AVANT-PROPOS. IX
prêté recherchée et d'une galanterie exquise avec les femmes. Pas une qui ne dit encore de lui dans sa vieillesse : Quel homme charmant!
Les traits fins, le regard vif et franc, le nez légèrement retroussé, la bouche essentiellement moqueuse, le teint coloré, les cheveux châtains, plus tard parfaitement blancs, abondants et très frisés, qui se groupaient d'eux-mêmes autour de son visage sans qu'il prit la moindre peine pour les y aider ; la physionomie spirituelle et très noble bien souvent, la main blanche et petite, le pied et la jambe irréprochables, les bras un peu courts, qui ôtaient de l'ampleur à sa gesticulation, l'air éminemment distingué, voilà ce qu'était mon père au physique.
Quant au moral, je n'arriverai certes pas à le peindre comme je l'ai dans le cœur, mais j'essaierai du moins d'en donner une idée.
On peut dire qu'il était le type de l'honneur, voire même de l'ancienne chevalerie, car, partout où il y avait un être opprimé à défendre, une injustice à réparer, un malheureux à secourir, mon père se levait. Il allait toujours droit devant lui sans se soucier du soin de ses intérêts, faisant ce qu'il croyait devoir faire, disant ce qu'il croyait devoir dire. Deux ou trois fois dans sa vie, dans des luttes qu'il eut à soutenir contre différents ministres pour défendre la Comédie-Française, on le vit donner sa démission de sociétaire, sans s'inquiéter comment