‹ Mémoires de Viglius et d'Hopperus sur le commencement des troubles des Pays-Bas avec notices et annotationsChapitre 13 sur 59 · LA SOURCE ET LE COMMENCEMENT · texte numérisé non relu

LA SOURCE ET LE COMMENCEMENT

AVANT PROPOS

AVANT PROPOS

Le manuscrit intitulé La source et commencement des troubles suscités aux Pays-Bas sous le gouvernement de la duchesse de Parme , par ceux guatoienl pris le nom de geuex (sic), existe en double il la Bibliothèque royale, sous les n“ 12,907 (fonds Le Candele) et 15,876 (fonds Vau Hulthem). La première copie, de la fin du seizième siècle, comprend 27 feuillets in-folio; In seconde, petit in-12 de la dernière moitié du siècle dernier, en comprend 57, suivis de 52 épigrammes latines, occupant 25 feuillets.

Le texte de cet opuscule n'a jamais été publié, bien qu’il soit connu depuis longtemps. Il y a près de deux siècles, on s’accordait généralement Ji l’attribuer h Viglius ', qui y apparaît très-souvent et dont les actions y sont mentionnées avec une complaisance toute particulière.^Un auteur hollandais , nommé Van Hove, en a donné, à la suite de son histoire du gouvernement des comtes ( Historié der gravelyke regering in Holland, Amsterdam, 1660, in-8°), une traduction hollandaise intitulée : Grondt berigt van t Nederlands oproer, soo onderde hertogin tan Parma, als den hertog, tan Alba, beschreven in't fransch door den hcer Viglius Zuichemius ab Ayta.

• Men houdt (dit Frnns gesekrift) by Viglius zolf ingestelt te zyn. Brandt , Kort verhael r an de Reformatie; — Adrien Pars, Index Batarieus ofnaamrol van de Batavise en Uoltardae schryv ers (Leiden, 1701, in-4"), p. 267; — Hoynck, Vreefalii ad vitam Viglii, § xi, dans les Analccta Belçica, tome I".

avant propos.

Xooit roor desen gedntcit en onlangs in de nederlantsche taie orergeset, door V. II. ; c’est-à-dire : Commencement des troubles des Pays-Bas, tant sons la duchesse de Parme que sous le duc d'Albe, écrit en français par le sieur Viglius Zuichem ab Ayta. Imprimé pour la première fois et traduit en hollandais par V. H. Le chanoine Hoynck s’élève avec une véritable indignation contre l’assertion si nettement formulée dans ce titre : « Qui donc, s’écrie-t-il,

« possède l’exemplaire autographe de l’auteur? — Pour « ne rien dire du style, qui n’est nullement de l’époque,

* je déclarerai sans hésitation, indigne de Viglius, cette

* rapsodio dont ne parlent aucun des auteurs qui se sont < occupés de lui ou aucun de ses écrits. On ne la cite pas « dans la liste de ses travaux, on n'en aperçoit aucune

* trace dans ses lettres. Le président était si peu en état » d’écrire en français que lorsqu’il commença à devoir

* traiter les affaires publiques aux Pays-Bas, il exprima « le regret d’avoir oublié le peu qu’il en avait appris pen-

* dant qu’il étudiait le droit civil en France'. »

Les observations du savant chanoine sont plus spécieuses que solides. Si le premier de nos manuscrits n’est

* Quls possidet exemplar autographum ? Est præterca, qui illam insaniam e Gnliico Belgico redditam audacter publieavit, nullo in rem adducto argument». Ego, ut nihil dicam de stylo, qui ncutiquam Istius temporis est, incunctanter assevero, rapsodiam esse Viglio indignam ; de qua ncmo, qui de ejus seu vit», seu gestis seripsit, vel per umbrnm meminit. Nil simile occurrit in invontario lucubrationum suarüm, nullum in omnibus epistolis reperitur ejus vol levissimum indicium. E contrario, adeo longo abest, ut Oallice quidquam claborarc potuorit, ut apcrte doluerit, so, cum nd reipublicæ Belgicse negotia primum adhlbcret, ejus linguœ usum, olim in Gallia cum juri civill discendo operam darct, leviter comparatum, amisisse. Hoynck, 1. c.

AVANT PBOPOS.

pas un autographe, il appartient cependant à une époque trôs-rapprochéc du temps où vécut son auteur supposé. Ou ue peut le considérer comme une œuvre de fuussairc, car il ne porte aucune indication qui soit de nature h tromper le lecteur, et l'attribution , que l’on a cru pouvoir en faire, ressort du texte même du manuscrit, du rôle capital qu’y joue le président, peut-être même est-elle due à une tradition qui se sera perpétuée en Hollande. De ce que Viglius ne parle pas de ces quelques pages, ressort-il qu'il n’en est pas l’auteur? Quant à l’objection tirée de ce que, dans sa jeunesse, notre jurisconsulte avait oublié le peu de français qu’il avait appris antérieurement, peut-on la considérer comme ■sérieuse? Le premier magistrat d’un pays où l’emploi de la langue française était si répandu, un diplomate amené à de continuels rapports avec les négociateurs et les capitaines de François I« r et do Henri II, l’administrateur obligé de surveiller des provinces wallonnes, des magistrats wallons, n’aum-t-il pas repris et reconquis l’usage facile d’un idiôme qui lui était si nécessaire? Viglius pouvait être peu versé dans la langue française, au début de sa carrière officielle dans sa patrie, après un long séjour en Allemagne, mais peut-on admettre chez lui la même ignorance, trente années plus tard? Cela ne nous paraît pas admissible; en effet, on possède de lui un grand nombre de lettres, rédigées dans la langue qu’illustraient alors Marot , Ronsard, Rabelais ’.

