ACTE III, SCÈNE II
La tyrannie est nouvelle, on n'en est pas encore fatigué. On peut tenter de se venger, mais il est impossible de réussir. Que n'ose pas la tyrannie des décemvirs dans le camp? Quelle résistance éprouve-t-elle des plus braves de Rome qui sont là les armes à la main ? lis frémissent, et se taisent; j'espère détruire les fausses preuves, dévoiler les artifices d'Appius, soustraire ma fille a son pouvoir, et, s'il le faut, mourir ; je le veux, je le dois. Il n'en est pas de même de vous. Si vous mourez, qui restera pour me venger, pour sauver Rome?
1CILIUS.
Nous , nos glaives', tant que nous vivrons ; notre exemple après nous. Nos maux sont au comble; on ne peut plus les supporter : nous aurons des défenseurs. Les Romains sont tyrannisés, mais non pas avilis. Pour exciter l'audace de tous, il ne faut qu'un brave qui ose le premier; et moi je lèverai l'étendard. Voici, voici le champ où nous devons combattre aujourd'hui, où nous devons chercher la mort ou la gloire. L'infamie De sera que pour celui qui se déclarera pour nos vils oppresseurs. L'ennemi est au milieu de Rome; c'est à Rome que nous devons combattre. L'événement est incertain, mats notre gloire est assurée. Que dois-jc vous dire de plus?
VIflGINinS.
Rien. Je suis toujours prêt à mourir. Je ne regrette que d'avoir vécu trop longtemps. Mes cris pourront arrréter le juge inique, je l'espère, il écoutera mes droits; mais s'il est inflexible, Rome me verra montrer à tous les citoyens ma poitrine couverte d'honorables cicatrices.
Ou m'enlendra attester la patrie, nos dieux, le sang ennemi, le mieu que j'ai répandu pour elle; on entendra un père tremblant, désespéré, raconter à tous les pères le malheur de sa fille. Tous les guerriers sauront quelle récompense je reçois à Rome de mes travaux et de mes blessures. Voilà ce que je puis jurer de faire. Mais plonger mon glaive dans le sang des Romains, envelopper dans mon malheur tant d'innocents , c'est en vain...
1CILIUS.
Cependant vous y serez forcé. La liberté, le sort des enfants, valent bien le sang de quelques citoyens. Les braves qui mourront ne méritaient pas l'esclavage, les lâches étaient indignes de vivre parmi nous. Mais allez serrer dans vos bras votre femme et votre fille, désespérées. J'en suis certain, leurs larmes enflammeront votre courroux, l'égaleront au mien, et vous approuverez tous mes projets.