AVANT-PROPOS. VII
sous sa plume. Il avait le vers très facile, et dans un petit à -propos, la Fête de Molière, on trouve deux scènes charmantes. Il a laissé dans ses cartons une tragédie sur Fosçari , d'une grande valeur comme forme poétique. Ce qui manquait à ses pièces, c'était peut-être le mouvement scénique; essentiellement classique de forme, mon père se plaisait dans l'unité de la scène et aurait reculé devant certains effets par trop dramatiques. Aussi a-t-on reproché à son talent littéraire d'être un peu pâle. Cela se peut; mais on ne lui a pas assez tenu compte de la forme, qui est toujours, chez lui, concise, claire, simple et franche d'allure.
Le côté essentiel de l'esprit de mon père était l'ironie, et quand il lui est donné de pouvoir employer cette arme, il demeure maitre du terrain ; témoin ce plaidoyer en vers contre Dorvo, qu'il prononça lui-même dans un procès que la Comédie- Française eut à soutenir contre cet auteur. Dès le second vers, les juges riaient; cependant ils ne purent, malgré tout, donner gain de cause au spirituel avocat de la Comédie-Française et la condamnèrent en riant toujours. La lettre qu'il écrivit à Janin est aussi un modèle de raillerie fine du meilleur ton, où tous les arguments ne sont que des faits. Sa conversation était pleine de traits ei l'on se redit encore au foyer du théâtre tons les bons mots (fui s'échappaient de ses lèvres sans effort,