ACTE Ut, SCÈNE II
il se décide, et consent à vous attendre. Je craignais que Je traître ne mit des empêchements à votre retour. Je craignais que vous ne fussiez enlevé à votre fille, à Rome, et à moi-même. Mais vous êtes arrivé. Ce ne sera pas en vain que les dieux vous auront sauvé. DemaÎD, au soleil levant, sera prononcée la sentence. Père infortuné , paraissez au milieu du peuple ; qu'il voie vos larmes ; demandez-lui votre fille; ne cherchez la pitié que dans le cœur du peuple: lui seul peut rendre la fille à son père, à moi mon épouse, à Borne la liberté.
VIRGINITJ8.
Icilius, vous savez combien je vous estime. Je vous l'ai prouvé en vous choisissant pour geudre. Trois objets partagent mou cœur incorruptible. J'aime Rome, ma famille et votre vertu ; je suis prêt à partager avec vous toute haute entreprise, à braver tous les dangers. Mais votre audace bouiltante, votre âme trop magnanime...
ICILIUS
Eli 1 quand donc peut-on avoir trop de vertu ? visai mus.
Quand elle est inutile, quand elle nuit ù celui qui la pratique, quand elle sert celui qui la méprise. Icilius, je vous entends , transporté d'un noble courroux , réunir les maux de ma patrie et les outrages de ma fille. Ces choses....
ICILIUS
Ehl peut-on les séparer ?.... Il n'en est ici qu'une seule. Vous êtes père, et vous ne le sentez pas ? Rome est libre, alors vous avez votre fille, et moi mon épouse. — Rome est esclave, et nous n'avons d'autre ressource que nos armes.
340 VIBGiniE.
V1EGIHIUS.
Rome est esclave I elle n'est que trop asservie ! Je crains pour elle votre courage : je crains qu'un mouvement ne fasse qu'approfondir ses plaies ; je crains qu'elle ne choisisse le parti le plus sùr, mais le plus cruel. Ah 1 si je pouvais en sauvant ma fille ne pas troubler la paix de la patrie L...
ICILIUS
Arrêtez. Quel nom osez-vous proférer ? Y n-t-i! une patrie quand un seul commande, quand tous obéissent? Patrie, honneur, liberté, pénales, enfants, noms chéris, nous ne pouvons plus vous prononcer, maintenant que le tyran vit et qu'il nous enlève tout. Désormais, la honte, les rapines, les violences, le carnage, ne sont plus que des maux supportables. Le plus grand des maux, c'est la terreur ; la terreur, qui remplit toutes les âmes. Non-seulement les citoyens sont muets, mais ils n'osent même se regarder en face. La défiance, les soupçons , sont portés à un tel point, que le frère craint son frère , que le fils redoute son père. Les lâches sont corrompus, les bons intimidés, les gens incertains méprisés, les braves immolés, tous sont avilis ; voilà, voilà, quels sont ces superbes Romains, naguère la terreur de l'Italie, aujourd'hui l'objet de son mépris !
TIBGIKIDS.
Vous dites la vérité ; vous m'arrachez des pleurs. La rage, encore plus que la douleur, les fait couler. Mais, hélas I que pourraient deux Romains seuls au milieu de ce troupeau d'esclaves 1
ICILIUS
Tirer une vengeance terrible, et mourir.