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CHAPITRE IX

Entrée des alliés. — Le roi Louis XVIII et la duchesse d'Angoulême. — Le pensionnat est supprimé. — Les émigrés. — Retour de l'île d'Elbe. — Je m'enrôle parmi les volontaires royaux. — A quoi tenait l'opinion politique dos actrices de la Comédie-Française. — Les Cent-Jours. — Ma seconde campagne, plus rapide encore que la première. — Rentrée de Napoléon et de notre directeur Sarrette, — Mon refus de signer l'acte additionnel. — Waterloo.

Le lendemain, mon père vint me chercher. Il était en proie à la plus grande agitation et avait passé la nuit sur pied. Nous allâmes déjeuner dehors et vîmes défiler sur le boulevard du Temple l'infanterie russe, qui était formidable. Leurs soldats, d'une très haute stature, étaient commandés par de tout jeunes officiers, d'assez petite taille, qui avaient l'épée à la main, l'estomac très bombé, une ceinture à bouts flottants, les sanglant fortement, puis une casquette laissant voir de chaque côté des touffes de cheveux blonds. L'un d'eux, plus jeune et plus fluet encore que les autres, saluant avec son épée les femmes qui étaient aux fenêtres, dit en souriant, avec une voix très douce : « Eh bien ! Mes-

dames, les voilà ces barbares du Nord ! » Au boulevard des Italiens, les troupes russes furent reçues avec enthousiasme par des Françaises du beau monde qui n'avaient de français que le nom, et Ton dit que les officiers russes ajoutèrent à leurs conquêtes militaires plus d'une conquête galante. Quelle honte ! Je m'en retournai la mort dans l'àme, et cette journée ne s'effacera jamais de mon souvenir; mais il n'entre pas dans mon sujet de raconter les événements politiques de cette époque ; ce sont mes souvenirs d'artiste surtout que j'écris : j'y reviens.

Il y eut à peu de temps de là, à notre Conservatoire, un exercice d'élèves auquel assistèrent les souverains étrangers. Les détails n'en sont pas présents à ma mémoire, car je fuyais le plus possible l'aspect de nos vainqueurs. Seulement je sais que l'empereur Alexandre y fut reçu avec des transports d'admiration par les dames, qui se précipitaient sur son passage avec une remarquable inconvenance. 0 Parisiennes ! Vous êtes de bien charmantes femmes ! Mais l'amour de la patrie et la dignité qui convient à votre sexe, sont choses trop sérieuses pour votre aimable frivolité.

Monsieur, frère de Louis XVIII, était à Paris et l'on y annonçait la prochaine arrivée du roi et de sa (nièce, Mme la duchesse d'Angoulème. J'avais, je l'avouerai, peu de sympathie pour cette race royale, venant à la suite de l'étranger et s'imposant

à nous par nos revers. Je voulus cependant la connaître et m'en allai jusqu'à Saint-Ouen, où résidait le roi. Je trouvai sur la route un grand nombre de curieux, de gardes d'honneur, puis des débris de la vieille garde impériale qui inspiraient à tous un profond sentiment de respect. Des cris de : Vive la vieille garde ! se mêlaient aux cris de : Vive le roi ! Celui-ci entra dans Paris avec la duchesse d'Angoulème au milieu des plus bruyantes acclamations. De vieux royalistes fondaient en larmes en revovant l'auguste et malheureuse fille de Louis XVI. .le partageai cette émotion tout en me la reprochant, car l'humiliation de la France était mon unique pensée.

Le 28 décembre 1814, notre cher directeur, M. Sarrette, qui avait été le fondateur du Conservatoire , en fut chassé sans égards, honteusement. Voici la lettre qu'il reçut :

« Monsieur, je vous préviens que j'ai donné des ordres pour que l'hôtel des Menus-Plaisirs et toutes ses dépendances soient mis de suite à la disposition de M. le comte de Blacas, ministre de la maison du Roi.

« Vous devez, Monsieur, quitter sans délai l'appartement que vous occupez et vous regarder, dès ce moment, comme n'ayant plus la direction du Conservatoire.

