‹ Memoires de Saint-SimonChapitre 90 sur 351 · Qui est en interligne, au-dessus dV/ /'/, biffé · texte numérisé non relu

Qui est en interligne, au-dessus dV/ /'/, biffé

2. Saint-Simon a omis il. Faut-il le mettre avant ou après voudroit?

notre confiance en la parole du premier président furent bientôt confondues : il ne put tenir contre ses intimes liaisons prises avec M. de Luxembourg ; il lui fit l'aveu de la parole qu'il avoit donnée, et ne put résister à s'engager à lui de ne la pas tenir.

L'intérêt de M. de Luxembourg étoit grand d'empêcher l'assemblée des chambres. Il auroit fallu y revoir sommairement tout le procès, pour l'instruction de tant de nouveaux juges. Leur nombre étoit difficile à corrompre, et l'autorité du premier président, en laquelle étoient remises toutes les espérances de M. de Luxembourg, étoit entière sur la grand'chambre , et foible sur toutes les chambres assemblées. La frayeur que M. de Luxembourg en avoit conçue le trahit par la joie qu'il ne put dissimuler de l'avoir rompue. Il nous en revint des soupçons : M. de Chaulnes résolut de s'en éclaircir, et prit prétexte d'une autre affaire pour voir le premier président. Il le trouva embarrassé avec lui, et bientôt ce magistrat lui en avoua la cause par un discours confus, qui tendoit à éluder sa parole. M. de Chaulnes le pressa avec surprise, et lui dit qu'il ne pouvoit croire ce qu'il entendoit, et qu'il le prioit de se souvenir qu'en grande connoissance de cause, il lui avoit donné sa parole, nette, précise, positive, d'assembler toutes les chambres pour la continuation et le jugement de notre procès. Le premier président, avec un air respectueux et ce masque de sévérité qu'il ne quittoit jamais, avoua qu'en effet il la lui avoit donnée, forcé par son éloquence et par son autorité, mais qu'il se repentoit de s'être engagé trop légèrement ; qu'il étoit nécessité par de sérieuses réflexions de lui déclarer qu'il se trouvoit dans l'impossibilité de l'effectuer; et tombant tout court en des respects et des compliments sans fin, se mit à reconduire M. de Chaulnes, qui n'avoit point du tout envie de s'en aller, mais comme il faisoit toujours à ceux dont il se vouloit défaire.

M. de Chaulnes, indigné de se voir si étrangement écon- Rupture entière

tics opposants duit, le quitta en lui protestant qu'il avoit sa parole, qu'il

avec le pre- ne vou]0jt nj ne i)0uvoit la lui rendre; qu'au reste il poumier président . r . . *, \

Harlay. voit en manquer et a lui, et, avec lui, a tout ce qu il y

avoit de plus distingué dans le Royaume, et en user tout

comme bon lui sembleroit. Le duc vint nous en rendre

compte dans une assemblée extraordinaire; il y fut résolu

non-seulement de ne plus garder aucunes mesures avec

un homme aussi perfide, mais de chercher encore tous

les moyens possibles de le récuser, et après, tous ceux

d'obtenir par la4 procédure l'assemblée de toutes les

chambres; surtout, de ne rien oublier pour tirer le procès

en longueur, suivant nos précédentes résolutions. On

peut juger du bruit, des plaintes et des discours, qui, de

notre part, suivit2 ce manquement de parole, contre un

homme sur lequel aucune considération ne pouvoit plus

nous retenir, et contre lequel nous ne pouvions employer

d'autres armes. Aussi en fut-il d'autant plu^» outré, qu'il

voyoit sa réputation s'en aller en pièces, et qu'il n'avoit

quoi que ce soit à opposer aux faits que nous publiions,

et qu'il étoit bien loin d'être accoutumé à un éclat si

soutenu et qui ne ménageoit pas plus les termes que les

choses.

Pour en venir à sa récusation, voici ce dont on s'avisa :

ce fut3 de mettre en procès le duc de Rohan avec l'avocat

général1, fils unique du premier président, parce que la

maxime reçue est que : qui est en procès avec le fils ne

peut être jugé par le père. Cet avocat général avoit épousé

1. Les a été corrigé en la, et, quatre lignes plus loin, une en un.

2. Tel est bien le texte. L'auteur, pour l'accord, n'a tenu compte que du premier sujet, bruit, dont plaintes et discours ne sont qu'une explication apposée.

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