‹ Memoires de Saint-SimonChapitre 228 sur 351 · Le confesseur du Roi ; voyez tome I, p. 47 et note · texte numérisé non relu

Le confesseur du Roi ; voyez tome I, p. 47 et note

par le Roi, avoit1 été cause d'une aventure si singulière et si indécente.

Pour n'en pas faire à deux fois, ajoutons ici le mot de M. d'Elbeuf. Tout courtisan qu'il étoit, le vol que les bâtards avoient pris lui tenoit fort au cœur, et le repentir peut-être de son adoration de la Croix après MM. de Vendôme2. Comme la campagne vint 3 à son déclin, et les princes sur leur départ, il pria M. du Maine, et devant tout le monde, de lui dire où il comptoit de servir la campagne suivante, parce que, où que ce fût, il y vouloit servir aussi; et après s'être fait presser pour savoir pourquoi, il répondit que c'est qu'avec lui on étoit assuré de sa vie. Ce trait accablant et sans détour fit un grand bruit. M. du Maine baissa les yeux et n'osa répondre une parole : sans doute qu'il la lui garda bonne ; mais M. d'Elbeuf, fort bien avec le Roi, et par lui et parles siens, étoit d'ailleurs en situation de ne s'en soucier guère4.

Plus le Roi fut outré de cette aventure, qui influa tout sur ses affaires, mais que le personnel 5 lui rendit infiniment plus sensible, plus il sut de gré au maréchal de Villeroy, et plus encore Mme de Maintenon augmenta d'amitié pour lui6. Sa faveur devint depuis éclatante, la jalousie de tout ce qui étoit le mieux traité du Roi, et la crainte même des ministres.

1. Saint-Simon a écrit estoit; puis, sans remplacer cet auxiliaire pai avoit, il a ajouté esté en interligne.

2. Ci-dessus, p. 259. — 3. Vint est substitué, par surcharge, à es[toit\.

4. A la suite de guère sont biffés ces mots : « Ni l'un ni l'autre n'ont pas servi depuis. » — A la ligne suivante, il y a bien tout, après influa.

5. Le personnel, neutralement, ce que l'aventure avait de personnel pour le duc du Maine et, par suite, pour le Roi.

6. La Gazette d'Amsterdam dit, dans son Extraordinaire xcm (de Paris, 14 novembre 1695) : « On voit un grand retour dans les esprits en faveur du maréchal de Villeroy, à quoi ne contribue pas peu le témoignage que lui rendent les officiers qui sont revenus de l'armée, parce que, encore que le Roi l'eût déjà justifié, et que son jugement soit décisif, l'autre n'en est pas moins persuasif. Ainsi l'on ne doute plus que

Reddition de la ville de

Le fruit amer de cet événement en Flandres fut la prise Namur. de la ville de Namur, qui capitula le 4 août, après [vingtquatre1] jours de tranchée ouverte2. Le prince d'Orange, pour éviter les difficultés de ce que le Roi ne le reconnoissoit point3, ne parut en rien, ni par conséquent le maréchal de Boufflers, et tout se passa sous leur direction, et à peu près comme ce dernier le demanda, entre l'électeur de Bavière etGuiscard, qui signèrent. Maulévrier*, fils aîné du lieutenant général mort chevalier de l'Ordre, Vieuxce général ne commande la campagne prochaine.... » Comparez les Papiers du P. Léonard, MM 828, fol. 106 v°. On fit beaucoup valoir l'impossibilité de forcer l'armée assiégeante, en nombre égal et dans une position redoutable : Villeroy avait ainsi épargné un carnage inutile, et, revirement bien facile à expliquer, cette considération lui valut l'amour des soldats; mais, dans le public, on continua de blâmer son inaction, condamnée également, à ce qu'il semble, par certains hommes de guerre. Voyez le Chansonnier, ms. Fr. 12 691, p. 530, et un pamphlet du temps intitulé le Conseil privé de Louis le Grand, p. 34. Saint-Simon reviendra plusieurs fois sur la faveur extraordinaire du maréchal de Villeroy (tome IX, p. 248 et 250, tome XI, p. 219, etc.).

1. Le chiffre est en blanc dans le manuscrit. La tranchée avait été ouverte dans la nuit du 11-12 juillet; c'est donc vingt-quatre jours.

2. Le détail des opérations du siège se trouve dans le volume spécial publié par le Mercure, en octobre 1695. La Gazette d'Amsterdam fournit beaucoup de particularités intéressantes, le texte des capitulations, etc. Les Mémoires de F 'euquière (tome IV ', p. 249 et suivantes) sont très-défavorables à la défense, au maréchal de Boufflers, qui n'aurait point montré les connaissances nécessaires (plus tard, après sa glorieuse défense de Lille, on excusa celle de Namur par cette considération qu'il s'y était trouvé comme sous la tutelle de l'ingénieur Mesgrigny), et aux ingénieurs, qui auraient mal refait les fortifications, sous la direction de Vauban, en 1692. C'était la première place contre laquelle le prince d'Orange n'eût pas échoué. Par un retour curieux des choses, l'armée de secours du maréchal de Villeroy fut aussi inutile que l'avait été celle de Guillaume trois ans auparavant, avec cette différence que celui-ci se garda, en 1695, de courir les risques d'une bataille, tandis que Luxembourg l'avait offerte en 1692.

3. Comparez Dangeau, tome V, p. 255 et 257. L'année précédente (ibidem, p. 61), Guillaume n'avait pas trouvé mauvais qu'un colonel français, prisonnier dans son armée, lui refusât le traitement de roi. On sait qu'il ne fut reconnu qu'après la paix de Ryswyk.

4. Jean-Baptiste Colbert, fils aîné du comte de Maulévrier (tome I,

bourg1, gendre de Harlay2, conseiller d'État, qui l'étoit de Boucherat, chancelier de France, et Morstein3, tous4 trois colonels d'infanterie, et de grande espérance, y furent tués5. Ce dernier étoit fils du grand trésorier de Polo- [Add.S'S.iss] gne, qui avoit autrefois été ambassadeur ici6. Il s'étoit fort enrichi et avoit excité l'envie de ses compatriotes : la peur qu'il eut d'être poussé 7 le fit retirer en France avec sa femme, ce fils unique, et quantité de richesses. Elles séduisirent le duc de Chevreuse, qui n'avoit rien à donner à ses filles : il en donna une8 au jeune Morstein, dont

p. 120), avait débuté à la cour en février 1688, et avait été officier au régiment du Roi avant de commander celui de Navarre.

1. Louis de Vieuxbourg, marquis de Mienne, ancien capitaine de chevau-légers, colonel du régiment de Beauvaisis depuis 1685, avait épousé, le 7 mai 1693, sa cousine germaine Mlle de Harlay-Cély. Ils étaient l'un et l'autre petits-enfants du chancelier.

2. De Harlay corrige du co?i[seiller]. — 3. Voyez tome I, p. 268.

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