‹ Memoires de Victor Alfieri ecrits par luimemeChapitre 61 sur 131 · SS · texte numérisé non relu

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ment je l'avais aperçue. Il n'y avait jamais entre mon amie et moi ni dissimulation, ni défiance, ni mésestime, ni plainte. Nous arrivâmes à Calais, où, toujours frappé par la rencontre inattendue d'une femme pour laquelle j'avais fait tant de folies, je voulus satisfaire à mon cœur et lui écrire. J'envoyai ma lettre à un banquier de Douvres, pourla lui remettre en mains propres, et m'en faire passer la réponse à Bruxelles, ou je devais arriver sous peu de jours. Je suis vraiment fâché de n'avoir pas gardé copie de cette lettre, qui devait être certainement remplie des mouvements les plus passionnés. Ce n'était pas de l'amour, mais c'était une émotion vraie et profonde, que m'inspirait la vie errante qu'elle menait ; vie si peu convenable à son état et a sa naissance. J'éprouvais une véritable douleur en pensant que j'en avais été, quoique innocemment, la cause ou le prétexte. Sans le scandale de mon aventure, elle aurait pu cacher , en tout ou en partie, ses dérèglements, et les réparer par la suite.

Débarqués h Calais, avant de nous remettre en prison en France, nous résolûmes d'aller faire un tour eu Hollande ; mon amie voulait profiter de cette occasion, qui, peut-être, ne devait plusse présenter, devoir ce beau monument de l'industrie humaine. Nous allâmes, par les côtes, jusqu'à Bruges et Ostende, et de là par Envers, Rotterdam, à Amsterdam, Im Haye et la Xortk-Hollande. A la fin de septembre, nous nous retrouvâmes à Bruxelles. Nous passâmes quelques semaines dans cette ville, où mon amie avait sa mère et ses sœurs; et vers la fin d'octobre , nous rentrâmes dans le gouffre où notre cruelle position nous jetait malgré nous, et nous forçait de fixer notre demeure.

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