‹ Memoires de Victor Alfieri ecrits par luimemeChapitre 71 sur 131 · LETTRE SUB LA MORT · texte numérisé non relu

LETTRE SUB LA MORT

tout ce qui lui paraît digne de ses nobles affrétions. On remarquera aisément que lorsqu'il se laissait aller aux extrêmes, 6es excès provenaient toujours d'un sentiment louable. Je peux en donner pour preuve le trop de bien qu'il dit de moi ; je ne le dois qu'à sa vive amitié : il n'a été dicté que par elle.

« A tant de motifs que nous avons de nous affliger d'une mort si prématurée et si prompte, se joint encore le .regret de voir que, parmi tous les ouvrages qu'il a laissés plus ou moins imparfaits , ces mémoires de sa vie n'aient pas Teçu la dernière correction ; il n'aurait pasmanquéde la leur donner, s'il était arrivé à l'âge où il s'était proposé de les reprendre pour les polir ou les jeter au feu. Sans doute il ne les aurait pas condamnés à un sort pareil. Et comment pourrions-nous avoir le courage de les trotter si sévèrement? Comment pourriousrnous nous priver d'un tableau si vrai de toutes les actions et de toutes les partieularités de sa vie?

• Je ne puis cependant, Madame la Comtesse , que donner des éloges aux soins jaloux qui vous font garder ces mémoires, et vous déterminent à ne les montrer qu'à quelques amis discrets, qui peuvent en tirer des matériaux, pour écrire un jour l'histoire de ce grand homme. Quant à moi, je' n'ose pas l'entreprendre et j'en ai le plus vif regret ; mais la volonté ne donne pas les moyens. Je me bornerai ici seulement aux détails qui achèveront la narration que notre ami a laissée imparfaite. Ses dernières lignes sont du 14 mai 1803; je les continuerai, en y ajoutant toutee qui se trouve dans la lettre que vous avez bien voulu m'écrirc. Qui mieux que vous, Madame la Comtesse, a pu connaître les circonstances qui ont accompagné les derniers instants de sa vie, vous qui ne l'avez pas quitté, et qui avez été constamment occupée de lui?

■ Lecomte Alfleri, quelque temps avant sa mort, avait renoncé à tout. Sa seule occupation était d'achever ses comédies, et ion seul amusement de rêver au dessin et à la devise du col-

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