AVANT-PROPOS. XIX
me préparant à les défendre. Je regardais ces êtres si chers confiés à ma garde et j'écoutais pour ainsi dire leur sommeil, lorsqu'au bout d'une heure à peine, en regardant ma mère, je vis s'étendre sur son visage une pâleur livide, les lèvres blêmirent, le nez se pinça, la mort passa sur elle, prête à la prendre. D'un mouvement brusque, je déposai mon fils sur la chaise et courus à elle. Elle était sans connaissance, en proie à une syncope. Si j'eusse dormi, ma mère ne se serait jamais réveillée. Je lui fis respirer de l'arnica et, aidée de la bonne, la frictionnai fortement. Enfin, au bout de huit minutes à peu près, elle revint à elle ; elle était si faible que je désirais l'étendre sur le lit. Je tâchai d'éveiller mon père et de lui faire comprendre qu'il lui fallait faire un peu de place à sa femme, mais il ne comprenait ni ne bougeait. J'étais affolée entre ces deux vieillards. Enfin, après avoir administré à mon père une dose d'homéopathie, je réussis à placer ma mère sur le lit, les recommandai tous deux aux soins de leur domestique et m'en fus mettre à l'air mon fils que ce brusque réveil et ces émotions successives avaient fortement secoué et qui était pris à son tour d'un tremblement nerveux. Il était déjà cinq heures; nous nous promenâmes un peu et je m'occupai de notre bagage. Lorsque je revins, la domestique m'apprit que son maître, en voulant se