‹ Mémoires de Vidocq (volume 3)Chapitre 31 sur 50 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

On me propose de m'évader. — Nouvelle démarche auprès de M. Henrj-. — Mon pacte avec la police. — Découvertes importantes. — Coco-Lacovu". — Une bande de voleurs. — Les inspecteurs sous clef. — La marchande d'asticots et les assassins. — Une fausse évasion.

Je commençai à me dégoûter des évasions et de l'espèce de liberté qu'elles procurent : je ne me souciais pas de retoui'ner au bagne; mais, à tout pren dre, je préférais encore le séjour de Toulon à celui de

Paris, «'il m'eût fallu continuer de recevoir la loi d'êtres semblables aux Chevalier, aux Blondy, aux Deluc, aux Saint-Germain. J'étais dans ces dispositions, au milieu de bon nombre de ces piliers de galères, que je n'avais que trop bien eu l'occasion de connaître, lorsque plusieurs d'entre eux me proposèrent de les aider à tenter une fugue par la cour des Bons Pauvres. Autrefois le projet m'eiit souri; je ne le rejetai pas, mais j'en fis la critique en homme qui a étudié les localités, et de manière à me conserver cette prépondérance que me valaient mes succès réels, et ceux que l'on m'attribuait, je pouiTais dire aussi ceux que je m'attribuais moi-même; car dès qu'on vit avec des coquins, il y a toujours avantage à x)asser pour le plus scélérat et le plus adroit ^ : telle était aussi ma réxjutation très bien étab-ie. Partout où l'on comptait quatre condamnés, il en y avait au moins trois qui avaient entendu parler de moi; pas de fait extraordinaire depuis qu'il existait des galériens, qu'on ne rattachât à mon nom. J'étais le général à qui l'on fait honneur de toutes les actions des soldats : on ne citait pas les places que j'avais emportées d'assaut, mais il n'y avait pas de geôliers dont je ne pusse tromper la vigilance, pas de' fers que je ne vinsse à bout de rompre, pas de muraille que je ne réussisse à percer. Je n'étais pas moins renommé pour mon courage et mon habileté, et l'on avait l'opinion que j'étais capable de me dévouer en cas de besoin. A Brest, à Toulon, à Eochefort, à Anvers, partout enfin, j'étais considéré parmi les voleurs comme le plus rusé et le plus intrépide. Les plus malins briguaient mon amitié, parce qu'ils pensaient qu'il y avait encore quelque chose à apprendre avec moi, et les plus novices recueillaient mes paroles

1 Variante du vers connu de La Fontaine : « La raison du plus fort est toujours la meilleure, " c'est-à-dire celle qui est acceptée le plus faciienient et le plus universellement.

comme des instructions dont ils pourraient faire leur profit. A Bicêtre, j'avais véritablement une cour, on se pressait autour de ma personne, on m'entourait, c'étaient des prévenances, des égards, dont on se ferait difficilement une idée.... Mais maintenant toute cette gloire des prisons m'était odieuse; plus je lisais dans l'âme des malfaiteurs, plus ils se mettaient à découvert devant moi. plus je me sentais porté à plaindre la société de nourrir dans son sein une engeance pareiUe. Je n'éprouvai plus ce sentiment de la communauté du malheur qui m'avait autrefois inspiré; de crueUes expériences et la maturité de l'âge m'avaient révélé le besoin de me distinguer de ce peuple de brigands, dont je méprisais les secours et l'abominable langage. Décidé, quoiqu'il en pût advenir, à prendre parti contre eux dans l'intérêt des honnêtes gens, j'écrivis à M. Henry pour lui offrir de nouveau mes services, sans autre condition que de ne pas être reconduit au bagne, me résignant à finir mon temps dans quelque prison que ce fût.

Ma lettre indiquait avec tant de précision l'espèce de renseignements que je pourrais donner, que M. Henry en fut frappé; une seule considération l'arrêtait, c'était l'exemple de plusieurs individus prévenus ou condamnés, qui, après avoir pris l'engagement de guider la police dans ses recherches, ne lui avaient donné que des avis insignifiants, ou bien encore avaient fini eux-mêmes par se faire preniire en flagrant délit. A cette considération si puissante, j'opposai la cause de ma condamnation •. la régularité de ma conduite toutes les fois que j 'avais été libre, la constance de mes eûorts pom* me procurer une existence honnête; enfin j'exhibai ma

1 Entre les pièces que je produisis était la suivante que je tranacris lei parce qu'elle relate les motifs de ma condamnation, en miême temps qu'elle

DE VIDOGQ 449

correspondance, mes livres, ma comptabilité, et j'invoquai le témoignage de toutes les personnes avec lesquelles je m'étais trouvé en relation d'affaires, et spécialement celui de mes créanciers, qui tous avaient la plus grande confiance en moi.

