AYANT-PROPOS. XVII
de 78 ans ! Le froid, une nourriture insuffisante, le petit secouement incessant du chemin de fer, tout cela avait déterminé chez mon père une espèce de congestion au cerveau : il ne sortait de sa somnolence que pour dire de temps en temps pendant toute la route: « Pourquoi ne descendons -nous pas? » Enfin, lorsque nous-mimes pied à terre, il fut pris d'un tremblement général. C'est en vain que nous cherchâmes une voiture ; dans la terrible crise qu'on traversait, les chevaux étaient rares, et à cette heure avancée de la nuit personne ne nous attendait plus. Désespérant de pouvoir ramener mes parents à leur domicile, je me mis en quête d'un hôtel, mais partout on nous répondait : « Il n'y a plus un lit à vous donner, tout est plein », et nous reprenions notre marche à grand'peine. Mon père pouvait à peine se traîner, nous le soutenions ou, plutôt, nous le portions presque, la vieille bonne et moi, tandis que ma mère marchait, appuyée sur mon fils, âgé de onze ans ; nous faisions dix pas au plus en un quart -d'heure, mon père disant : « Je ne puis plus marcher; asseyez-moi sur le pavé ! » et mon fils pleurant : « Mon pauvre bon papa va coucher par terre ! «Quelle nuit! quelle horrible nuit! j'étais folle. Je demandais à tous une chambre, une chambre par pitié ! Enfin on nous indiqua une espèce de bouge où un vieil homme à la figure basse et stupide dormait