AVANT-PROPOS. XXI
mort encore, il me remercia affectueusement de mes soins en m'embrassant, nous demandant pardon à tous de la peine qu'il nous donnait, car l'égoïsme n'a pas entaché une heure de sa vie. Le lendemain, quand la paralysie commençait à glacer sa langue, ma mère lui ayant demandé s'il la reconnaissait, il fit signe que oui. « M'aimes-tu ?» lui dit-elle encore. Alors ce pauvre malade, faisant un suprême effort, rassembla toutes les forces de sa volonté pour prononcer ces derniers mots qu'il accentua fortement : a Oh '.oui.» Après cela, plus une parole ne sortit de sa bouche. Il me fit signe plus tard, en levant les yeux au ciel, qu'il s'en allait vers Dieu. Je me jetai sur lui en pleurant et lui dis : « Va : tes bonnes actions te précèdent » ; il parut comprendre, car, depuis lors, une grande quiétude se montra sur sa figure et ne le quitta plus jusqu'à la fin.
Il mourut le 29 mars, à 7 heures du soir, entouré de ses enfants et petits-enfants. Le vide qu'il a laissé parmi nous est irréparable. Les années passent sans nous consoler : elles nous montrent, au contraire, de plus en plus, la perte que nous avons faite. Quant à moi, lorsque de grands soucis m'assiègent, lorsque de grandes douleurs me frappent, je vais demander à celui qui a si bien vécu le courage de remplir mon devoir avec l'abnégation qui dirigea tous ses actes.
Ad. Toussaint-Sàmson.