Tous a été substitué à un premier trois
5. Comparez les Lettres de Sévigné, tome X, p. 300 : « Toutes les pensées sont du côté de Namur ; ces derniers tués ont jeté une consternation qui ne laisse plus de joie ici.... » Les trois colonels avaient péri dans la même sortie, le 18 juillet (Dangeau, tome V, p. 246).
6. Jean-André, comte de Morstein et de Châteauvillain, marquis d'Arc-en-Barrois, seigneur de Montrouge près de Paris, sénateur et grand trésorier de la couronne de Pologne (sur cette charge, voyez les Mémoires de Luynes, tome VII, p. 70-71), ancien ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire en France, mourut à Paris, le 8 janvier 1693, âgé de quatre-vingts ans. Sa femme, Catherine-Geneviève de Gordon de Huntley, était morte aussi à Paris, le 12 mars 1691. Ils habitaient un bel hôtel du quai des Théatins, dont parlent les descriptions de Paris; mais M. de Morstein passait pour fort parcimonieux, ce qui l'a fait reconnaître dans les Caractères (tome I, p. 266 et 503-504) : « L'avare dépense plus, mort, en un seul jour, qu'il ne faisoit, vivant, en dix années; et son héritier plus en dix mois, qu'il n'a su faire lui-même en toute sa vie. »
7. Pour cet emploi de pousser, voyez, dans le Dictionnaire de M. Littré, l'article de ce verbe, 20°, et un exemple dans les Mémoires de Gourville (p. 530) : « Au cas que M. le Cardinal le voulut pousser. »
8. Marie-Thérèse d'Albert de Luynes, née le 1 1 janvier 1673, épousa : 1° le 2 avril 1693, Michel-Albert de Morstein; 2° le 4 août 1698, le comte do Sassenage (ci-dessus, p. 208). Elle mourut le 5 février 1743.
le monde fut assez surpris. Par l'événement, il avoit bien fait : ce jeune homme, s'il eût vécu, eût été un grand sujet en tous genres1. Je le regrettai fort, et Maulévrier, qui étoient fort de mes amis. Nous n'avons2 guère perdu que douze cents hommes ; tout ce qui étoit sain se retira au château.
Deynze et Montai cependant avoit pris Dixmude et Deynze3, et,
Bixinude^pns. par orcire fa r0^ en avojt retenu les garnisons : c'estfort bombardé, à-dire que, s'étant rendues prisonnières de guerre, on n'avoit pas voulu les échanger. Le maréchal de Villeroy bombarda aussi Bruxelles, qui fut fort maltraité, en représailles de nos côtes4. Ensuite il eut ordre de tenter tout pour le secours de Namur ; mais l'occasion, qui est chauve, ne revient plus. Il trouva les ennemis si bien retranchés sur la Mehaigne5, qu'il ne put les attaquer. Il la longea, et, chemin faisant, il la fit passer aux brigades de cavalerie
1. Ce jeune homme, dit le Mercure (juillet 1695, p. 326), allait à toutes les occasions, « pour faire un journal du siège. »
2. Ce présent « avons » trahit encore un emprunt fait au Journal de Dangeau, tome V, p. 257.
3. Saint-Simon a déjà annoncé en quelques mots, p. 311, la prise de ces deux places.
4. La cour de France eut soin d'insister sur ce caractère de représailles légitimes ; on prétendit cependant que le Roi n'avait pas osé communier le 15 août pendant que son armée bombardait Bruxelles. Voyez le Journal de Dangeau, tome V, p. 244 et 257-262; la Gazette, p. 392-393 et 396, et la Gazette d'Amsterdam, p. 269 et 274, Extraordinaires lxvii et lxix. En trois jours, du 13 au 15 août, Bruxelles reçut cinq mille bombes et douze cents boulets rouges ; plus de deux mille cinq cents maisons et douze ou treize édifices religieux furent brûlés, cinq ou six cents personnes tuées. « Jamais, dit Berwick, on ne vit un spectacle plus affreux, et rien ne ressembloit mieux à ce qu'on nous raconte de l'embrasement de Troie. » (Mémoires de Berwick, p. 342.) Le duc du Maine se montra beaucoup à la tranchée, à cause de ses fonctions de grand maître de l'artillerie, ou pour effacer la mauvaise impression de Deynze, et il fit jeter lui-même la première bombe. Voyez la relation du Mercure, août 1695, p. 307-327.
