‹ Memoires de Victor Alfieri ecrits par luimemeChapitre 32 sur 131 · MÉ*. DE VICTOR M.FIKTU · texte numérisé non relu

MÉ*. DE VICTOR M.FIKTU

VIE DALFJKM1.

relever, opérer de grandes choses, et avoir de grands succès, surtout militaires; ils en ont tous les éléments : courage, persévérance, li ouneur, sobriété, docilité, patience et élévation d'âme.

J'achevai mon carnaval assez gaiement à Cadix. En quittant cette ville pour Cordaue, je m'aperçus que j'en emportais des souvenirs qui n'étaient pas faciles à guérir. Ces blessures, peu glorieuses, empoisonnèrent mon long voyage jusqu'à Turin.

Arrivépour lasecondefoisparT'or/oseàBarcefone, ennuyé de voyager aussilentcment, je me séparai enûn, avec le plus vif regret , de mon beau cheval andalous. Ce dernier voyage l'avait fort maltraité ; je ne voulus pas le fatiguer davantage, en le faisant trotter derrière la voitnre à marches forcées. Mon autre cheval, le Cordouan, étant devenu boiteux entre Cordons et latence, je ne vuulus pas m'arrèter pour le faire guérir ; j'en fis cadeau aux deux très-jolies filles de mon aubergiste. Je leur recommandai d'en avoir soin , de le bien traiter, en les assurant qu'elles pourraient en tirer beaucoup d'argent aussitôt qu'il serait guéri. Pour mon cher Andalous, je ne voulus pas le vendre, étant de ma nature très-ennemi de toute espèce de vente : j'en Ils donc présent à un banquier français, établi à Barcelone, que j'avais déjà connu à mon premier séjour dans cette ville.

Il faut que je compte ici une particularité qui peut servir à Taire connaître le cœur de ces hommes à argent. Il m'était resté presque trois cents doubles d'Espagne, que les perquisitions qu'on fait aux douanes des frontières ne m'auraient permis d'extraire qu'avec difiiculté. Après avoir fait cadeau de mon cheval à mon banquier, je lui demandai s'il ne pouvait pas me donner une lettre de change, payable à Montpellier, par où il fallait passer. Lui, pour me témoigner toute sa reconnaissance , après avoir pris mes doubles, calcula la lettre avec toute la rigueur des iuiérêts de la semaine et du jour,

JEUHtSSE. 147 Arrivé à Montpellier, je trouvai que j'avais perdu sept pour cent : je n'avais certainement pas besoin de cette courtoisie de banquier pour fixer mon opinion sur cette ctasse qui m'a toujours paru la plus vile du monde social. Ils jouent les grands seigneurs ; et pendant qu'ils vous donnent, par faste, un très-bon dîner chez eux, ils vous dépouillent, par principes de métier, dans leur cabinet, et ils sont toujours prêts à profiter des calamités publiques.

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