Les faits que j'alléguais militaient puissamment en ma faveur : M. Henry soumit ma demande au préfet de police M. Pasquier qui décida qu'elle serait accueillie. Après un séjour de deux mois à Bicêtre, je fus transféré à la Force; et, pour éviter de m'y rendre suspect, on affecta de répandre parmi les prisonniers que j'étais retenu comme impliqué dans une fort mauvaise affaii'e dont l'instruction allait commencer. Cette précaution, jointe à ma renommée, me mit tout-à-fait en bonne odeur. Pas de détenu qui osât révoquer en doute la gravité du cas qui m'était imputé. Puisque j'avais montré tant d'audace et de persévérance pour me soustraire à

prouve la démarche faite en ma faveur par M. le procureur-général Ranson, pendant ma dernière détention à Douai.

Douai, le 20 janvier 1809.

Le procuheue-gêsêral impérial -près la cour de justice criminelle du département du. Nord:

« Atteste que le nommé Vidocq a été condamné le 7 nivôse an 5, à huit « ans de fers, pour avoir fait un faux ordre de mise en liberté.

« Qu'il parait que Vidocq était détenu pour cause d'insubordination, « ou autre délit militaire, et que le faux pour raison duquel il a été con- « damné n'a eu d'autre but que celui de favoriser l'évasion d'un de ses • compagnons de prison.

(I Le procureur-général atteste encore que, d'après les r enseignemens » par lui pris au greffe de la Cour, que ledit Vidocq s'est évadé de la maison « de justice au moment où l'on allait le transférer au bagne, qu'il a été « repris, qu'il s'est encore évadé, et que repris de nouveau, M. Ranson, « alors procureur-général a eu l'honneur d'écrire à son Excellence le minis- « tre de la justice pour le consulter sur la question de savoir, si, le temps « écoulé depuis la condamnation de Vidocq et sa réarrestation pourrait « compter pour le libérer de sa peine.

« Qu'une première lettre étant restée sans réponse, M. Ranson en a écrit « plusieurs, et que Vidocq interprétant le silence de son Excellence d'une « manière défavorable pour lui, s'est évadé de rechef.

« Le procureur-général ne peut représenter aucune de ces lettres, parce « que les registres et papiers de M. Ranson son prédécesseur, ont été enle- « vés par sa famille, qui a refusé de les réintégrer au parquet. »

RosiE.

{.Note de Vidocq.)

une eoudamnatiou de huit ans de fers, il fallait bien que j'eusse la conscience chargée de quelque grand crime capable si jamais j'en étais reconnu l'auteur, de me faire monter sur Téchafaud. On disait donc tout bas et même tout haut, à la Force, en parlant de moi: (c C'est un escarpe (un assassin)» ; et comme dans le lieu où j'étais, un assassin inspire d'ordinaire une grande confiance, je me gardais bien de réfuter une erreur si utile à mes projets. J'étais alors loin de prévoir qu'une impostm^e que je laissais volontairement s'accréditer, se perpétuerait au-delà de la circonstance, et qu'un jour, en pubhant mes Mémoires, il ne serait pas superflu de dire que je n'ai jamais commis d'assassinat. Depuis qu'il est question de inoi dans le public, on lui a tant débité de contes absm"des sur ce qui m'était personnel ! quels mensonges n'ont pas inventés pour me diffamer des agents intéressés à me représenter comme un vil scélérat ! Tantôt j'avais été marqué et condamné aux travaux forcés à perpétuité; tantôt l'on ne m'avait sauvé de la guillotine qu'à condition de livrer à la police un certain nombre d'individus par mois, et aussitôt qu'il en manquait un seul, le marché devenait résiliable; c'est pourquoi, affirmait-on, à défaut de véritables délinquants, j'en amenais de ma façon. N'est-on pas allé jusqu'à m'accuser-d'avoir, au café Lamhlin, introduit un couvert d'argent dans la poche d'un étudiant ! J'aurai plus tard l'occasion de revenir sur quelques-unes de ces calomnies dans plusieurs chapitres de ces Mémoires, où je mettrai au grand jom* les moyens de la police, son action, ses mystères; enfin tout ce qui m'a été dévoilé..., tout ce que j'ai su.

L'engagement que j'avais pris n'était pas aussi facile à remplir que l'on pourrait le croire, A la vérité, j'avais connu une foule de malfaiteurs, mais, incessamment décimée par les excès de tous genres,

]>ar la justice, par l'affreux régime des bagnes et des prisons, par la misère, cette hideuse génération avait passé avec une inconcevable rapidité; une génération nouvelle occupait la scène, et j'ignorais jusqu'aux noms des individus qui la composaient : je n'étais pas même an fait des notabilités. Une multitude de voleurs exploitaient alors la capitale, et il m'aurait été impossible de fournir la plus mince indication sur les principaux d'entre eux; il n'y avait que ma vieille renommée qui pût me mettre à même d'avoir des intelligences dans l'état-major de ces Bédouins de notre civilisation; elle me servit, je ne dirai pas au-delà, mais autant que je pouvais le désirer. Il n'arrivait pas un volem- à la Force qu'il ne s'empressât de rechercher ma compagnie; ne i]i'eût-il jamais vu, pour se donnner du relief aux yeux des camarades, il tenait à amour -propre de paraître avoir été lié avec moi. Je caressais cette singulière vanité; par ce moyen, je me glissai insensiblement sur la voie des découvertes; les renseignejuents me vim-ent en abondance, et je n'éprouvai ])lus d'obstacles à m'acquitter de ma mission.

