T ROUBLES SUSCITEZ AUX PAYS-BAS
soubs le gouvernement de la duchesse de Parme ( et du duc d' Allie), par ceux qu'avaient prias le nom de geuex. (sic)
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VIGLIUS ZUICIIEM AB AYTTA
La source et commencement des troubles suscitez aux Pays- Bas, soubs le gouvernement de la duchesse de Parme, par ceulx quavoient prias le nom de geuex.
L’envie et contention des principaux seigneurs desdits Pays-Bas s’accreut si avant contre le cardinal de Granvelle que, le 1 1* de mars 1563, le prince d’Orange, le comte d’Egmont et le comte de Homes, après avoir tenu sur ce longue communication avec les autres seigneurs leurs adhérens, firent par leurs lettres entendre à Sa Majesté que si icelle vouloit conserver la république, elle le debvroit oster du conseil et de la maniance des affaires, ausquelles lettres fut respondu par Sa Majesté modérément, remectant la chose à sa venue par deçà. Des lors en avant commencèrent les dits seigneurs déclarer la confédération entre eux faicte, faisans porter à leurs serviteurs la manchette avec le trousseau de flesclies, menant la chose si avant, que la duchesse de Parma, gouvernante des dits pays, s’est peu à peu laissé persuader d’acquiescer à leur volunté , envoyant son secrétaire Armcntières en Espaigne pour déchirer au Itoy le danger et péril auquel estoit le
MÉMOIRES DK VIGLIUS.
dict cardinal, lequel on tient avoir aussy signifié le meame à Sa dicte Majesté, à ce que du consentement d’icelle il se pourroit retirer en Bourgogne soubs couleur de ses affaires particulières, que de ceux de sa famille ensemble, affin qu’il pourroit veoir et visiter sa mère jà fort caducque et de grand ange
Et s’estans convocquez les estats généraulx de ces dictspays pour le mois de décembre audict an 1563, les dicts seigneurs refusoientd’y comparoir à la proposition, en cas que ledict cardinal y debvroit estre présent, dont estant icelluy adverty h Malines (où il fut lors), différa son retour en court, jusques & ce que les dicts estats furent renvoyez. La cause de la dicte confocation fut pour obtenir des dicts estats contribution à l’entretenement des garnisons et gens de guerre ordinaires. Peu après retourna lo dict seigneur Armentières d’Espaigne avec la réponse du Roy, et au môme temps le seigneur de Chantonnay,
1 Ce qui précède est une traduction du § i.xxxi de la Vita Viglii, dont nous reproduisons ici le texte, afin que le lecteur puisse comparer les deux rédactions :
Crevit autem odversus cardinnlem procerum nostrorum eontentio, eo usque, ut undeeimû die Mnrtii, Aurincensis, Egmondnnus ne Hornensis, multft cum aliis habita communient ione, ad Regem de eo ub senatu ne rerum administmtione amoxendo, si rempublicam salvam esse velit, scriberent ; nd quas lifteras Rex modéra tè rospondit, inque suum adventum rem totam rejeclt. Post quod tempus, symbolo quodnm manipuli sagittarum vestibus servltorum insuti, confccderationem declaravére, no eo rem adduxere, ut ipsn ducissa paulatim persuaderi sibi fit passa, ut voluntati corum ncqulesceret, Armenteriumque secretarium in Hispnniam ablegarot, ut Régi pcriculum quod cardinal! imminebut, signifie» ret, quod et ipse cardinnlis fccisse creditur, ut cum majestatis su» licentia secedere in Burgundiam posset, sub prretextu (nogotiorum) cum suorum propriorum, tum familiæ quoque sua* et ut matrem ætate gravem invisoret.
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frère dudict cardinal, vint aussi à Bruxelles de France, où il avoit esté longuement ambassadeur pour Sa Majesté, et le 13 de mars partirent par ensemble vers Bourgogne 1 .
Après le partement duquel cardinal se sont ses envieux esjouis, tout ainsi que les escoliers en absence du pédante. Mesme la dicte duchesse s’est persuadée qu’elle estoit délivrée du joug, pour ce que auparavant elle ne souloit rien faire d’importance, sinon avec participation du conseil et ad vis dudict cardinal. Lors commencoient estre vendibles les provisions et offices et bénéfices, les rémissions et semblables expéditions des grâces, mesme celles que pour causes justes estoient par le conseil privé refusées, outre ce les loteries , usures, passeports, saulfconduicts, sauvetés de corps et aultres expéditions de ceste forme , desquelles le dict Armentières , secrétaire et conseiller privé de la dicte duchesse, assembla , selon qu’on disoit , grandes sommes de deniers, et quand le président avec deue révérance vouloit en telles expéditions ensuivre les anciennes coustumes, se monstroit difficil et refusoit les sceller, se sont trouvez autres practicques, par lesquelles ilz diminuoyent l’auctorité du dict conseil *.
Et si le dict président, selon les ordonnances et anciennes observances , fit parfois quelque relation ù part à la dicte duchesse, ès principales et plus importantes matières de justice traictées audict conseil privé, elle le renvoyoit devers le conseil d’Estat, à la réquisition du dict seigneur prince d’Orange et
1 Vita Viglii, § lxxxii et lxxxjii.
5 Vita Viglii, § lxxxjv.
DE VIGLIUS.
ni
d'autres de sa faction, qui soustenoient que rien ne se debvoit traicter audict conseil privé ny des finances, que ne leur fut pareillement communicqué. D’où provint que de lors en avant toutes matières de la religion , de l’inquisition, des édicte, de l’exécution du concile de Trente, les difficultés et opositions contre les mauvais evesques et semblables se traictoient au dict conseil d’Estat, et prenoyent par occasion ceux qui y assistoyent pour calumnier beaucoup des choses et contredire les actes précédens, et ne trouvoyans iceux bon ce qu’auparavant eux avoit esté faict , s’est de ce ensuivy que l’aucthorité des placcarts de l’observance de la religion et des décrets dudict concile s’est peu à peu diminuée, se commencans à disputer d'abolir les confiscations, signamment celles qui compétoyent à Sa Majesté' .