« Je suis, Monsieur, très parfaitement serviteur,

« L'abbé de Moxtesquiou »

Cette épitre administrative est curieuse par l'absence des formules de la plus simple politesse. On la remarque jusque dans l'omission volontaire du pronom votre avant le mot serviteur, ce qui rend la phrase assez niaise, car on ne comprend pas ce que signifie : Je suis très parfaitement serviteur. Serviteur de qui?, Enfin, un abbé s'occupant des menus plaisirs du roi, cela couronne le tout !

Le pensionnat de la déclamation fut donc supprimé et je me trouvai rejeté dans la triste situation d'où le décretde 181 2 était venu me tirer. Comment pourvoir à mon existence ? L'affection de Micbelot me vint en aide heureusement. Il enseignait la déclamation tht';i traie et oratoire, et comme il ne pouvait, avec ses occupations au théâtre, prendre tous les élèves qui se présentaient, il m'en donna plusieurs. Malheureusement mon physique me faisait paraître encore plus jeune que je ne l'étais et inspirait peu de confiance aux personnes à qui il m'adressait. De sorte que j'étais souvent éconduit. D'autres fois, c'était mon caractère qui nuisait à mes intérêts. Ainsi un jour que j'allais remettre à un jeune homme une lettre de Micbelot pour me servir d'introduction auprès de lui, ce jeune homme commença par me dire qu'il avait pris des leçons d'un ancien comédien de province appelé Lasozelière : « C'était un excellent professeur, continua-t-il; il ne pouvait pas sentir Talma, et il avait bien raison. J'espère que

vous ne m'apprendrez pas à dire comme cet homme-là. •> — « Malheureusement non, répliguai-je, indigné de l'outrage fait à mon idole. Je voudrais bien savoir dire comme lui ! » — « Je le trouve absurde, moi ! » — « C'est que vous ne vous y connaissez pas apparemment », répliquai-je avec vivacité ; et, tout rouge de colère, je m'en fus pour ne plus revenir, laissant l'élève de M. Lasozelière tout stupéfait. Il m'attend encore.

Ce fut à cette époque que je m'aperçus de la transformation de mon esprit et de mes pensées, transformation que beaucoup trouveront peut-être bizarre. Mes souvenirs grecs et romains avaient fait erermer en moi un vif amour de la liberté. Or, sous un gouvernement où la presse enchaînée ne pouvait que louer et admirer, où l'Empereur seul usait avec excès de la liberté ravie à la nation, je m'étais en quelque sorte réfugié dans cette antiquité qui m'était si chère, et n'avais pour toutes nos gloires militaires qu'une profonde indifférence. Tous ces peuples soumis et ces trônes abattus n'étaient rien à mes yeux auprès de Miltiade, vainqueur à Marathon, auprès de Léonidas, auprès d'Epam inondas, délivrant son pays du joug de Lacédémone. Ce titre d'empereur, déshonoré par les tyrans de la vieille Rome, sonnait mal à mes oreilles, et je fus séduit par cette liberté politique qu'un roi rapportait à la Franco. Je. lisais avee avidité tous les

journaux. La diversité de leurs opinions, la hardiesse de quelques-uns, ce réveil de l'esprit français, si longtemps comprimé sous une main de fer, tout cela m1 étonnait et me charmait tout à la fois.

Mon antipathie pour les Bourbons cessa. Quand on me rappelait que c'étaient nos malheurs qui les avaient ramenés parmi nous, je répondais que nos défaites n'étaient pas leur ouvrage, qu'eux aussi avaient souffert, qu'ils avaient vu monter sur i'échafaud un des leurs et étaient demeurés en exil pendant de longues années, et qu'enfin cette dynastie, qui avait régné si longtemps sur la France, devait réconcilier notre malheureux pays avec l'Europe tout entière. Je voyais avec peine cependant les insultes que leurs journaux prodiguaient aux héroïques débris de notre grande armée et leur mépris mal dissimulé pour cette charte donnée par Louis XVIII, qui avait rallié cependant tant de Français autour de son trône. Rabaisser et injurier même souvent la gloire militaire d'un peuple qui s'en était enivré, c'était plus qu'une faute, c'était une maladresse. Ces vétérans de l'émigration, si dignes d'intérêt cependant, qui nous revenaient avec leurs costumes et leur coiffure dune autre époque, semblaient solliciter le ridicule, si funeste dans notre pays ; sous leur vieille frivolité, se cachait leur intolérance religieuse, on le sentait. Fidèles aux antiques institutions que les mœurs nouvelles