Poui" donner la mesure de l'influence que j'exerçais sur l'esprit de? prisonniers, il me suffira de dire que je leur inoculais à volonté mes opinions, mes affections, mes ressentiments; ils ne pensaient et ne juraient que par moi : leur arrivait-il de prendre en grippe un de nos codétenus, parce qu'ils croyaient voir en lui ce qu'on appelle un mouton^, je n'avais qu'à répondre de lui, il était réhabilité sur-le-champ. J'étais à la fois un i)rotecteur puissant et un garant (le la franchise quand elle était suspectée. Le premier dont je me rendis ainsi caution était un jeune homme que l'on accusait d'avoir servi la police, en qualité

1 Mouton, prisonnier enfermé avec un détenu qu'il est chargé d'espionner, en provoquant ses confidences.

d^agent secret. On prétendait qu'il avait été à la solde de Tinspecteui' général Veyiat, et l'on ajoutait qu'allant au rapport chez ce chef, il avait enlevé le panier à l'argenterie.... Voler chez l'inspecteur, ce n'était pas là le mal, mais aller au rapport !... Tel était pourtant le crime énorme imputé à Coco Lacour aujourd'hui mon successeur. Menacé par toute la prison, chassé, rebuté, maltraité, n'osant plus même mettre les pieds dans les cours, où il aurait été infailliblement assommé, Coco vint solliciter ma protection, et pour mieux me disposer en sa faveui-, il commença par me faire des confidences dont je sus tirer parti. D'abord j'employai mon crédit à lui faire faire sa pais avec les détenus, qui abandonnèrent leurs projets de vengeance; on ne pouvait lui rendre un plus signalé service. Coco, autant par reconnaissance que par désir de parler, n'eût bientôt plus rien de caché pour moi. Un jour, il venait de paraître devant le juge d'instruction : « Ma foi, dit-il (( à son retour, je joue de bonheur,... aucun des « plaignants ne m'a reconnu : cependant, je ne me « regarde pas comme sauvé; il y a par le monde un (c diable de portier à qui j'ai volé une montre d'arec gent : comme j'ai été obhgé de caufer long -temps (( avec lui, mes traits ont dii se graver dans sa méu moire; et s'il était appelé, il pourrait bien se faire a qu'ilyeiitdu déchet à la confrontation; d'ailleurs, « ajouta-t-il, par état, les portiers sont physionou mistes.» L'observation était juste; mais je fis observer à Coco, qu'il n'était pas présumable que l'on découvrît cet homme, et que vraisemblablement il ne se présenterait jamais de lui-même, puisque jusqu'alors il avait néghgé de le faire; afin de le confirmer dans cette opinion, je lui parlai de l'insouciance ou de la paresse de certaines gens, qui n'aiment pas à se déplacer. Ce que je dis du déplacement amena Coco à nommer le quartier dans lequel

habitait le propriétaire de la montre : s'il m'avait indiqué la rue et le numéro, je n'aurais eu plus rien à désirer. Je me gardai bien de demander un renseignement si complet, c'eût été me trahir; et puis la donnée pour l'investigation me semblait suffisante : je l'adressai à M. Henry, qui mit en campagne ses explorateui'S. Le résultat des recherches fut tel que je l'avais prévu : on déterra le portier, et Coco, confronté avec lui, fut accablé par l'évidence. Le tribunal le condamna à deux ans de prison.

A cette époque, il existait à Paris une bande de forçats évadés, qui commettaient journellement des vols, sans qu'il y eût espoir de mettre un terme à lem's brigandages. Plusieurs d'entre eux avaient été arrêtés et absous faute de preuves : opiniâtrement retranchés dans la dénégation, ils bravaient depuis longtemps la justice, qui ne pouvait leur opposer ni le flagrant délit ni des pièces de conviction; pour les surprendre nantis il aurait fallu connaître leur domicile, et ils étaient si habiles à le cacher, qu'on n'était jamais parvenu à le découvrir. Au nombre de ces individus était un nommé France, dit Tormel, qui en arrivant àja Force, n'eut rien de plus pressé que de me faire demander dix francs pour passer à la pistole : j'étais tout aussi pressé de les lui envoyer. Dès lors il vint me rejoindre, et comme il était touché du procédé, il n'hésita pas à me donner toute sa confiaDce. Au moment de son arrestation, il avait soustrait deux billets de mille fi'ancs aux recherches des agents de police, il me les remit, en me priant de lui avancer de l'argent au fur et à mesure de ses besoins. « Tu ne me connais pas, me dit-il, mais les « billets répondent; je te les confie, parce que je sais « qu'ils sont mieux dans tes mains que dans les « miennes : plus tard nous les changerons, aujour- « d'hui ça serait louche, il vaut mieux attendre. » Je fus de l'avis de France, et, suivant qu'il le désirait,

je lui promis d'être son banquier: je ne risquais rien.

