‹ Memoires de Samson, de la Comedie-francaiseChapitre 10 sur 48 · XII AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

XII AVANT-PROPOS

entrer. Après des paroles assez vives, échangées de part et d'autre, la porte se referme sur l'individu, qui sort tout pâle, tandis que mon père, rouge de colère, nous dit : « Vous voyez cet homme? c'est le père d'un de mes élèves du Conservatoire ; il vient me faire une scène parce que son fils n'a pas obtenu de pension. Je lui réponds que c'est parce qu'en effet il n'en méritait pas ; là-dessus il me prend à partie, m'accuse de ne pas avoir soutenu mon élève et en arrive à me dire presque des injures. Ce que voyant : « Votre fils ne vous a donc pas parlé de ce que je fais pour lui? » « Si, monsieur, je sais que vous lui faites une pension depuis un an et c'est justement pour cela... » « Ah ! c'est pour cela que vous venez m'insulter ! Prenez la porte!... » Ce fut de cette façon que nous apprîmes ce que mon père nous avait caché jusque là. Comme à tous ceux qui font le bien, les ingratitudes ne lui avaient pas manqué dans sa longue carrière, aussi lui avons-nous souvent entendu dire en parlant de gens qu'il avait obligés : « Je suis content de celui-là; il me salue encore. » Il aidait les jeunes gens du Conservatoire ou de ses leçons gratuites ou de sa bourse, soutenait de pauvres vieilles femmes, veuves d'anciens artistes , et avait sa table ouverte à tous. Il y avait, entre autres, un vieillard tombé dans une misère extrême qui avait toujours son couvert mis chez nous. Outre qu'il

Page 1