repoussaient, ils revenaient répudier le drapeau auquel tant de glorieux souvenirs se rattachaient et qui semblait le drapeau de la France nouvelle , et voulaient traiter en pays, conquis la patrie, dont les baïonnettes étrangères leur avaient rouvert le chemin. Tout cela jetait dans l'àme une vague inquiétude et faisait craindre que le trône restauré ne reposât pas sur une solide base. Cette résurrection tout entière de l'ancien régime, personnifiée dans les gardes du corps et les mousquetaires, blessait les yeux et alarmait les esprits. La défiance était partout.

Un jour, en arrivant à la classe du Conservatoire, j'y vis régner une grande agitation. On disait que Napoléon avait quitté File d'Elbe et venait de débarquer en France avec 400 grenadiers. Cet événement n'était que trop vrai. J'en reçus une douloureuse impression. Je l'ai dit : j'étais devenu royaliste constitutionnel et je voyais dans Napoléon Ier l'ennemi de toute liberté, le représentant de la force brutale et le destructeur des races humaines. Ai-je été coupable d'ingratitude en m'enrôlant parmi les volontaires royaux qui devaient marcher contre le fugitif de l'ile d'Elbe ? Au moins ne puis-je être accusé d'avoir été guidé par mon intérêt personnel, qui eût dû me ranger au contraire parmi les Bonapartistes. Le fameux décret de 1812, en créant un pensionnat, m'avait arraché aux périls d'une des

guerres les plus désastreuses de cette sanglante époque. Pauvre, j'avais trouvé, avec l'enseignement théâtral, le vivre et le couvert dans ce Conservatoire que j'ai toujours aimé comme une seconde patrie. Je pouvais regarder mon avenir comme assuré si le trône impérial se consolidait. Comment donc étais-je entraîné dans une route d'où tout semblait m'éloigner? Quim'y poussait? mes convictions politiques, dont l'ardeur s'explique par mon extrême jeunesse. J'avais vingt-deux ans alors. Selon moi, Napoléon ramenait le despotisme et la guerre, ces deux objets de ma haine; il revenait décimer la jeunesse française et, grâce à lui, des flots de sang allaient encore inonder l'Europe. Le retour victorieux de cet homme extraordinaire , ce trône reconquis avec une si merveilleuse rapidité , tout cela m'étonnait sansm'éblouir,et ma raison se révoltait contre cette injustice delà fortune. Ce que d'autres admiraient dans le moderne Gésarn'était à mes yeux qu'un parjure. L'Empereur n'avait-il pas abdiqué? n'avait-il pas dit à ses soldats en leur faisant ses adieux : Soyez fidèles au nouveau souverain que la France s'est cnoisi? Tout cela n'avait donc été qu'une comédie? Alors la partie mauvaise de sa vie se dressait devant moi. Je repassais dans ma pensée son faux républicanisme, son abandon de l'armée d'Egypte, la mort du dernier des Gondé dans les fossés de Vincennes , le faste impérial ressuscitant l'étiquette

des vieilles cours et la domesticité des premiers dignitaires de l'Etat, l'insolence du despotisme militaire, la toute puissance du sabre, les lois monstrueuses de la conscription, venant prendre des enfants hors d'état de porter les armes et les semant morts sur les routes , les rois détrônés, leurs sceptres aux mains de l'Empereur et de ses frères, le chef de l'église catholique arraché violemment à son pays et tenu captif dans le nôtre, et enfin la France envahie et l'étranger jusque dans sa capitale. Voilà donc à quoi avaient abouti tant de conquêtes et tant de sang versé ! Gela m'indignait. Peutêtre eus-je dû m'abstenir de me mêler à tous ces événements. Gela me fut impossible, et je m'enrôlai, comme je l'ai dit plus haut.