Desmonstrans aucuns d’eux estre d’opinion qu’on deust oster aux ecclésiastiques toute jurisdiction temporelle, tenant de ce souvent propos à la duchesse mesme, se servant le comte d’Egmont de l’occasion du trespas du provost de Bruges, persuadoit à icelle de non ndmettre l’evesque de Bruges à la possession de la dicte prévosté (qu’estoit incorporé pour l’evesché) n’estoit qu’il quictast toute la jurisdiction qu’icelle avoit tant dans la dicte ville de Bruges, qu’ailleurs, et y contredisant le dict président tomba en indignation non petite de la dicte duchesse *. Anssv
1 Vita Viglii, § lxxxv, dont on supprime ici les dernières lignes, il partir de» mots : Cum qua vasallis inferioritm eoncesste erant, mordicus tuereutur. Le § i,xxxvi,qui n'a également qu’une importance médiocre, est aussi supprimé.
* Le prévôt du chapitre de Saint-Donat à Bruges jouissait en Flandre de prérogatives très-étendues. Il était, il la fois, chape-
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ne cessoient-ils de diffamer journellement les vies et mœurs des ecclésiasticques , mais ne se sont là arrestez. Ains passant outre peu à peu ont tasché d’abolir les consaux privé et des finances, proposans entre eux une nouvelle forme de république pour par là tirer toutes les choses à leur pouvoir et administration au conseil d’Estat, avec intention d’attirer à la dicte administration plusieurs personnes de leur forme, et en débouter ceux qui y estoient. A quoy se respondoit, que les consaux avoient esté prudemment et avec meure délibération instituez par les princes prédécesseurs, ausquels seulz appertenoit les abolir, et que devant avoir bien pesé et cognu ce que l’ancienne forme de république contenoit, il ne convenoit introduire une nouvelle. Mais réiterans souvent ce qu’ilz soustenoyent en ce, ont aussy à la fin tiré la dicte duchesse à leur opinion, faisans à icelle plus d’honneur que de coustume, bien sachans que l’honneur attire et corrumpt facilement le sexe fémenine. Aussi assayèrent-ils de tirer à leur debvotion et opinion le seigneur deBarlaymont 1 , faisans à cest
lain et chancelier du comte, fonctions devenues moins importantes depuis la réunion des différentes provinces des Pays-Bas en un seul État, dont le chef résidait rarement à Gand ou i» Bruges. A une époque très-reculée, le prévôt de Soint-Donat fut chargé du soin de faire rendre injustice aux hôtes ou tenanciers des comtes, et c'était lui qui établissait et révoquait dans ce but des échevins et des renneurs. Le dernier prévôt, Claude Carondelet, mourut en 1564. Il eut pour successeur le premier évéque de Bruges , le docteur Pierre Do Corte ou Curtius , pléban de Saint-Pierre à Louvain, qui ne survécut pas longtemps aux ravages des iconoclastes et qui mourut le 16 octobre 1567. Il avait été miB en possession de la prévôté le 30 septembre 1561.
1 Charles, seigneur de Uerlaimont, chevalier de la Toison d'or, mourut u Namur en 1578. Partisan de Granvolle, il servit tou-
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effect faire quelques offices devers luy par le trésorier Schets', et offrans le recevoir en leur grâce, moiennant toutesfois qu'il debvroit avec eulx promouvoir la liberté du pays contre l’inquisition et autres griefs dont ilz luy avoyent souvent tenu propos, ce que le dict seigneur de Barlaymont refusoit de faire \
Ce temps pendant ont ilz par tous moyens tasché de rompre les (unions) * des abbayes faictes pour la donation des nouveaulx eveschez, afin de divertir le peuple de la réception des dicts evesques nouveaux, et spéciallement aux lieux ou iceulx n’avoient encores esté reçeus. N’osant toutesfois la ducesse laisser la publication du concile de Trente pour ce que le Roy par ses lettres l’avait tant expressément et à bon eschient commandé. Mais bien l’osoient les dicts seigneurs calomnier, estant publié. Et ne pouvans plus longuement dissimuler ce qu’ilz portoient au.
jours le Roi avec fidélité ; il fut un des premiers seigneurs qui. en 15T7, se prononcèrent pour don Juan d'Autriche contre les états-généraux.
* Gaspar Schets, comte du Saint-Empire romain, seigneur de Grobbendonck, était regardé comme un des bons poètes latins de son temps. Il remplissait les importantes fonctions de trésorier général, mais on l'accusa d'en profiter pour accumuler de grands biens, et en effet, il acquit successivement les terres de NVesemael, de Hingene, etc. On lui intenta, pour malversations, un procès qui n’était pas terminé à sa mort. Après avoir été lié avec les princes coalisés contre Granvelle, Schets se sépara d'eux, et, en 1577, il fut un des principaux appuis de don Juan, qu'il essaya vainement de réconcilier avec les états-généraux. C’est h lui que la famille ducale d'Ursel doit ses richesses et sa grandeur. Elle descend de son fils Conrad, premier baron de Hoboken, qui prit le nom de famille st les armoiries de sa mère, Catherine d'Ursel, fille de chevalier Lancelot d'Ursel.
* Vita Viglii, § lxxxvii.
* Ce mot manque dans tous les manuscrits.