AVANT-PROPOS. XIII
était assommant, ce vieillard avait sur toutes choses les idées les plus opposées à celles de son amphitryon, qui se contenait tout le temps du diner etavait coutume de dire, lorsque son hôte était parti : « Tu es bien heureux d'être malheureux, toi ! sans cela il y a longtemps que ma porte te serait fermée ! » Travailleur infatigable, levé à cinq heures du matin , malgré sa profession qui le forçait à se coucher fort tard, mon père s'installait à son bureau à l'aube du jour pour relire ses poètes latins et français ou écrire. A huit heures commençaient nos leçons, car il avait voulu faire lui-même notre éducation. C'est lui qui m'enseigna le français, le latin, l'histoire et la géographie jusqu'à l'âge de quatorze ans, etje puis dire que ce n'est qu'à lui seul que je dois le peu que je sais. De plus, dissertant avec nous sur tous les auteurs à toute heure du jour, mon père nous fit suivre, en l'écoutant, un cours de littérature complet d'autant plus remarquable que la manière dont il interprétait les beautés de chaque ouvrage nous les gravait dans la tète à tout jamais. Dès qu'il avait déjeuné, ses leçons aux artistes commençaient, puis les répétitions, les comités, les assemblées, les rapports à faire, que sais-je? Je ne puis comprendre où il prenait le temps d'apprendre ses rôles et de les composer : sa vie était un travail incessant dont il ne se plaignait jamais et où l'on ne sentait point l'effort.