Arrêté pour vol avec eiïraction, chez un marchand de parapluies du passage Feydeau, France avait été interrogé plusieurs fois, et constamment il avait déclaré n'avoir x)oint de domicile. Pourtant la police était instruite qu'il en avait un : et elle était d'autant plus intéressée à le connaître, qu'elle avait presque la certitude d'y trouver des instruments à voleurs, ainsi qu'un dépôt d'objets volés. C'eût été là une découverte de la plus haute importance, puisqu'alors on aurait eu des preuves matérielles. M. Henry me fit dire qu'il comptait sur moi pour arriver à ce résultat : je manœuvrai en conséquence, et je su>< bientôt qu'au moment de son arrestation, France occupait, au coin de la rue Montmartre et de la rue Xotre-Dame-des-Yictoires, un appartement loué au nom d'une receleuse appelée Joséphine Bertrand.

Ces reuseiguemeûts étaient positifs; mais il étavî difficile d'en faire usage sans me compromettre vis-à-vis de France, qui, ne s'étant ouvert qu'à moi seul, ne pourrait soupçonner que moi de l'avoir trahi ; je réussis cependant, et il se doutait si peu que j^eusse abusé de sou secret, qu'il me racontait toutes ses inquiétudes, à mesurée que se poursuivait l'exécution du plan que j'avais concerté avec M. Henry. Du reste, la police s'était arrangée de telle sorte, qu'elle semblait n'être guidée que par le hasard : voici comment elle s'y prit.

Elle mit dans ses intérêts un des locataires de Ui maison qu'avait habité France; ce locataire fit remarquer au propriétaire que depuis environ trois semaines, on n'apercevait plus aucun mouvement dans l'appartement de madame Bertrand : c'était donner l'éveil et ouvrir le champ aux conjectures. On se souvint d'un individu qui allait et venait habituellement dans cet appartement; on s'étonna de ne plus le rencontrer; on parla de son absence,

le mot de disparition fut prononcé; d'oti la nécessité défaire intervenir le commissaire, puis l'ouverture en présence de témoins; puis la découverte d'un grand nombre d'objets volés dans le quartier, et, enfin, la saisie des instruments dont on s'était ser-^d pour consommer les vols. Il s'agissait maintenant de savoir ce qu'était devenue Joséphine Bertrand : on alla chez les personnes qu'elle avait indiquées pour les informations lorsqu'elle était venue louer, mais on ne put rien apprendre sm' le compte de cette femme; sevdement ou sut qu'une fille Lambert, qui lui avait succédé dans le logement de la rue Montmartre, venait d'être arrêtée, et comme cette fille était connue pour la maîtresse de France, on en avait conclu que les deux individus devaient avoir un gîte commun, France fut en conséquence conduit sur les lieux : reconnu par tous les voisins, il xîrétendit qu'il y avait méprise de leur part; mais les jurés devant (^ui il fut amené en décidèrent autrement, et il fut condamné à huit ans de fers.

France une fois convaincu, on put aisément se porter sur les traces de ses afîidés : deux des principaux étaient les nommés Fossard et Legagneur. On se fût emparé d'eux, mais la lâcheté et la maladresse des agents les firent échapper aux recherches que je dirigeais. Le premier était un homme d'autant plus «langereux, qu'il excellait dans la fabrication des fausses clefs. Depuis quinze mois, il semblait défier la police, lorsqu'un jour j'appris qu'il demeurait chez un ])erruquier rue Vieille du Temple, en face de l'égoût. L'arrêter hors de chez lui était chose à peu près impossible, attendu qu'il était fort habile à se déguiser, et qu'il devinait un agent de plus de deux cents pas; d'un autre côté, il valait bien mieux le saisir au milieu de l'attirail de sa profession et des produits de ses labeurs. Mais l'expédition présentait des obstacles; Fossard, quand on frappait à sa porte, ne

