‹ Mémoires de Vidocq (volume 3)Chapitre 28 sur 50 · SCÈNE TROISIÈME Le Mari, la Femme et le Fils · texte numérisé non relu

SCÈNE TROISIÈME Le Mari, la Femme et le Fils

La feivime. « Ob ! mon Dieu, mon Dieu ! Combien « qu'il y a de monde d'amassé dans la rue... Allez ! « on en dit de belles sur le compte de M. Vidocq, « j'espère qu'on en dégoise, et de toutes les cou- « leurs. Tout de même, il faut qu'il y ait quelque « chose de vrai; il n'y a jamais de feu sans fumée... « Je sais bien toujours que c'était un fier faigniant « que ton monsieur' Vidocq : pour un maître taiUeur, il « avait plus souvent les bras que les jambes croisées.

Le mari. « Te voilà encore comme les autres à « faire des suppositions : vois -tu, comme t'es mau- « vaise langue;... d'ailleiu's, il n'y a qu'un mot qui « serve, ça nous regarde pas. Je suppose encore que « ça nous regarderait; eb bien ! de quoi qu'ils l'accu- « sent, qu'est-ce qu'ils chantent? je ne suis pas « cui'ieux...

La FEM3VIE. « Qu'est-ce qu'ils chantent, ça fait

« trembler seulement rien que d'y penser... Quand « on dit d'un homme qu'il a été condamné à être « fait mourir pour assassinat. Je voudrais que t'en - « tende le petit tailleur de dessus la place.

Le siaei. « Bah ! jalousie de métier.

La femme. « Et la portière du n^ 27, qui dit « comme ça qu'elle est bien sûre qu'elle l'a vn sortir « tous les soirs avec un gros bâton, si bien déguisé « qu'elle ne le reconnaissait pas.

Le MARI. « La portière dit ça?

La FEM3IE. « Et qu'il allait attendre le monde dans « les Champs-Elysées.

Le maei. «Faut-il que tu sois bête !

La FEMiviE. « Ah ! faut -il que je sois bête ! le rogo- « miste est pt'être bête aussi, quand il dit que c'est « tous voleurs qui viennent là dedans, et qu'il a vu « M. Vidocq avec des visages qui avaient mauvaise « mine.

Le MAEI. « Eh bien ! qui avaient mauvaise mine, « après...

La FEMME. « Après, après, toujours est-il que le « commissaire a dit à l'épicier que c'est rien qui « vaille,... et pire que ça, puisqu'il a ajouté que « c'était un grand coupable, que la justice ne pouce vait venir à bout de rattraper.

Le mari. « Et tu la gobes... t'es joliment encore « de ton pays;... tu crois le commissaire, toi, tu ne « vois pas que c'est un quart qu'il bat; et puis, (( tiens, on ne me mettra jamais dans la tête que « M. Vidocq soifc un malhonnête homme, il m'est « avis, au contraire, que c'est un bon enfant, un « homme rangé. Au surplus, qu'il soit ce qu'il vou- « dra, ça nous regarde pas, mêlons -nous de notre « ouvrage; voilà l'heui'e qui s'avance,... il faut valce ser. Allons, preste au travail ! »

La séance est levée : le père, la mère, le fils et une

petite fille, toute la famille Fossé part, et je reste sous clef, réfléchissant aux insinuations perfides de la police, qui, pour me priver de l'assistance des voisins, s'attachait à me représenter comme un infâme scélérat. J'ai vu souvent depuis employer cette tactique, dont le succès se fonde toujours sur d'atroces calomnies, tactique révoltante, en ce qu'elle est injuste ; tactique maladroite, en ce qu'elle produit un effet tout contraire à celui qu'on en attend, puisqu'alors les personnes qui eussent prêté main-forte pour l'arrestation d'un voleur, peuvent en être empêchées par la crainte de lutter contre un homme que le sentiment de son crime et la perspective de l'échafaud doivent pousser au désespoir. n y avait près de deux heures que j'étais enfermé : il ne se faisait aucun bruit dans la maison, ni dans la rue; les groupes s'étaient dispersés; je commençais à me rassurer, loisqu'ime circonstance bien ridicule vint compliquer ma situation. Un besoin des plus pressants s'annonçait par des coliques d'une telle violence, que, ne voyant dans la chambre aucun vase approprié à la nécessité, je me trouvai dans le plus cruel embarras ; à force de fureter dans tous les coins et recoins, j'aperçois une marmite en fonte... Il était

temps, je la découvre, et à peine ai-je terminé,

que j'entends fourrer une clef dans la serrure; je replace précipitamment le couvercle, et vite je me glisse de nouveau dans ma retraite: on entre; c'est la femme Fossé avec sa fille; un instant après viennent le père et le fils.

Page 1