XVI PREFACE
jamais désespérer qu'un homme perverti vienne enfin à résipiscence, »
Avons-nous dégagé, de façon suffisante, la réelle physionomie du vrai Vidocq ? Si nous n'y avons réussi, toujours est-il, que nous n'avons négligé aucun effort pour le tenter.
Avec les dei nières lignes de ses Mémoires, finit le rôle policier de notre héros. Il mérite qu'on le suive jusqu'à la fin. De policier, il se fait industriel; il semble n'avoir pas rencontré là un succès répondant à ses efforts.
Les ans se sont appesantis sur sa tête. Le diable devient vieux et songe à se faire ermite. Mais l'ermitage qu'il ambitionne est celui d'un bon bourgeois, qui pense à finir dans la paix du foyer, une \ae mouvementée d'aventures plus déconcertantes les unes que les autres.
A quatre-vingts ans, il cherche encore une compagne. Il en a tellement eu, de rencontre, qu'il exige, de cette dernière un ensemble de qualités qui lui feront sans doute oublier les vices des autres :
« Je suis trop vieux, écrit-il à ses amis, pour songer au mariage. Cependant, je meurs d'ennui dans cet isolement. Je voudrais en sortir à tout prix, et rencontrer, à Paris ou dans la province, dans un pays agréable et bien sain, un bon ménage de gens d'un certain âge, de mœurs douces, ou une femme âgée de quarante à quarante-cinq ans, bien portante et pas trop laide. Je tiens qu'on ne prenne pas de tabac.
PREFACE XVÎÎ
« Quoique fort âgé, je ne suis ni podagre, ni dégoûtant, ni radoteur, et je n'ai jusqu'à présent aucune infirmité. J'ai, comme tout le monde mes défauts. Je suis vif et un peu exigeant sous le rapport de la propreté et de la tenue des appartements; hors tout cela, je suis assez bon diable.
« A défaut de cela, je prendrais une bonne domestique de trente à quarante ans, bien au fait du service, très propre, sage, surtout fort sédentaire, sachant un peu de cuisine, coudre, etc. »
A lire ces hgnes, on songe au dicton qui dit qu'une belle fin couronne une belle vie. Celle de Vidocq n'eut pas tout à fait ce caractère. Elle se termina, croit-on, à Bruxelles, en 1857.
Ce ne fut pas sans raison qu'elle tenta maintes fois l'imagination des romanciers, car mieux que nulle autre, elle mérite d'être regardée comme le plus étonnant et le plus mouvementé des romans vécus.
C'est, nous en sommes convaincu, l'impression qu'en garderont tous ceux qui liront ces Mémoires.
Eugène VILLIOD.