répondait jamais, et il était probable qu'en cas de siirpme, il s'était ménagé une issue et des facilités pour gagner les toits. Il me parut que le seul moyen de s'emparer de lui, c'était de profiter de son absence pour s'introduire et s'embusquer dans son logement. M. Henry fut de mon avis : on fit crocheter la porte en présence d'un commissaire, et trois agents se placèrent dans un cabinet contigu à l'alcove. Près de soixante et douze hernies se passèrent sans que personne arrivât : à la fin du troisième jour, les agents, dont les provisions étaient épuisées, allaient se retirer, lorsqu'ils entendirent mettre une clef dans la serrure : c'était Fossard qui rentrait. Aussitôt deux des agents,, conformément aux ordres qu'ils avaient reçus, s'élancent du cabinet et se précipitent sur lui; mais Fossard s'armant d'un couteau qu'ils avaient oublié sur la table, leur fit une si grande peur, qu'ils lui ouvrirent eux-mêmes la porte que leur camarade avait fermée ; après les avoir mis à son tour sous clef, Fossard descendit tranquillement l'escalier, laissant aux trois agents tout le loisir nécessaire pour rédiger un rapport auquel il ne manquait rien, si ce n'est la circonstance du couteau, que l'on se garda bien de mentionner. On verra dans la suite de ces Mémoires comment, en 1814, je parvins à arrêter Fossard ; et les particularités de cette expédition ne sont pas les moins curieuses de ce récit.

Avant d'être transféré à la conciergerie, France, qui n'avait pas cessé de croire à mon dévouement, m'avait recommandé l'un de ses amis intimes : c'était Legagneur, forçat évadé, arrêté rue de la Mortellerie, au moment oii il exécutait un vol à l'aide de fausses clefs, cet homme privé de ressources par suite du départ de son camarade, songea à retirer de l'argent qu'il avait déposé chez im receleur de la rue Saint - Dominique, au Gros-Caillou. Annette. qui venait me voir très assidûment à la Force, et me secondait

quelquefois avec beaucoup d'adresse dans mes recherclies, fut chargée de la commission ; mais, soit méfiance, soit volonté de s'approprier le dépôt, le receleur accueillit fort mal la messagère, et comme elle insistait, il alla jusqu'à la menacer de la faire arrêter. Annette revint nous annoncer qu'elle avait échoué dans sa démarche. A cette nouvelle, Legagneur voulait dénoncer le receleur; cette résolution n'était que l'effet d'un premier mouvement de colère. Devenu plus calme, Legagneur jugea plus convenable d'ajourner sa vengeance, et sui^tout de se la rendre profitable. « Si je le dénonce, me dit-il, non-seule- « ment il ne m'en reviendra rien, mais il peut se faire « qu'on ne le trouve pas en défaut, j'aime mieux « attendre à ma sortie, je saurai bien le faire chanter « (contribuer).

Legagnem- n'ayant plus d'espoii- en son receleur, se détermina à écrire à deux de ses complices, Marguerit et Victor Desbois, qui étaient des voleurs en renom : convaincu de cette vérité bien ancienne, que les petits présents entretiennent l'amitié, en échange des secours qu'il demandait, il leur envoya quelques empreintes de serrures qu'il avait prises pom' son usage particulier. Legagneur eut encore recours à l'intermédiaire d'Annette; elle trouva les deux amis rue des Deux-Ponts, dans un misérable entresol, espèce de taudis oii ils ne se rendaient jamais sans avoir pris auparavant toutes leurs précautions. Ce n'était pas là leur demeui-e. Annette, à qui j'avais recommandé de faire tout ce qui dépendrait d'elle pour la connaître, eut le bon esprit de ne pas les perdre de vue. EUe les suivit pendant deux jours sous des déguisements différents, et, le troisième, eUe put m'affirmer qu'ils couchaient petite rue Saint-Jean, dans une maison ayant issue sur des jardins. M. Henry, à qui je ne laissai pas ignorer cette circonstance, prescrivit toutes les mesures

qu'exigeaient la nature de la localité, mais ses agents ne furent ni plus braves ni plus adroits que ceux à qui Fossard avait échappé. Les deux voleurs se sauvèrent par les jardins, et ce ne fut que plus tard que Ton parvint à les arrêter rue Saint-Hyacintlie-Saint-Michel.

Legagneur ayant été à son tour conduit à la Conciergerie, fut remplacé dans ma chambre par le fils d'un marchand de vin de Versailles, le nommé Robin, qui, lié avec tous les escrocs de la capitale, me donna par forme de conversation, les renseignements les plus complets, tant sur leui's antécédents que sur leur position actuelle et leurs projets. Ce fut lui qui me signala comme forçat évadé le prisonnier 3Iardargent, qui n'était retenu que comme déserteur. Celui-ci avait été condamné à vingtquatre ans de fers. Il avait vécu dans le bagne; à l'aide de mes notes et de mes souvenirs, nous fûmes promptement en pays de connaissance; il crut, et il ne se ti'ompait pas, que je serais joyeux de retrouver d'anciens compagnons d'infortune; il m'en indiqua plusieui's parmi les détenus, et je fus assez heiu'eux pour faire réintégrer aux galères bon nombre de ces individus, que la justice, à défaut de preuves suffisantes, aurait peut-être lancés de nouveau dans la circulation sociale. Jamais on n'avait fait de plus importantes découvertes que celles qui marquèrent mon début dans la police : à peine m'étais-je enrôlé dans cette administration, et déjà j'avais fait beaucoup pour la sûreté de la capitale et même pour celle de la France entière. Raconter tous mes succès eu ce genre, ce serait abuser de la patience des lecteurs; cependant je ne crois pas devoir passer sous silence une aventure qui précéda de peu de mois ma sortie de prison.

