‹ Memoires de Victor Alfieri ecrits par luimemeChapitre 108 sur 131 · APPIUS, VIRGINIUS · texte numérisé non relu

APPIUS, VIRGINIUS

Eh quoi! vous avez osé abandonner vos drapeaux 1 Dans ce jour les soldats romains peuvent-ils donc , suivant leurs caprices, quitter le camp ou y rester?

VIDGIMUS.

Il y a des circonstances qui peuvent y autoriser. Cependant je n'ai point enfreint la discipline militaire , que j'ai

ACTR IV, SCÈKE II.

Ml

su respecter depuis tant d'armées. J'ai demandé et obtenu une permission. Je reviens à Rome pour ma fille, vous le savez.

Quelles considérations prétendez-vous faire valoir qui puissent l'emporter sur la loi ?

TIBGINICS.

Écoutez-moi. Je suis père , hélas ! il n est que trop vrai ; et c'est comme père que je tremble. C'est en vain que j'entends les cris menaçants du peuple s'élever de toutes parts en ma faveur. Je sais que vous avez une gruude puissance, que vous pouvez décider par la force une entreprise douteuse. Je sais que je puis précipiter Rome dans un ahime de maux, sans peut-être arracher ma fille de vos mains. Appius, épargnez donc les menaces, puisque Je sais que vous pouvez me nuire; mais réfléchissez, réfléchissez bien qu'en même temps vous vous exposez aux plus grands périls.

Est-ce par des prières ou des menaces que vous prétendez m'émouvoir? Suia-jè donc ici absolu, seul arbitre des jugements ? Puis-je enlever une filie à son père ? Je dois au contraire, au péril de ma vie, la lui conserver, et jeté ferai. Mais si elle n'est pas née votre fille, que peuvent sur moi vos prières? La haine, quo vous déguisez mal, je sais qui vous l a inspirée. Icilius vous a aigri par d'infâmes soupçons; lui qui par la calomnie ouvre la carrière à son ambition. Pouvez-vous ajouter foi à un tel imposteur? Quoi, vous! le meilleur des citoyens, avez-vous choisi le plus scélérat des tribuns? Voulez-vous perdre votre fille avec lui? La ruine d'Icilius est certaine, et il

VlBGlfJIË.

n'obtiendra pas même la mort glorieuse qu'il désire. Il conspire contre Rome , il cache ses horribles projets ; il nous appelle tyrans, mais il cache dans son cœur la pensée d'une tyrannie bien plus cruelle. Il veut faire massacrer les sénateurs, réduire le peuple au plus dur esclavage, et le traître ne parle que de liberté 1 Le poison est d'autant plus dangereux, qu'il sait le présenter d'une manière plus séduisante. Déjà on a levé l'étendard de la révolte, et Icilius est à la tète des rebelles. J'opposerai la force à la force, l'adresse à l'infâme trahison : tout est prévu. Il ne vous a pas révélé tous ses projets; il ne vous a pas dit qu'il voulait se servir de vous pour voiler et pour exécuter ses complots, sans vous faire partager les dépouilles. Il sait que Rome ne vous est pas moins chère que votre fille. Voilà pourquoi il se montre le seul défenseur de Virginie ; mais le traître se rit de vous avec ses complices. Il ne se cache qu'à vous seul, mais à eux il se montre à découvert, il se déclare l'oppresseur de Rome.

VLRGIIYIUS.

Les enfants sont enlevés aux mères tremblantes, aux pères qui ont répandu pour la patrie le plus pur de leur sang; les magistrats sont plus redoutables pour nous que les ennemis de Rome : comment pouvons-nous craindre d'autres tyrans?

Icilius, je le sais, ose m'accuser d'un fol amour. Mais quelle preuve eu donne-t-il ? Sou audace effrénée , les clameurs du peuple, ma trop grande patience, voilà ces preuves. Marcus est mon client; il redemande son esclave, donc je suis épris de Virginie, je veux l'enlever. Pouvezvous ajouter foi à de pareils discours?

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