‹ Mémoires de Vidocq (volume 4)Chapitre 59 sur 113 · LS I · texte numérisé non relu

LS I

a de vertu et d'abnégation

regrette jamais ! qu"i dans ces paroles,

— Un quart de journée de plus, et il n'y paraîtra pas.

— J'en serai quitte pour ne pas aller dimanobe à la barrière.

— .le voulais les mettre à la loterie; ma mise est faite à présent.

— Si on ne s'aidait pas les uns les autres.

— Bah 1 bail I pour une chopine de moins que je boirai... eh 1 la hotte, par ici !

— A quoi qu'on est exposé !

— Je recruterai par là quelque bon paysan, et puis si je n'étrenne pas à ce soir, tant pis. Ce n'est pas fête tous les jours.

— Adieu, mon fichu t je l'achèterai plus tard.

— Vous avez raison, ma belle : tout nu court les rues, mort de faim n'y va pas, le ciel vous récompensera.

— Dis donc, Françoise, moi qui croyais dégager mon châle !

— Et moi, mes anneaux! à la grâce de Dieu I ce sera quand. ça pourra.

— Eh ! les autres, ne poussez pas tant I si vous ne voulez ri n ..onner, passez votre chemin !

Il ne s'approche pas un curieux que ja femme à la hotte ne l'invite à payer .son tribut. Elle est imrépide.

— Ah ! voilà des dames en chapeau !

— Elle court vers elles. Mais ces dames sont soi lies de la maison devant laquelle on est attroupe, elles détournent la tête en doublant le pas.

— Ah ça, dites donc, vous autres, crie un gros homme à cheveux poudrés et à culotte courte, qui s'avance nonchalamment appuyé sur un balai. Aurezvous bientôt débarrassé la porte?

— Qu'est-ce qu'il dit, celui-là?

— Je dis que vous allez vous retirer.

— Nous retirer ! est-ce que la rue est à lui par hasard ?

— Ah ! je ne m'étonne plus, c'est mam'selle qui fait ses giries.

— Tais-toi, vilain marlou ; elle est plus respectable que toi, mam'selle: d'ailleurs nous sommes sur le pavé du roi.

— En attendant, elle va s'ôter de dessus ce banc. Il veut percer la foule, on le repousse...

— Ah ! ah ! oh ! oh ! uh 1 uh 1 Ih ! ih ! A la chianl lit, lit-lit.

— C'est bon, c'est bon, nous verrons; il faut que je vide mes ordures.

— Tes ordures ! ordures toi-même. — Ah ! ah I ahl

— Vous ne voulez pas : rira bien qui rira le dernier.

Il rétrograde de deux pas, et pousse légèrement la porte.

— Manette tire un seau d'eau, et apporte -le moi, que je lave tout ça.

— Ah gredin 1 tu veux nous baptiser; tu crois

qu'on ne t'a pas entendu i viens ici que jr te débarbouille.

— Gueusafd, je te tiens.

— Oui, oui, trempes lui la margoulette dans le ruisseau.

— Lâchez-moi ! lâchez-moi !

Tout en parlementant, le portier bat prudemment en retraite : il semble capitule!'. Mais, parvenu à hauteur de la porte, par un brusque mouvemenl d'arrière corps, il se dégage et rentre précipitamment en laissant au pouvoir de 1 ennemi une manche de chemise.

L'attroupement chante victoire; maison voit accourir des individus dont la redingote étriquée, la cravate noire, la longue canne de jonc et l'encolure ignoble, sont de mauvais augure. A la vélocité de leur marche, on dirait qu'ils sont appelés à éteindre un incendie.

— Par ici messieurs, par ici I

Telle est l'indication que fait deviner le geste d'une grande figure de propriétaire, enveloppée dans la douillette ouattée, qui est leur chef de file; la grande figure les amène, et à quarante pas du groupe, api qu'elle leur a fait de la tête un salut gracieux, et (lu doigt un dernier signe, au détour d'une rue elle s'éclipse eu plutôt, fidèle au décorum, la sournoise s'efface pour contemplerce qui va se passer...

— Voilà le- exempts. — Allons, gare f gare! coudoyant, rudoyant, levant le bâton, montrant l'aspect qui paralyse les langues et fait taire les rumeurs, ils vont drpit à Adèle, et la prenant brutalement par le coude:

— Voyons; lève-toi et marche devant nous.

• — Maltraiter ainsi le pauvre monde I s'écrie la femme qui a fait la collecte, c'est une indignité, une abomination, que vousa-t-elle fait cette fille ?

— Retirez-vous, on ne vous demande rien.

— Ne voyez-vous pas qu'elle n'a que le souffle?

— Avez-vous envie de vous faire coffrer?

— Non.

— Eh bien, filez votre nœud, et plus vite que ça!

— Ah! par pitié, dit Adèle, messieurs, laissez-moi espirer.

— Tu respireras au violon.

Adèle tâche de se mettre sur ses pieds. En proie à un étourdissement, elle retombe...

— Ah ! pour le coup, c'est se moquer de nous, dit un des exempts en se jetant sur elle, — tu viendras ou tu diras pourquoi ; tu viendras, coquine I

Dans la violence du mouvement l'exempt lui arrache son tablier, l'argent qu'il contient se disperse et roule dans la boue; des enfants en rapportent quelques pièces, mais avant que la plus grande partie soit retrouvée, vient à passer un fiacre; sur l'injonction qui lui est faite, il s'arrête; Adèle, plus moite que vive, y est traînée immédiatement; c'est un cadavre que des assassins, pour ensevelir leur forfait, se hâtent de confier au tombeau:

— Que voulez-vous voir? disent-ils aux curieux, une femme qui est prise de boisson.

— C'est affreux, c'est atroce, c'est une infamie ! murmurent les témoins, qui ne sont pas dupes d une

telle imposture.

La portière est fermée, le cocher est sur son siège . au dépôt, à la préfecture, si vous comprenez mieux, et le carrosse roule

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