Une après-midi, il se manifesta quelque tumulte dans la cour: il s'y livrait un furieux C(unbat à i nups

de poings. A pareille heure, c'était un événement fort ordinaire, mais cette fois il y avait autant à s'en étonner que d'un duel entre Oreste et Pilade. Les deux champions, Blignon et Charpentier, dit Chanteà-l'heure, étaient connus poui- vivre dans cette intimité révoltante qui n'a pas même d'excuse dans la plus rigoureuse claustration. Une rixe violente s'était engagée entre eux; on prétendait que la jalousie les avait désunis : quoi qu'il en soit, lorsque l'action eut cessé, Chante-à-l'Jieure, couvert de contusions, entra à la cantine pour se faire bassiner; je faisais alors ma partie de piquet. Chante-à-l'henre, irrité de sa défaite, ne se possédait plus; bientôt i'eau-de-vie du pansement qu'il buvait sans s'en apercevoir, l'animant encore, il se trouva dans cette situation d'esprit oii les épanchements deviennent un besoin.

— (( Mon ami, me dit-il, car tu es mon ami, toi...; « vois-tu comme il m'a arrangé ce gueux de Elite gnon!... mais il ne le portera pas en paradis !...

— « Laisse tout cela, lui répartis-je, il est plus fort « que toi,... il faut prendre ton parti. Quand tu te « ferais assommer une seconde fois?

— « Oh ! ce n'est pas çà que je veux dire !... Si je « voulais, il ne battrait plus personne, ni moi, ni « d'autres. On sait ce que l'on sait !...

— « Eh ! que sais-tu? m'écriai-je, frappé du ton « dont il avait prononcé ces derniers mots.

— « Oui, oui, reprit Chante -à -l'heure, toujom-s plus « exaspéré, il a bien fait de me pousser à bout; je « n'aurais qu'à jaspiner (jaser)... Il serait bientôt « fauché (guillotiné).

— « Eh ! tais-toi donc, lui dis-je en affectant « d'être incrédule ; vous êtes tous taillés sur le même « patron; quand vous en voulez à quelqu'un, on « dirait qu'il n'y a qu'à souffler sur sa tête pour la « faire tomber.

— « Tu crois ça, s'écria Chante-à-l'heure, en frap- « pant du poing sur la table; si je te disais qu'il a « escarpé une largue (assassiné une femme) !

— « Pas si haut, Chante-à-l'heure, pas si haut, lui « dis-je, en me mettant mystérieusement un doigt « sui* la bouche. Tu sais bien qu'à la Lorcefée ^ (la « Force) les murs ont des oreilles. Il ne s'agit de « servir de belle (dénoncer à faux) un camarade.

— « Qu'appelles-tu servir de belle, répliqua-t-il, « plus irrité à mesure que je feignais de vouloir l'em- « pêcher de parler, quand je te dis qu'il ne tient qu'à « moi de lui donner un redoublement de fièvre (révé- « 1er un nouveau fait à charge.)

— « Tout cela est bon, repris-je, mais pour faire « mettre un homme sur la planche au pain (traduire « devant la cour d'assises), il faut des preuves !

— « Des preuves, est-ce que le boulanger (le diable) « en manque jamais?... Écoute... tu connais bien la « marchande d'asticots qui se tient au bas du pont « Notre-Dame?

— « Une ancienne ogresse (femme qui loue des « effets aux filles), la maîtresse de Chatonnet, la « femme du bossu. — Tout juste ! — Eh bien ! il y a « trois mois que Blignon et moi nous étions à bouf- « farder tranquillement dans un estaminet de la rue « Planche -Mibray, lorsqu'elle vint nous y trouver. Il « y a gras, nous dit-elle, et pas loin d'ici, rue de la « Sonnerie ! Puisque vous êtes de bons enfants, je « veux vous l'enseigner. C'est une vieille femme qui « reçoit de l'argent pour beaucoup de monde; il y a « des jours qu'elle a quinze et vingt miUe francs, or

1. Lorcefée pour la Force. — Ce genre d'argot est aujourd'liui connu sous le nom de largonji. 11 est usité dans le peuple et dans certaines profession? n repose sur deux principes : une transposition de lettre, d'une part, et d'autre part l'introduction dans le mot d'une consonne déterminée, généralement l, et d'une terminaision variable. La lettre l remplace l'initiale du mot, laquelle est transportée avant la terminaison caractéristique : c'est ainsi que boucher devient lowherbem; force, lorcefée, jargon, largonji.