5. Rivière qui prend sa source dans la province de Namur et va se jeter dans la Meuse, après un cours de cinquante-neuf kilomètres.
de Praslin et de Sousternon l, qu'il lâcha sur une quarantaine d'escadrons des ennemis dont ces brigades se trouvèrent le plus à portée, et qui les poussèrent fort vivement 2. Praslin s'y distingua fort, et Villequier y eut une main estropiée : cette blessure lui fit moins d'honneur sur les lieux qu'à la cour. Mais tout cela ne fut qu'une éehauffourée : le secours demeura impossible, l'armée s'éloigna, et le château, après avoir pensé être emporté Reddition aux deux derniers assauts, capitula3, pour sortir le du château de 5 septembre, n'y ayant pas trois mille hommes en santé de toute la garnison *.
La capitulation fut honorable, traitée et signée comme celle de la ville 5. La difficulté fut pour la sortie du maréchal de Boufïlers : il en faisoit une grande, avec raison, de saluer l'électeur de Bavière de l'épée6, et n'en auroit
1. Antoine d'Aix de la Chaise, comte de Sousternon, neveu du confesseur du Roi, avait débuté aux mousquetaires en 1673. Devenu mestre de camp de cavalerie en 1691, brigadier et inspecteur en 1694, et capitaine des gardes du comte de Toulouse, dont il commandait le régiment, il passa maréchal de camp en 1702, lieutenant général en 1704, et mourut subitement le 26 juillet 1720.
2. On vanta beaucoup la conduite du duc du Maine dans cette occasion, où il eut un cheval tué sous lui, et Dangeau en parle avec éloges dans l'article que Saint-Simon suit en ce moment (tome V, p. 270) ; mais notre auteur s'est gardé de prononcer le nom du jeune prince. D'ailleurs, le comte de Toulouse, Monsieur le Duc et le prince de Conti s'y comportèrent fort bien aussi (Mercure, août 1695, p. 341).
3. Ici ont été biffés les mots : « le 5 septembre », récrits plus loin.
4. Le siège avait été fort meurtrier d'un bout à l'autre. Le 1er septembre, « le carnage fut si grand qu'il n'y en a point eu de pareil en Europe depuis plus d'un siècle, puisque les ennemis eurent, dans cet assaut, neuf mille hommes tués ou blessés, et les nôtres trois mille. » (Gazette, p. 433.) L'avant-veille, 30 août, les assiégeants avaient déjà perdu six mille hommes. Après soixante-sept jours de siège, la capitulation fut signée le 2 septembre, et le château remis le 3. Coehorn avait parié contre l'Électeur que la place tomberait le 31 août.
5. Voyez le Journal de Dangeau, tome V, p. 271 et 274, et la Gazelle (V Amsterdam, p. 287, et Extraordinaires lxxiii à i.xxvr.
(i. Suivant le Journal du siège de Namur (p. 270-271) publié par le
pu faire au prince d'Orange, s'il avoit été reconnu. Enfin il fallut s'y résoudre, parce que ce dernier voulut au moins rendre le salut équivoque. Pour cela, l'Électeur se tint toujours à son côté, et n'ôtoit son chapeau qu'après que le prince d'Orange avoit ôté le sien, qui, par cette affectation, marquoit qu'il recevoit le salut et que l'Électeur ne se découvroit ensuite que parce que lui-même étoit découvert. Cela se passa donc de la sorte à l'égard du maréchal, puis de Guiscard, sans mettre pied à terre1, et de tout ce qui les suivit 2. Les compliments se passèrent entre l'Électeur et eux, et le prince d'Orange ne s'y mêla point, parce qu'il n'auroit point eu de Sire ni de Majesté; mais l'Électeur lui rapportoit tout, ne lui parloit jamais que le chapeau à la main3 ; le prince d'Orange se contentoit de se découvrir quelquefois seulement, et peu, pour lui parler ou pour lui répondre, et le plus souvent4 sans se découvrir.
Un quart d'heure5 après que le maréchal de Boufflers eut passé devant eux, et qu'il suivoit son chemin, entre-
Mercure, Boufflers refusait de saluer Monsieur de Bavière, « disant honnêtement qu'un homme de son caractère ne saluoit que le Roi. » i. « Sans mettre pied à terre » est ajouté au-dessus de la ligne.
2. Dangeau dit (tome V, p. 274) : « M. de Boufflers et M. de Guiscard avoient signé tous deux la capitulation du château, Monsieur de Bavière l'avoit signée ; le prince d'Orange n'a pas signé, pour éviter les contestations qu'il y auroit eu sur le titre de roi. Ilvouloit pourtant être salué par M. de Boufflers, qui n'a voulu saluer que Monsieur de Bavière, en passant à la tête de la garnison ; mais M. le prince d'Orange et Monsieur de Bavière étoient l'un auprès de l'autre, si bien qu'on a pu prendre le salut pour l'un comme pour l'autre. (En note : M. de Boufflers et M. de Guiscard saluèrent de l'épée, à cheval, sans mettre pied à terre.) »