On sait que dans sa marche vraiment triomphale, Napoléon, parti de l'ile d'Elbe avec onze cents hommes, se composa une armée de toutes les troupes qu'on envoya pour le combattre. Quoique les journaux déguisassent la vérité, elle se faisait jour, les royalistes s'inquiétaient devant les physionomies radieuses et tant soit peu railleuses des bonapartistes.

Les spectacles étaient désertés. Lafon qui, au Théâtre-Français, ne jouait que la tragédie, venait de renouveler quelques essais déjà tentés dans les premiers rôles de la comédie ; il avait attiré du monde en représentant L'Amant bourru.

et Le Glorieux ; mais au premier bruit du débarquement de l'Empereur, la salle était demeurée vide et les coulisses agitées. Talma v venait chaque soir donner des nouvelles, et la joie éclatait sur son visage en parlant de la marche triomphale de Napoléon s'avançant sur Paris; cependant sa parole était prudente et réservée; il ne se permettait jamais de réflexions injurieuses pour la dynastie chancelante. On faisait cercle autour de lui, car on le savait bien renseigné. Les bonapartistes, en l'écoutant, échangeaient entre eux des sourires significatifs, tandis que les royalistes exprimaient hautement leurs espérances et leur colère ; ils étaient peu nombreux au Théâtre-Français. Les comédiens, comblés des bienfaits de Napoléon, lui étaient en effet presque tous dévoués de cœur; ceux mêmes qui avaient été jadis emprisonnés pour leur attachement aux Bourbons, avaient fini par se rallier à l'Empire, oublieux d'une famille dont le retour semblait impossible à tous.

Pendant le règne si tôt interrompu de son oncle, le duc de Berry avait été un spectateur assidu de la Comédie-Française, et l'on dit que plusieurs des dames de ce théâtre lui lançaient de doux regards. Ces œillades qui, d'abord, n'avaient rien de politique, engagèrent cependant la conscience de celles qui les avaient si gracieusement jetées dans la loge royale, et elles se trouvèrent royalistes tout à coup,

sans savoir, à coup sur, pourquoi ; le théâtre Richelieu fut donc partagé en deux camps ; mais le camp bonapartiste était le plus fort. Mlle Dupont, alors simple pensionnaire, avait en vain sollicité, sous le règne de Napoléon, le titre de sociétaire; la Restauration lui fut plus favorable et obligea le Comité d'administration, composé des plus anciens sociétaires, à l'admettre. La récipiendaire crut devoir aller remercier ses camarades. On raconte que Damas, ardent bonapartiste, et l'un des membres les plus influents du Comité, lui dit avec franchise qu'il avait voté contre elle, en ajoutant: «Prenez garde, Mademoiselle, vous n'aurez pas toujours cent mille baïonnettes étrangères pour soutenir votre réception. » En effet, je crois que pendant les Cent-Jours l'admission de la nouvelle sociétaire fut annulée et qu'il fallut un second envahissement du territoire pour la réintégrer dans sa position. Ainsi, les intérêts d'une jeune soubrette se trouvaient liés aux sanglantes guerres de cette époque !... .

Pour en revenir à moi, ma campagne de volontaire ne fut pas longue. On nous avait désigné comme lieu de réunion l'ancienne cour de la Bibliothèque, rue Richelieu ; j'appris en y arrivant que je pouvais retourner chez moi, Napoléon devant entrer ce même jour dans Paris. En effet, en allant me débarrasser de mon équipement militaire, je

pus lire sur les murs les adieux du roi Louis XVIII aux Parisiens. Mon uniforme ôté, j'allai au Palais Royal et aux Tuileries pour me rendre compte des impressions de la population. Dans le premier jardin des groupes nombreux s'entretenaient avec une joie pleine d'exaltation de la rentrée de l'Empereur, la mettant au-dessus de toutes ses victoires. Aux Tuileries, il n'en était pas de même : la foule était silencieuse et ne manifestait aucune joie ; elle paraissait cependant décidée à demeurer jusqu'au soir pour voir l'arrivée de l'Empereur. Le lendemain, le jardin était rempli de monde; aux portes, se tenaient des femmes qui vendaient des cocardes tricolores ; les militaires abondaient dans les cafés, où ils faisaient grand tapage; à leurs voix retentissantes se joignait le bruit des sabres traînants dont ils frappaient quelquefois le marbre des tables ; le café du Théâtre-Français en était rempli ; ils se déchaînaient là, en buvant du punch, contre les Bourbons, les émigrés et les feuilles royalistes, et jetaient les journaux à terre en s'écriant : « Les canailles ! nous ont-ils assez insultés ! nous allons les voir, maintenant ! »

