‹ Memoires de Victor Alfieri ecrits par luimemeChapitre 69 sur 131 · L.i 1 1 z j'j !lv Cl · texte numérisé non relu

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VIRILITÉ

voir le jour. Je brûlerai les autres. Je ferai de même pour ces mémoires : je tâcherai de les polir, ou je les jetterai au feu. Pour terminer gaiement ces sérieuses bagatelles, pour montrer que je suis sur le seuil de ma cinquième époque, et que je commence à redevenir enfant, j'amuserai le lectour de ma dernière faiblesse de cette aunée. Depuis le moment où j'ai terminé mes comédies, je me suis regardé comme un personnage intéressant pour la postérité. Ayant toujours continué l'étude du grec avec la plus grande obstination, aussitôt que je suis arrivé à comprendre, à livre ouvert, Pindare, les tragiques et surtout mou divin Homère ; aussitôt que j'ai pu les traduire, soit littéralement eu latin, soit avec un peu de goût en italien, je suis devenu orgueilleux d'une victoire pareille remportée de quaraute-sept à cinquante-quatre ans (1).

Comme tout travail mérite récompense, j'ai pensé que jo m'en devais une, et qu'il fallait qu'elle fût convenable, honorifique, et point lucrative. J'ai donc imagiué un collier, sur lequel j'ai fait graver le nom de vingt-trois poètes, tant anciens que modernes. A ce collier est attaché un camée qui représente Homère; à l'exergue, sont deux vers grecs que j'ai faits, et que j'ai traduits ensuite eu italien. J'ai montré, tant l'original que la traduction, à l'abbé de Caluso : le grec, pour savoir s'il n'y avait pas quelque barbarisme, quelque solécisme, ou quelque faute de prosodie ; l'italien, aGn qu'il pût médire si je n'ai pas assez adouci, dans notre langue, ce qu'il y a d'impertinent dans le grec. On sait que, dans les langues mortes,

(l) Dans le courant de Tannée no* Alllerl avait envoyé son portrait à sa si'ur. Derrière la lolle étaient écrits deui petits vers do Pindare : sa sœur fut encliantéc de <•■<■■ présent, et l'ayant tourné dans loua les sen? dm ni v rit les vers sntJ. Elle lit aussitôt app«lcr l'abbé Caluso. Ces car.iclf'Ti's lui donnèrent sur-le-champ à penser Hu'Alficri avail lituilié lu grec ; l'alibé le gronda de lui en avoir fail un secret. Aliieri lui répondit par une lettre grecque iraduile à la tin du volume et que l'abbé Caluso ne trouva pas mauvaise pour un écolier de cinquante ans.

(iVota du nouvel éditeur.)

28 g VIE D'ALFIEBl.

un auteur peut parler de soi avec un peu plus d'effronterie que dans les lanejies mantes. Comme mou ami les a approu- Ȏs, je les copie iei, afin qu'ils ne se perdent pas.

Quant an collier, je vais le faire exécuter sons pen : ,e lu ferai aussi riche qu'il me sera possible ; en or, en pierres dures et je l'enrichirai de pierres précieuses. Je m attacherai „ nouvel ordre, qui, mérité ou non, sera toujours de mon invention. Si la postérité impartiale trouve que je nen Mais pas' digne, elle pourra l'accorder à d'autres qui y auront plus de droit. Adieu donc, Lecteur, jusqu'au moment ou nous nous reverrons; si cependant nous nous revoyons encore, quand, vie» radoteur, je déraisonnerai bien davantage que je ne l'ai fait dans ce dernier chapitre de ma virilité empirante.

Victoe ALFIER1.

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