' Dans sa correspondance avec HoppeniR, h la date du 21 janvier 1571, Viglius fait allusion h des lettres écrites par lui (lalltcâ Ungnâ ; elles étaient peu importantes et destinées scu-

AVANT PHOPOS.

Dès le premier abord notre esprit avait été frappé par, les raisons que nous venons de déduire, mais un examen ultérieur noua conduisit à des résultats plus positifs encore. Le commencement de notre manuscrit n’est en réalité qu’une traduction de l’autobiographie même de Yiglius, traduction dans laquelle on a élagué avec soin les circonstances tout & fait personnelles & ce personnage. On lui a ôté de la sorte le cachet biographique de l'ouvrage original, on l’a transformé en un mémoire purement historique, dont le fonds, sinon la forme, appartient à Viglius, sans contestation possible.

Pour ce qui est de la fin, c’est-à-dire du récit des événements qui se sont passés en Belgique postérieurement à l’arrivée du duc d’Albe, les éléments d’une comparaison semblable nous manquent. En effet, tandis qu’ici notre manuscrit français abonde en détails curieux, en appréciations intéressantes, l’autobiographie de Viglius perd toute importance. Négligeant les événements terribles qui inondaient fie sang nos provinces, le texte latin ne parle que de Viglius, des fonctions dont il fut investi, de ses dispositions testamentaires. Par suite d’une aussi grande dissemblance, on conçoit qu’il nous est impossible do rien décider. Toutefois, nous croirions volontiers que cette partie du manuscrit est également due au célèbre président du conseil privé , quant au fond seulement peutêtre. On observe, dans l’une et dans l'autre, la même méthode, la môme manière de présenter les faits. Partout l'auteur affecte un grand zèle pour le roi Philippe II et pour la religion catholique, et, dans un passage de son

loment à recommander h son ami quelques personnes. {Viglit ryistola, édit. 1661, p. 310.

avant propos.

travail, il prend le ton d'un conseiller auquel son rang donne le droit de parler avec hardiosse Ce passage, que nous considérons comme décisif, fixe la date de la rédaction du texte du manuscrit : on doit la placer en 1576, il l’époque où la révolution embrassa la Belgique entière, en l’année qui précéda celle de la mort de Viglius.

Ce que notre auteur anonyme dit de la toute-puissance du conseil des troubles, de l’abus des confiscations, du mépris des Espagnols pour les Belges, de la situation des esprits, des efforts extraordinaires que dut faire le duc d’Albe pour résister à la fois, en 1572, aux gueux de mer, au prince d’Orango, au comte Louis, attestent une connaissance parfaite des causes qui soulevèrent successivement contre le duc d’Albc tous les habitants du pays, même les corps de magistrature chargés de l’exécution de ses odieuses volontés. Comparée à la correspondance du président, la Source et commencement des troubles reproduit ses pensées et ses appréciations, avec uno exactitude trop frappante pour être fortuite.

Lui seul donc a pu écrire, dans sa position exceptionnelle et dans les sentiments qu’on lui connaît, ces pages qu’on ne lira pas sans fruit. La rédaction en est faible, sans doute, mais ce ne sorait pas une raison pour ne pas l'attribuer à Viglius, qui était alors affaibli par l’àge et

• Et n'ayant 8a Majesté adjousté foy aux bons ministres, qui n'ont laissé de luy faire entendre les inconvénients, dommages et ruyne du pays, qui en succéderait, sentira quel proufflet elle en aura faiet, et du moings Sa dicte Majesté se doibt de ce tenir apprlnso pour s’engarder h l'advenir, signamment on ses troubles et altérations nouveaux, qui sont beaucoup plus grandes que les premières. •

AVANT PROPOS

par les chagrins et à qui la langue française était moins familière que le latin. Si cette hypothèse parait trop hardie, il ne s’en présente guère que deux d’admissibles : ou l’autobiographio de Viglius ne nous est pas parvenue complète, une main prévoyante en a élagué les pages où les accusations se multiplient contre le duc d’Albe et ses agents, et ce que nous publions ici eu est une traduction sans lacune ; ou quelque rédacteur novice, sur l’ordre et d’après les idées de Viglius, aura rédigé un nouveau travail, destiné à offrir au souverain de l’Espagne un tableau rapide des malheureux événements qui s’étaient succédés dans notre patrie, depuis l'administration de Granvelle jusqu’à l'envoi en Belgique du commandeur liequescns. Nous dévoua nous borner à poser ainsi nos conclusions ; quelque autre, plus heureux, pourra sans doute trancher la question.

VIGLIUS

Page 1