‹ Mémoires de Vidocq (volume 3)Chapitre 5 sur 50 · VIII PREFACE · texte numérisé non relu

VIII PREFACE

chez lequel le sens moral, aurait été, dès les débuts de l'existence, atrophié, obnubilé?

On est tenté d'incliner vers cette dernière opinion, si l'on songe que la conduite de l'homme, sa destinée dans la vie sociale, sont intimement liées à ces facteurs qui sont, d'abord dans l'ordre subjectif, le tempérament de l'individu, que viennent parfois — et c'est ici le cas — si malheureusement compliquer l'éducation première, et ces ambiances qui sont l'influence du milieu, l'action inéluctable des événements auxquels il se trouve mêlé, de par les circonstances et les vicissitudes auxquelles nul ne peut se flatter d'échapper absolument.

Tout jeune, Vidocq s'affirme comme une nature violente. Il est la terreur de ses compagnons d'enfance, qu'il rosse et même martyrise à tout propos, et surtout hors de propos.

Les exercices du corps l'attirent irrésistiblement, et il est déjà un fervent de l'épée, presque un friand de la lame, à l'âge où les bambins ne songent guère qu'à jouer aux billes.

Cette éducation à la diable ne fut pas pour lui perdue, et, plus d'une fois, sa passion de l'épée lui sera d'un utile secours dans sa carrière accidentée.

Peut-être eût-il mieux tourné, si plus de prudence avait présidé à son éducation familiale.

Malheureusement, sa mère est faible, si faible que, comme trop d'enfimls gâtés, il ne voit, dans l'indulgence maternelle qu'un encouragement à

fREFACË IX

recommencer les fredaines — dont quelquesunes très graves — qui trop facilement lui sont pardonnées.

Quels trésors de mansuétude et de longanimité ne renfermait pas le cœur de cette brave « maman Vidocq ! »

C'est toujours à bras ouverts qu'elle accueille la brebis égarée qui rentre au bercail, qu'elle est prête à tuer le veau gras pour fêter le retour de l'enfant prodigue.

Sa tendresse va jusqu'à l'abnégation, quand elle ne confine pas à un certain héroïsme.

Qui ne serait ému, au spectacle de cette malheureuse femme, que l'autorité a fait venir d'Arras à la prison de Douai, dans l'espoir qu'elle reconnaîtra spontanément son fils, qui cache obstinément son identité.

Mise brusquement en sa présence, sur un signe imperceptible de Vidocq, elle refoule tous les sentiments maternels dont elle déborde, déclare catégoriquement ne pas le connaître « et se retire en maudissant ceux qui l'ont déplacée pour ne lui donner qu'une fausse joie ».

Le père intervient bien parfois, sous forme de corrections très rudes; mais cela ne dure qu'un instant; ce n'est qu'un velléitaire de sévérité, alors qu'il aurait fallu un terrible et tenace volontaire, pour dompter une nature rude et indisciplinée.

Il importe de noter aussi que nous sommes à la fin du xviii<^ siècle qui fut des plus grands

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