263-280, et août, p. 236-261 , 338-340 ; la Gazette, p. 393- 395,438, 474,487. La Gazette d'Amsterdam (Extraordinaire lx) prétendit qu'on avait dissimulé les dommages causés parles bombes anglaises, et que Saint-Malo surtout avait été « presque entièrement brûlé ou détruit, et outre cela pillé par les soldats, qui ont pris tout ce qu'ils pouvoient sauver de l'embrasement. » Sur le bombardement de cette ville, on peut consulter les volumes du Dépôt de la guerre 1310, n° 154, et 1311, n- 7, 8, 10.

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