« OU billets; comme elle rentire souvent à la sorgite

« (à la nuit), il faudrait lui couper le cou et la f à

« la rivière, après avoir poissé ^ ses pMlippes (pris « son argent). D'abord qu'elle nous a fait la propo- « sition, nous ne voulions pas en entendre parler, « parce que nous ne faisions pas l'escarpe (l'assassi- « nat), mais cette emblêmeuse nous a tant tourmen- « tés, en nous répétant qu'il y avait gras (beaucoup a d'argent), et que d'ailleurs il n'y avait pas grand « mal à étourdir (tuer) une vieille femme, que nous « nous sommes laissés aller. On tomba d'accord que « la marchande d'asticots nous avertirait du jour « et du moment favorables. Ça me contrariait pource tant de m'enflaquer - là-dedans, parce que, vois -tu, « quand on n'est pas habitué à faire la chose, ça « fait toujours un effet. Enfin, n'importe, tout était « convenu, lorsque le lendemain, aux Quatre-Che- « minées, près de Sèvres, nous avons rencontré « Voivenel avec un autre grinche (voleui'). Blignon « leur a parlé de l'affaire, mais en témoignant qu'il « avait de la répugnance pour le crime. Alors ils « proposèrent de nous donner un coup de main, si « toutefois nous y consentions. — Volontiers, répon- « dit Blignon, quand il y en a pour deux, il y en a « pour quatre. Voilà donc qu'est décidé, ils devaient « être de mèche ^ (de complicité) avec nous. Depuis ce « jom- le camarade de Voivenel était toujours sur « notre dos; il n'aspirait qu'au moment. Enfin la « marchande d'asticots nous fait prévenir; c'était

1 Poissé signifie prendre, saisir. Aujourd'hui encore, quand les voleurs sont pris, ils disent qu'ils sont poissés.

2 Enflaquer, tomber dans une âaqne de boue. Par extension, être empêtré dans une mauvaise affaire, dans une situation inextricable.

3 Mèche. — L'expression être de mèche, c'est-à-dire associés, marcher do pair, a encore cours dans rargot des typographes. Ils disent : chercher mèche, pour être en quête de travail . Elle remonte peut-être à l'époque où les typographes fournissaient le luminaire dan? leurs ateliers et se mettaient à deux pour alimenter la lampe qui fournissait la lumière à ces artisans travaillant l'un à côté de Tautre.

« le 30 décembre. Il faisait du brouillard. C'est pour" (c aujourd'hui, me dit Blignon. Vous me croirez si (( vous le voulez, foi de-grincbe, j'avais envie de ne « pas y aller, mais entraîné, je suivis la vieille avec (' les autres, et, le soir, au moment où, sa recette « terminée, elle sortait de chez un M. Eousset, « loueur de carosses, dans le cul de sac de la Pompe, « nous l'avons expédiée. C'est l'ami de Voivenel qui « l'a cJiourinée (frappée) à coups de couteau, pendant u que Blignon, après l'avoir entortillée dans son « mantelet, la tenait par derrière. H n'y a que moi « qui ne m'en suis pas mêlé, mais j'ai tout vu, puis- « qu'ils m'avaient planté à faire le gaf (le guet), et « j'en sais assez pour faire gerber à la liasse (guillo- « tiner) ce gueux de Blignon.»

ChoMte-à-l' heure me raconta en détail et avec une rare insensibibté toutes les circonstances de .ce uieurtre. J'entendis jusqu'au bout ce récit abominable, faisant à chaque instant d'incroyables efforts pour cacher mou indignation : chaque parole qu'il prononçait était de nature à faire dresser les cheveux de l'homme le moins susceptible d'émotions. Quand ce scélérat eut achevé de me retracer avec une horrible fidélité les angoisses de la victime, je l'engageai de nouveau à ne pas perdre son ami Blignon ; mais, en même temps, je jetai habilement de l'huile sur le feu, que je semblais vouloir éteindre. Je me proposais d'amener Ghante-à-V heure à faire de sang-froid à l'autorité l'horrible révélation à laquelle l'avait poussé la colère. Je dési ais en outre pouvoir fom-nii* à la justice les moyens de conviction qui lui étaient nécessaires pour frapper les assassins. Il y avait beaucoup à éclaircir. Peut-être Chayite-à-l' heure ne m'avait-il fait qu'une fable qui lui am-ait été suggérée par le vin et l'esprit de vengeance. Quoi qu'il en soit, je fis à M. Hemy un rapport, dans lequel je lui exposais mes doutes, et bientôt il me fit savoir

