XIV AVANT-PROPOS
Républicain dans son extrême jeunesse, comme on peut le voir dans ses Mémoires, mon père était devenu juste-milieu et le gouvernement constitutionnel avait toutes ses sympathies. Il aimait même beaucoup le roi Louis-Philippe et le vit tomber avec chagrin. Aussi, lui qui n'avait jamais été courtisan de sa vie, le devint-il pour le malheur. Ayant été appelé à Londres pour y donner des représentations, il sollicita l'honneur d'aller saluer le roi déchu dans son exil, et adressa une pièce de vers à la reine Amélie, qui en fut si profondément touchée qu'elle envoya les jeunes princes le remercier euxmêmes en son nom.
Jusqu'à l'âge de soixante-dix ans, mon père demeura beaucoup plus jeune que son âge, montant les escaliers avec la rapidité d'un jeune homme, marchant, écrivant, lisant, menant une vie des plus actives. Depuis un voyage qu'il fit en Hollande, où on le trouva un jour étendu sans connaissance au pied de son lit, il baissa sensiblement, toujours menacé de paralysie, mais, grâce à l'homéopathie, y échappant jusqu'à la fin. Seulement, lorsqu'il voulait écrire une lettre depuis cette époque, lui. habitué à manier la plume aussi rapidement que la pensée, on le voyait chercher, raturer, recommencer et sïmpatienter. Il ne pouvait s'accoutumer à cette décadence morale et physique, et bien souvent je l'ai entendu murmurer : « Oh ! vieillesse ! vieillesse