‹ Mémoires de thérapeutique médico-chirurgicaleChapitre 26 sur 29 · APPLIQUEE · texte numérisé non relu

APPLIQUEE

'A LA THERAPEUTIQUE.

L’étude de la matière médicale et de la thérapeutique est le complément de la science médicale; elle en est la conséquence obligée et indispensable. Cependant, chose étrange ! cette étude trop négligée, et souvent indéfiniment ajournée , laisse un vide irréparable dans l’instruction. Aussi que de belles espérances ont été trompées, que de talents , si riches du passé, et promettant un si bel avenir, sont venus échouer devant cette lacune trop commune dans les études médicales. Cependant cette science est belle, elle est pleine d’attraits, elle montre au jeune médecin toute la puissance de son art ; elle semble lui fournir des armes contre toutes les maladies , contre toutes les douleurs.

Mais il ne suffit pas de connaître l’immense quantité des agents fournis par la matière médicale ; il faut encore apprécier leur action thérapeutique ;

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il faut se rendre raison de leur influence sur les organes, sur les fonctions, dans l’état physiologique comme dans l’état morbide. Là se rencontrent tout à la fois autant d’obscurité que de lumière. En jetant un regard observateur sur le passé et le présent (1 ), on voit tour-à-tour la puissance de la thérapeutique s’élever, s’abaisser; souvent constituer à elle seule toute la médecine, d’autres fois repoussée pour donner sa place à l’expectation paresseuse, aux ressources aveugles de la nature. Que de médicaments à grande renommée, que de théories et de systèmes de matière médicale ont eu cette destinée, et cependant toujours cette, science s’est relevée; toujours elle a échappé au naufrage qui la menaçait. Pourquoi? parce que, si les systèmes sont imparfaits , la science est vraie ; elle est dans les lois de la nature , comme les maux qu elle doit combattre. Aussi pouvons-nous affirmer que tous les systèmes , que tous les remèdes préconisés ont mérité en partie leur renommée : ils ont tous plus ou moins rempli le but proposé ; ils ont toujours produit un effet thérapeutique; mais cet effet, on a voulu l’utiliser au-delà de son pouvoir, on a voulu lui imposer la vertu de guérir tous les maux ;

(i)Je ne fais pas de citation dans ce court aperçu éclectique sur cette immense question ; je ferai abstraction des noms célèbres qui ont répandu la lumière sur cette belle partie de l’art de guérir : des volumes ne suffiraient pas pour signaler les hommes qui ont concouru à cette œuvre des siècles, depuis Hippocrate jusqu’au professeur Broussais , depuis Dioscoride juscpi’aux professeurs Àlibert, Orfila, etc.

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il n’a pu répondre à ce désir trop ambitieux , et il est tombé dans l’oubli ; tel a été aussi le sort des systèmes et des doctrines servant de bases à la thérapeutique , et depuis l’humorisme jusqu’au rasorisme, même à rhoméopathisme , que de rè*gnes brillants se sont éclipsés , que de renommées se sont succédées; et cependant tous ont eu d’ardents et de nombreux partisans, parce que tous ces systèmes , tous ces remèdes vantés ont trouvé un certain nombre de cas où leur application tombait juste. Il ne faut donc pas dédaigner ce$ sources, si abondantes et de destinées si variées; il faut au contraire les utiliser au profit de la science et de l’humanité par un éclectisme rationnel , en cherchant les motifs par lesquels ils ont réussi ou échoué, en se rendant raison des causes qui leur ont fait accorder la confiance et qui les en ont dépouillées. Cette recherche nous amènera à établir une doctrine thérapeutique à l’aide de laquelle nous profiterons des travaux de tous les siècles. Pour éclairer cette question si simple et si importante , il est indispensable de présenter quelques considérations sur ses bases.

Les maladies sont des conséquences naturelles de notre organisation ; aussi leur étude est-elle une branche de l’histoire naturelle, comme l’a prouvé notre célèbre compatriote Ampère. Les maladies offrent des phases variées. 11 en est qui sont de tous les jours, de tous les moments et d’autres qui n’apparaissent qu’à travers les siècles , comme le choléra , les pestes , et comme les grands bouleversements du globe»

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Si nous admettons que les maladies soient une conséquence de notre organisation, nous admettrous aussi que des phénomènes caractéristiques en sont aussi des conséquences naturelles. Ces phénomènes, produits de l’altération de l’organe ou de ses fonctions, se dessineront par des signes pour ainsi dire inséparables de l’altération de la fonction , et si quelquefois ils sont obscurcis par des effets secondaires , c’est à l’intelligence du médecin à les isoler , les séparer , les disséquer pour ainsi dire , comme le botaniste qui caractérise une plante , malgré les superfétations imprimées par la culture ou des causes accidentelles.

Ces symptômes isolés , séparés des accessoires , sont des signes pathognomoniques qui sont à l’état morbide de F organe , ce que ses fonctions sont à son état physiologique ; en un mot , un organe malade fonctionne toujours d’une manière morbide , comme un organe sain fonctionne toujours d’une manière physiologique* ainsi, si le tissu du poumon , sa membrane muqueuse , sa membrane séreuse sont dans un état morbide , les phénomènes de chacune de ces altérations auront un caractère particulier qui en sera inséparable , qui les fera distinguer à travers toutes les complications. Ces considérations sont indispensables, quoique très ordinaires , pour prouver la localisation des maladies et les bases directrices de la thérapeutique.

