‹ Memoires de Saint-SimonChapitre 267 sur 351 · Le est en interligne. On avait d'abord écrit : sans voir · texte numérisé non relu

Le est en interligne. On avait d'abord écrit : sans voir

jours de là, le procès devoit être jugé. MM. de la Trémoïlle, Chaulnes, Richelieu, Saint-Simon, la Rochefoucauld, Monaco, Rohan allèrent ensemble chez le premier président Harlay, comme il rentroit du Palais, lui demander le délai du lundi au vendredi pour avoir le temps de donner leur mémoire ; on les fit entrer et attendre dans la cour, et puis on leur vint dire que le premier président étoit sorti. Ils entendirent ce que cela vouloit dire, et retournèrent chez Riparfonds, leur avocat, pour voir ce qui leur restoit à faire pour n'être pas étranglés. On convint que, dans une extrémité pareille et après des procédés infinis, plus partiaux et plus déclarés qu'on ne le peut dire, il n'y avoit de ressource qu'à allonger à quelque prix que ce fût, et d'arrêter tout par une requête au Conseil pour évoquer du fait de M. de Richelieu, qui avoit une évocation générale de toutes ses causes au Grand Conseil. Cette demande étoit inepte, et les ducs le savoient bien, mais elle allongeoit, qui étoit tout leur but dans la situation où ils se trouvoient. Cela résolu, il se trouva que le temps manquoit pour cette procédure, et qu'on n'en pouvoit avoir que par des lettres d'État, qui sûrement seroient cassées, mais qui, avant qu'elles le fussent, procureroient le loisir de lier l'instance au Conseil et d'arrêter tout au Parlement. M. de Saint-Simon se trouvoit là le seul qui servît et qui en eût. Il les offrit, quoiqu'il sentit bien à quoi il s'exposoit, et les donna. En effet, elles produisirent un éclat entre M. de Luxembourg et lui, qu'il soutint, à dix-neuf ans, contre lui, avec une extrême hauteur, qui fut telle qu'ils ne se sont jamais salués depuis, en quelque lieu qu'ils se soient rencontrés, et que la conduite et les propos de ce jeune homme piquèrent cent fois plus M. de Luxembourg que les lettres d'État mêmes, qui lui arrachèrent des mains le gain de son procès. Mais ce qui acheva de l'outrer, c'est que le régiment de M. de Saint-Simon, en quartier dans la généralité de Paris et destiné pour l'armée de Flandres, en fut ôté par ordre exprès du Roi, comme il étoit prêt à partir, et envoyé sur le Rhin, et le régiment du chevalier de Sully, qui étoit à Toul, envoyé en Flandre en sa place.

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