‹ Memoires de Victor Alfieri ecrits par luimemeChapitre 57 sur 131 · CHAP1TBE DIX-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAP1TBE DIX-SEPTIÈME

Séjour de plus delrolsans a Paris. Ëdlt'in rie toutes mes tragédies, le bis Imprimera Kclil beaucoup d'autres ouvrage».

Je commençais a me rétablir un peu, quand mon ami, qui était déjà parfaitement guéri, et qui avait des occupations littéraires à Turin, où il était secrétaire de l'Académie des sciences, voulut faire une course à Strasbourg, avant de partir pour l'Italie. Quoique je fusse encore bieu languissant, je voulus l'accompagner, pour prolonger le plaisir de rester avec lui ; mon amie y vint aussi, et nous partîmes dans le mois d'octobre. Nous allâmes voir la fameuse imprimerie queM. de Beaumarchais avait si magnifique meut établie à Kehl, avec les caractètères de Bashervitle, et qu'il destinait à l'édition générale des OEvvres de foliaire. La beauté des caractères, le soin des ouvriers, la facilité que me donnait la connaissance particulière que j'avais faite de M. de, Beaumarchais à Paris, me firent naître l'envie de m'en servir pour tous mes autres ouvrages non dramatiques, et qui auraient pu éprouver des obstacles de la part des censeurs qui existaient alors en France, et dont le vétillage n'était pas indifférent. .l'éprouvai toujours la plus grande répugnance à subir la révision qui précède l'impression. Je ne désire pas. et je ne crois pas non plus qu'on puisse tout imprimer; mars j'ai adopté entièrement, sous ce rapport, les lois anglaises, et j'y tiens. Je ne fais jamais aucun ouvrage qu'on ne puisse très -libre m eut, et sans aucun blâme pour l'auteur, imprimer eu Angleterre. Liberté entière dans les opinions, respect profond pour les mœurs, et jamais rien qui puisse blesser individuellement les personnes; voilà quelle» ont été et quelles seront sans cesse mes seules lois.

Après avoir obtenu directement de Beaumarchais la permission de me servir de soit admirable imprimerie, je profitai de l'occasion de mon passage pour laisser à ses employés le manuscrit do mes cinq odes de Y Amérique libre. Je voulus que ce petit ouvrage servit d'essai. L'impression en fut si belle et si soignée, que, pendant deux ans, j'y lis successivement imprimer tous mes autres ouvrages, qui ont paru ou qui paraîtront. On m'expédiait, toutes les semaines, les épreuves à Paris, et je ne m'occupais qu'à changer et reehanger des vers entiers : j'y étais engagé, autant par l'envie démesurée que j'avais de faire mieux, que par la complaisance et la docilité vraiment étonnante des proies de Kehl , dont je ne pourrai jamais me louer assez. Ils étaient bien différents des proies, compositeurs clpressiers de Didat, qui m'ont véritablement fait bouillir le sang, et qui donnaient de terribles entailles à ma bourse, en -me faisant, au poids de l'or, racheter arbitrairement chaque changement de mots que je voulais faire; et tandis que, dans la vie, on obtient des récompenses lorsqu'on se corrige , moi , au contraire , j'étais obligé de payer pour corriger, ou, du moins pour changer mes fautes.

J'arrivai à Paris, où, par l'engagement que j'avais pris, j'étais obligé de me fixer. Je cherchai une maison, et j'eus le bonheur d'en trouver une, bien gaie et bien tranquille, sur le boulevard nouveau du faubourg Saint- Germain, au bout de la rue du Mont-Parnasse. La position en était très-belle, la vue pittoresque, l'air excellent ; on y jouissait de la solitude de la campagne. Il me semblait que j'étais encore à Rome, aux Thermes de Dioclétien. Je lis venir, non sans beaucoup d'embarras, tous mes chevaux, dont je cédai la moitié à mon amie, autant pour son service que pour m'affranchir de la dépense et des distractions qu'ils me causaient. Une fois ainsi casé, je pus me livrer entièrement à l'ennuyeux et difficile embarras de l'impression ; occupation dans laquelle je restai enseveli pendant trois ans entiers.

ÎÛO VIE d'alfieri.

En février 1788, mon amie reçut la nouvelle de la mort de son mari, arrivée à Rome, où il s'était retiré depuis deux ans, en quittant Florence. Quoique des accidents dont il avait été frappé pendant plusieurs mois eussent fait prévoir sa mort, quoiqu'elle restât veuve et absolument maltresse d'elle-même , quoiqu'elle ne perdit en lui qu'un tyran et non un ami , je fus témoin oculaire, à ma grande surprise, de sa douleur, qui certainement n'était ni feinte ni exagérée : jamais la dissimulation n'est entrée dans un cœur aussi noble et aussi pur. Certainement son mari, malgré la grande disparité d'3ge, aurait trouvé en elle une excellente compagne , et sinon une femme qui l'eût aimé, au moins une véritable amie, s'il ne l'eût exaspérée par des manières dures et grossières. Je devais ce témoignage à la pure vérité.

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