que le crime que je lui dénonçais n'était que trop réel. M. Heniy m'engageait eu même temps à faire en sorte de lui procurer des renseignements précis sur toutes les circonstances qui avaient précédé et suivi l'assassinat, et dès le lendemain je dressai mes batteries pour les obtenir. Il était difficile de faire arrêter les complices sans que l'on pût soupçonner d'où partait le coup; dans cette occasion comme dans beaucouï) d'autres, le hasard se mit de moitié avec moi. Le jour venu, j'allai éveiller Chante-àl'heure qui, encore malade de la veille, ne put se lever, je m'assis sur son lit, et lui parlai de l'état complet d'ivresse dans lequel» je l'avais vu, ainsi que des indiscrétions qu'il avait commises : le reproche parut l'étonner; je lui répétai un ou deux mots de l'entretien que j'avais eu avec lui, sa sur- Ijrise redoubla; alors il me protesta qu'il était impossible qu'il eût tenu un pareil langage, et soit qu'effectivement il eut perdu la mémoire, soit qu'il se défiât de moi, il essaya de me persuader qu'il n'avait pas le moindre souveuii' de ce qui s'était passé. Qu'il mentit ou non, je saisis cette assertion avec avidité, et j'en profitai pour dire à Chante-à-V heure qu'il ne s'était pas borné à me raconter confidentiellement toutes les circonstances de l'assassinat, mais encore qu'il les avait exposées à haute voix dans le chaufïoii', en présence de plusieurs détenus qui avaient tout aussi-bien entendu que moi. — « Ah ! malheu- « reux que je suis, s'écria-t-il, en montrant la plus « grande affliction : qu'ai-je fait"? A présent com- « ment me tirer de là? — Eien de plus aisé, lui « répondis-je, si l'on te questionne au sujet de la « scène d'hier, tu diras : ma foi, quand je suis ivre, « je suis capable de tout, surtout si j'en veux à quel- « qu'un, je ne sais pas ce que je n'inventerais pas. » Chante-à-l' heure prit le conseil pour argent comptant. Le même jour, un nommé Pinson qui x^assait

pour un mouton, fut conduit de la Force à la préfecture de police : cette translation ne pouvait s'effectuer plus à propos; je m'empressai de l'annoncer à Chante-à-l'heure, en ajoutant que tous les prisonniers pensaient que Pinson n'était extrait que parce qu'il allait faire quelques révélations. A cette nouvelle, il parut consterné. « Était-il dans le chaufEoir'? « me demanda-t-il aussitôt; je lui dis que je n'y « avais pas fait attention.» Alors il me communiqua plus franchement ses alarmes, et j'obtins de lui de nouveaux renseignements qui, transmis surle-champ à M. Henry, firent tomber sous la main de la police tous les complices de l'assassinat, parmi lesquels la marchande d'asticots et son mari. Les uns et les autres furent mis au secret ; Blignon et Chanteà-l'hewe, dans le bâtiment neuf; la- marchande d'asticots, son mari, Voivenel et le quatrième assassin dans l'infirmerie, où ils restèrent très long-temps. La procédure s'instruisit, et je ne m'en occupai plus : elle n'eut aucun résultat, parce qu'elle avait été mal commencée dès le principe : les accusés furent absous. Mon séjour, tant à Bicêtre qu'à la Force, embrasse une durée de vingt -un mois, pendant laquelle il ne se passa pas de jours que je ne rendisse quelque important service; je crois que j'aurais été un movion perpétuel, tant on était loin de supposer la moindre connivence entre les agents de l'autorité et moi. Les concierges et les gardiens ne se doutaient même pas de la mission qui m'était confiée. Adoré des voleurs, estimé des bandits les plus déterminés, car ces genslà ont aussi un sentiment qu'ils appellent de l'estime, je pouvais compter en tout temps sur lem' dévouement : tous se seraient fait hacher pour moi ; ce qui le prouve c'est qu'à Bicêtre le nommé Mardargent, dont j'ai déjà parlé, s'est battu plusieurs fois contre des prisonniers qui avaient osé dire que je n'étais sorti de la Force que pour servir la police.

Coco-Lacoiu" et Goreau, détenus dans la même maison comme voleurs incorrigibles, ne prirent pas ma défense avec moins de générosité. Alors, peut-être, auraient-ils eu quelque raison de me taxer d'ingTatitude puisque je ne les ai pas plus ménagés que les autres, mais le devoir commandait ; qu'ils reçoivent aujourd'hui le tribut de ma reconnaissance, ils ont plus concouru qu'ils ne pensent aux avantages que la société a pu retirer de mes services.

M. Henry ne laissa pas ignorer au préfet de police les nombreuses découvertes qui étaient dues à ma sagacité. Ce fonctionnaire, à qui il me représenta comme un homme sur lequel l'on pouvait compter, consentit enfin à mettre un terme«à ma détention. Toutes les mesures furent prises pour que l'on ne crut pas que j'eusse recouvré ma liberté. On vint me chercher à la Force, et l'on m'emmena sans négliger aucune des précautions rigoureuses : on me mit les menottes, et je montai dans la cariole d'osier, mais il était convenu que je m'évaderais en route; et en eiïet je m'évadai. Le même soir toute la police était à ma recherche. Cette évasion fit grand bruit, sui'tout à la Force, où mes amis la célébrèrent par des réjouissances : ils bm-ent à ma santé et me souhaitèrent un bon voyage !

Page 1