‹ Mémoires de Vidocq (volume 2)Chapitre 6 sur 56 · G2 MÉMOIRES · texte numérisé non relu

G2 MÉMOIRES

« doute à toi? Pourrais-tu me dire de quel sexe il est?

— « Allons ! me voilà encore enfoncée; je me « souviendi'ai de celle là; et si jamais on me dece mande le sujet pourquoi, je pourrai répondre : rien, « presque rien, une afïaire d'enfant. Une autre fois, « quand je volerai du linge, j'y regarderai.

— « Et ce parapluie, en est-il?

— « Eh ! mon Dieu ! oui.... Comme tu vois, « j'avais pourtant de quoi me mettre à couvert, ça « n'a pas empêclié ; quand la chance y est, on a beau « faire......

Je conduisis Sophie chez M. de Frcsne, commissaire de police, dont le bureau était dans le voisinage. Le parapluie fut gardé comme pièce de conviction, quant à l'enfant qu'elle avait enlevé à son insu, on le rendit immédiatement à sa mère. La voleuse en eut pour ses cinq ans de prison. C'était, je crois, la cinquième ou sixième condamnation qu'elle subissait; depuis, elle s'est encore fait reprendre de justice, et je ne serais pas surpris qu'elle fût toujours à Saint- Lazare. Sophie ne voyait rien que de très naturel au métier qu'elle faisait, et la répression, lorsqu'elle ne pouvait l'éviter, était pour elle un accident tout comme im autre. La prison ne lui faisait pas peui*, loin de là, elle était en quelque sorte sa sphère; Sophie y avait contracté ces goûts plus que bizarres, que ne justifie pas l'exemple de l'antique Sapho \ et sous les verroux, les occasions de s'abandonner à ses honteuses dépravations étaient plus fréquentes; ce n'était pas, comme on le voit, sans motifs qu'elle prisait si peu la liberfcé. Était-elle arrêtée, l'événement lui causait bien quelque peine, mais ce n'était qu'une impression passagère, et elle se consolait

1 Sapho, célèbre courtisane de rantiquité, originaire de l'île de Lesbos, dont les femmes étaient fameuses par leur réputation de pratiquer entre elles des amours homosexuelles. Les mots saphique, saphisme, lesbiennes s'appliquent encore à ces pratiques, qui sont courantes parmi les femmes en réclusion.

bientôt par la perspective des mœurs qui lui plaisaient. C'était un bien étrange caractère que celui de cette femme; que Ton en juge : une nommée Gillion, avec qui elle vivait dans une coupable intimité, est prise en commettant un vol; Sophie, qui l'assistait, parvient à s'échapper, elle n'a plus rien à craindre, mais ne pouvant supporter d'être séparée de son amie, elle se fait dénoncer, et n'est contente qu'au moment où l'on lui lit l'arrêt qui va encore les réunir pour deux ans. La plupart des créatures de cette espèce se font un jeu de la prison; j'en ai vu plusieurs traduites pour un délit qu'elles avaient commis seules, accuser de complicité une camarade. et celle-ci, quoique innocente, se faire un mérite de se résigner à la condamnation.

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