Avec Napoléon, M. Sarrette revint au Conservatoire ; et je l'y revis avec beaucoup de plaisir, excepté dans une occasion où l'élève osa tenir tête à son directeur. L'Empereur avait publié un Acte additionnel aux Constitutions de l'Empire,

et des registres étaient ouverts dans toute la France pour recevoir les votes des citoyens sur cet acte, à la rédaction duquel Benjamin Constant avait concouru, car le célèbre publiciste s'était rallié à l'Empereur après avoir écrit dans les débuts : // reparaît, cet homme de sang !

Conçoit-on qu'on ait demandé pour cet acte la signature des élèves du Conservatoire qui, dans leur position dépendante, n'avaient rien à refuser au gouvernement 1 !

Je refusai cependant de signer, moi, quand on me présenta le registre au secrétariat de l'école. M. Sarrette, apprenant cela, me fit venir chez lui pour combattre ma résistance; il me parla d'abord avec sévérité, s'étonnant qu'un pensionnaire du Conservatoire ne fût pas entièrement soumis à un gouvernement dont il avait reçu des bienfaits, et ajoutant que j'étais encore trop jeune pour avoir une opinion politique : « Alors pourquoi me demande-t-on de consigner sur un registre public l'expression de mes opinions, si je ne puis en avoir encore? répondis-je.» Et comme le mot d'ingratitude avait été prononcé par mon direc-

1 En voyant cette exclamation de mon père et son étonnement, j'admire sa naïve honnêteté. C'est justement parce que les élèves ne pouvaient rien refuser au gouvernement que celui-ci leur demandait leur signature.

(Note de Mrae Toussaint-Samson.)

teur : « Monsieur, répliquai-je, un homme est souvent placé, parles circonstances, entre deux devoirs opposés et doit, selon moi, se prononcer pour le plus sacré des deux. Or, comme élève du Conservatoire, comme individu, je suis l'obligé de l'Empereur; mais comme citoyen, ma dette de reconnaissance est plus grande pour celui qui nous apporte la charte et rétablit le gouvernement représentatif ainsi que la liberté de lapresse. Mon devoir public me semble au-dessus de mon devoir privé : c'est pourquoi je ne signerai pas un acte qui exclut les Bourbons du trône. » M. Sarrette, nem'ayant jamais entendu parler avec une telle exaltation et nous portant une affection toute paternelle, me parla alors avec plus de douceur; il me fit entrevoir que je ruinais tout mon avenir par cette obstination ; enfin, voyant ses efforts inutiles, il me dit avec quelque émotion: «Samson, vous me faites de la peine ». Devant cela, je ne sus plus résister, je pris la plume et je signai.

C'est au Conservatoire que j'avais appris le débarquement à Cannes du proscrit de File d'Elbe. Ce fut là encore que j'appris la funeste bataille de Waterloo qui mettait fin à la puissance du dominateur de l'Europe. Je courus à l'Elysée où il était venu abriter son prestige détruit. J'ai quelquefois pensé que l'Empereur avait eu tort de ne pas rentrer aux Tuileries. Les petites choses ont leur importance :

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son séjour à l'Elysée ressemblait à un commencement d'abdication. On sait que le palais des rois ne le revit plus et, qu'après son départ, les Anglais vin-

rent camper à Paris, dans les Champs Elysées. Deux figures me frappèrent en chemin. C'étaient le peintre David et Taima, qui causaient à demi voix d'un air fort attristé. Autour de l'Elysée, quelques groupes d'hommes du peuple criaient : Vive l'empereur! mais ils n'étaient remarquables ni par leur nombre ni par la chaleur de leurs exclamations ; il y avait peu d'écho autour d'eux.

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