‹ Memoires de Saint-SimonChapitre 91 sur 351 · Ce fut a été ajouté au-dessus de la ligne · texte numérisé non relu

Ce fut a été ajouté au-dessus de la ligne

4. Achille IV de Harlay, d'abord substitut du procureur général, avait été pourvu d'une charge de conseiller au parlement de Paris en novembre 1689, était passé avocat général le 10 janvier 1691, en place de Denis Talon, fut nomme conseiller d'État semestre en février 1697, et mourut le 23 juillet 1717, dans sa quarante-neuvième année.

une riche héritière de Bretagne1, dont deux2 belles terres relevoient du duc deRohan3. Il fut donc prié d'en vouloir bien faire demander le dénombrement* et d'ordonner à ses baillis de former un procès, bon ou mauvais, à l'avocat général, pourvu que c'en fût un ; et il le promit de bonne grâce. Mais, comme ses réflexions sont3 plus lentes que ses décisions0, je pense qu'il se repentit bientôt de l'engagement qu'il avoit pris : on s'en douta bientôt, et on le pressa d'engager quelques procédures, dont il ne se put défendre. Le premier président en fut bientôt averti, et sentit aussitôt ce que cela vouloit dire7. Sa passion de demeurer notre juge l'emportant sur son orgueil, il n'est soumissions qu'il ne fît et ne fît faire, à

1. Il avait épousé, le 2 février 1693, Anne-Renée-Louise du Louet, dame de Coëtjunval, Keranhoat, Kerhoënt, Coatmen, Kerguillio, etc., fille unique de Robert du Louet, marquis de Coëtjunval, doyen du parlement de Bretagne. Mme de Harlay mourut en mars 1749, à quatrevingts ans.

2. Saint-Simon, après avoir d'abord écrit ainsi : « dont deux », avait effacé dont, pour mettre au-dessus avoit; puis, revenant à sa première tournure, il a rétabli dont, à la suite d'avoit, biffé.

3. On lit, dans un des recueils du P. Léonard (Arch. nat., MM 825, fol. 81), que le premier président, toujours hostile aux prétentions des princes étrangers, ayant relevé un jour très-vertement l'avocat Tessé, qui donnait cette qualité au fils aîné de M. de Soubise, le duc de Rohan fit, en retour, à l'avocat général dont il est question en ce moment, l'affront de lui rayer la qualification de « haut et puissant seigneur, » et d'y substituer celle de « noble homme, » clans un aveu féodal qu'on lui présentait pour quelqu'une des terres dont parle Saint-Simon.

4. Quarante jours après avoir fait l'aveu et hommage de son fief au seigneur dominant, le vassal devait lui fournir, par acte notarié, sur parchemin, un dénombrement, c'est-à-dire une déclaration descriptive de toutes les terres et droits que comprenait le fief. Le seigneur avait aussi quarante jours pour blâmer le dénombrement qu'on lui présentait, c'est-à-dire pour en faire constater l'inexactitude et en demander la rectification.

5. Si ce présent n'est pas, comme nous sommes portés à le croire, un lapsus, on en pourrait conclure que Saint-Simon écrivait ce passage avant 1727, date de la mort du duc deRohan.

6. On trouvera ailleurs son portrait. — 7. Après dire, est biffé et.

Paris et en Bretagne, à M. de Rohan, et telles qui ne

s'exigent pas même des moindres vassaux.

Ce procédé flatta le duc de Rohan, déjà bien ébi par son irrésolution naturelle : il voulut donc obliger le

premier président en un point si sensible, et, pour y parvenir, nous déclara à une assemblée qu'il s'en alloit à Moret ' faire pêcher un grand étang qui demandoit sa présence. Je sentis et ne pus souffrir cette défection. Je m'écriai que c'étoit nous abandonner dans la plus importante crise, où sa présence seule étoit plus nécessaire que celle de tous les autres ensemble ; qu'il étoit inconcevable que la pêche d'un étang l'attirât à deux lieues de Fontainebleau dans des moments si pressants, où ses gens d'affaires, ou tout au plus la duchesse sa femme, suflfiroient de reste, et qu'à l'heure que je parlois, on en pêchoit quatre très-beaux à la Ferté-Vidame2, à vingtquatre lieues de Paris, où ma mère ni moi n'avions jamais imaginé d'aller pour aucune pêche. M. de Chaulnes, M. de la Rochefoucauld, tout ce qui étoit à l'assemblée, ducs et conseils, lui firent les prières et les remontrances les plus pressantes ; mais le parti étoit pris : il nous amusa seulement de la promesse de revenir dès que quelque chose presseroit et qu'on le manderoit. Le cas arriva en moins de huit jours, où, sans le retour de M. de Rohan, toutes ses procédures contre l'avocat général tomboient. Un laquais de M. de la Trémoïlle lui fut dépêché, toute la nuit, avec une lettre de son maître, tant pour lui que comme chargé de tous, et une de Riparfonds, qui lui expliquoit la nécessité pressante et indispensable du retour. Le courrier le fit éveiller : il lut les deux lettres, puis dit au laquais de faire ses excuses,

1. Le comté de Moret, près Fontainebleau (douze kil. S. 0.), appartenait par engagement à la duchesse de Rohan, comme héritière du marquis de Vardes, et fut cédé par c!!c, en 1695, à M. de Caumartin. 11 y avait deux étangs considérables, au moulin de Moret et à Montmachoux.

2. Voyez l'appendice II du tome I et ['Annuaire (f Eure-et-Loir, 185! , p. 22o-u22S.

mais que les affaires qu'il avoit à Moret ne lui permettoient pas de les quitter, et, sans autre réponse, fit tirer son rideau et se tourna de l'autre côté. A l'arrivée du courrier, Riparfonds fit une seconde lettre à M. de Rohan, de la dernière force, pour l'engager à revenir ; elle fut signée de dix ou douze ducs qui se trouvèrent à l'assemblée, et portée tout de suite par un autre courrier.

Je m'étois donné une violente entorse, qui m'avoit empêché de me trouver aux deux assemblées d'où on avoit dépêché ces deux courriers; mais j'étois instruit de ce qui s'y étoit passé. Je n'avois donc point signé la lettre commune, ni écrit en particulier. Ma surprise fut donc grande de voir arriver ce second courrier chez moi, avec une lettre de M. de Rohan, par laquelle il expliquoit ses prétendues raisons de demeurer à Moret, et me prioit de faire ses excuses. J'envoyai aussitôt cette lettre à l'assemblée qui se tenoit pour attendre la réponse. A sa lecture, l'indignation fut grande; on ne put plus douter de la défection préméditée, et on admira avec raison qu'un homme d'esprit comme M. de Rohan nous sacrifiât, et son honneur même, à une réconciliation personnelle dont il se fïattoit par là avec le premier président, duquel l'orgueil ne lui pardonneroit jamais les bassesses qu'il lui avoit fallu faire pour se délivrer de ce procès.

Le coup manqué de la sorte, nous nous tournâmes à d'autres moyens. Ce fut d'allonger par celui1 des ducs

I d'Uzès et deLesdiguières. Ce dernier étoit un enfant2 sous la tutelle de sa mère, espèce de fée, demeurant presque

: toujours seule dans un palais enchanté3, et sur qui presque personne n'avoit aucun crédit. M. de Chaulnes, qui la voyoit quelquefois, s'offrit de lui parler, et il en obtint la

t. Première rédaction : le moyen, qui a été biffé et remplacé, en interligne, par celui.

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