CHAPITRE VINGT-CINQUIEME
J'Écris mes six comédies, en prose. Je le» mets en vers dans Tannée suivante. Ce travail fait beaucoup demal à ma sanlé. Je revois l'aUiéde Caluso à Florence.
Elle passa enfin cette longue année 1800 ; et dans les premiers mois de 1801, [es fautes multipliées des alliés amenèrent cette paix qui dure encore.
Je ne pensai plus qu'à mettre un terme à ma trop longue carrière littéraire. Je voulus essayer mes dernières forces en développant mes six comédies. Je les écrivis comme je les avais conçues, dans le même temps et sans interruption. Je n'employai que six jours au plus pour chacune. Mon imagination s'échauffa si vivement, et les fibres de mon cerveau éprouvèrent une tension si forte , que je ne pus achever la cinquième, sans tomber grièvement malade. Je fus attaqué d'une inflammation de tête, à laquelle se joignit la goutte, qui se fixa dans la poitrine , et me fit cracher le sang. Je dus, en conséquence, suspendre ce travail qui m'était si cher, et penser à me guérir. Ma maladie fut violente , mais courte ; et la faiblesse qui accompagna ma convalescence lut bien longue. Je ne pus me remettre à ma cinquième et à ma sixième comédie qu'à la fin de septembre. EUes.étaient cependant toutes développées dans les premiers jours d'octobre; et je me sentis soulagé d'un poids énorme. ,
La paix avait ramené un peu de tranquillité en Italie ; et les Français ayant aboli le papier monnaie, tant à Rome qu'en Piémont , nous nous trouvâmes riches et hors de cet embarras d'argent que nous avions éprouvé pendant plus de cinq ans. Ainsi, 5 la fin de cette année 1801, nous rasa»
VlHItlIÉ. 283 dictâmes quatre chevaux, dont un de selle pour moi. Depuis mon séjour à Paris, je n'avais plus eu que des voitures et des chevaux de louage. Cependant les années, Ira malheurs publics, tant d'exemples d'une destinée plus cruelle que la mienne, m'avaient rendu discret et modéré. Je trouvais même que j'avais trop de quatre chevaux, moi qui autrefois m'étais à peine contenté de dix ou quinze.
Au reste, rassasié, désenchanté de tout; très-sobre dans ma manière du vivre, toujours habille de noir, ne dépensant que pour des livres, je me trouve très-riche, et je me fais une gloire de mourir de moitié plus pauvre que je ne suis né.