Ainsi nous ne pouvons nous refuser à admettre qu’en général , toutes les maladies sont des résultats naturels de l’altération des organes et de leurs

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fonctions caractérisées par des effets inséparables de la modification imprimée aux fonctions par l’état morbide. Mais ces effets , ces phénomènesconséquences présenteront, pour l’application des moyens de la thérapeutique , des variétés remarquables sur lesquelles seront basées les différences des médications dans les diverses maladies du même tissu, du même organe. Ces considérations sont de la plus grande importance pour prouver la possibilité d’établir une doctrine thérapeutique, doctrine que l’on pourrait appeler organopathique .

Si les signes généraux sont une conséquence de l’altération de l’organe et de ses fonctions, les phénomènes particuliers sont aussi une conséquence de la nature élémentaire de cet organe malade. Or , dans l’état maladif comme dans l’état normal , trois grandes différences caractérisent les actes morbides comme les actes physiologiques. Ces différences sont basées sur la prédominance de l’un des éléments constituant l’organe malade ou l’organisme général ; c’est sur cette prédominance qu’est basée toute la direction de la thérapeutique , et c’est aussi parce qu’elle se dessine naturellement à l’intelligence, que , dans tous les temps , dans tous les siècles , tous les genres de traitements , tous les remèdes ont pu trouver souvent une heureuse application. Cette théorie des prédominances est fortifiée par celle de médications dominantes suivant les peuples et leurs constitutions générales, suivant les individus et leurs tempéraments.

On peut réduire à trois ces prédominances élé-

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mentaires: \Q celle du système sanguin; 2° celle du système lymphatique ; 3° celle du système nerveux. Dans l’état normal , comme dans l’état morbide , toujours l’une de ces prédominances se manifeste , soit dans tout le cours d’une maladie , soit dans ses diverses périodes. Ces considérations ne sont certainement pas nouvelles , ce sont des vérités de tous les siècles , mais on les a trop souvent dédaignées, en oubliant l’importance des tempéraments, des idyosincrasies dans les maladies et leur traitement.

Maintenant prouvons que toutes les maladies sont caractérisées par l’une de ces prédominances, quelque soit leur siège, et que c’est sur cette prédominance que doit être basée la thérapeutique. Nous ne pouvons nier ces trois grandes modifications imprimées à notre organisation ; ce sont aussi des vérités aussi anciennes que la physiologie ! Eh bien , signalons la différence des maladies en général dans ces trois conditions. Chez les peuples comme chez les individus à prédominance vasculaire, sanguine, à circulation pleine et active, les symptômes inflammatoires sont intenses, les tissus sont gorgés de sang, et les médications des systèmes vasculaires sont les plus urgentes et les plus indiquées. Chez ceux à prédominance nerveuse , à sensibilité vive , le sentiment de la maladie est plus vif, plus tôt aperçu, la douleur est le symptôme dominant, et les médications modératrices du système nerveux constitueront les premières et les principales bases du traitement. Enfin, chez ceux à prédominance lymphatique , à circulation lente,

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a sensibilité peu vive, les symptômes sont tardifs, ils se dessinent plus lentement, les éléments sanguins et nerveux ne jouent qu’un rôle secondaire, et les médications du système lymphatique sont essentiellement indiquées. C'est par rapport a ces prédominances, que le traitement dans lequel dominent les évacuations sanguines convient et réussit dans le premier cas ; les modérateurs , les sédatifs, dans le second; les toniques, même les phlegmasiques , les suppuratifs , les escharrotiques , dans le troisième.

Prenons pour preuve une maladie quelconque, chez trois individus à prédominance différente, une pneumonie aiguë, par exemple. Chez tous, la respiration sera altérée; dans le premier cas, le pouls plein , la figure vultueuse, le tempérament sanguin du malade, etc., dénonceront la prédominance sanguine et la nécessité des saignées , etc. Dans le deuxième, la douleur plus vive, fa figure crispée , le pouls moins plein, plus précipité, le tempérament nerveux du malade décèleront la prédominance nerveuse et futilité des modérateurs, des sédatifs, l’éloignement des irritants, etc. Enfin, dans le troisième, la plénitude de la poitrine, la respiration plus lente, la bouffissure de la face, la mollesse du pouls et le tempérament du malade signaleront la prédominance lymphatique et de la modération dans les évacuations sanguines, dans les débilitants, et les avantages des diffusifs, des révulsifs irritants, des vésicatoires , des exutoires , etc. Voilà donc trois maladies semblables traitées différemment par rapporta la prédominance élémentaire. Admettons

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que le même traitement soit appliqué à ces trois malades ; chez le premier , les saignées répétées et copieuses , les émollients, la diète , feront justice rapidement de la prédominance vasculaire, et le malade sera bientôt guéri. Mais le second ne profitera pas du bénéfice de ces médications : les saignées trop copieuses augmenteront l’état nerveux , et en échappant à la plénitude des poumons il succombera sous l’influence de l’anémie ou de l'ataxie. Quant au troisième, le résultat ne lui sera pas plus avantageux; une trop grande effusion de sang , l’effet des débilitants augmenteront la prédominance lymphatique et favoriseront des épanchements séreux, etc.

Ces différences, qui se dessinent si bien dans la première période de la maladie, pour guider la thérapeutique, sontpresque toujours une conséquence du tempérament. Mais, par l’influence de la maladie et de son traitement , elles peuvent changer dans les autres périodes, et on les voit souvent se manifester successivement. Ainsi, à la prédominance sanguine succédera ou l’état nerveux après des saignées trop abondantes, ou la prédominance lymphatique après l’abus des évacuations sanguines, des débilitants, d’une diète trop prolongée. Dans ces différentes périodes , la thérapeutique deviendra facile parla doctrine organopathique, les indications seront modifiées d’après les prédominances (1).

( 1) Dans le choléra, par exemple, cette influence des tempéraments, des prédominances, des périodes, est on ne peut

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