CHAPITRE II
De l'ordre qui se meit sur le faict de la religion et justice.
IV. Davantage comme Sa Majesté fust informée des sectes et hérésies qui estoient jà fort esparses et semées per jceulx ses pays et provinces, pour cause de la grande contractation avec les voisins et aultres, et alloient journelement augmentant et accroissant, avecq grande diminution de nostre saincte foy catholicque, jcelle eust grand soing et désir, qu’à ce fust pourveu et remédié convenablement, et pour ce (après avoir enchargé particulièrement à la duchesse la garde et exécution des placarts et mandemens de feu l’Empereur son père et les siens, pour la conservation de la vraye religion et extirpation des sectes et hérésies) commanda le mesme très expressément à ceulx de son conseil privé. Et venant un jour pour ce faict seulement à Malines, y feit aussy convocquer ceulx de son grand conseil, et leur enchnrgea, et commanda de sa propre bouche très particulièrement et très expressément, tout le mesme avecq le
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surplus de la bonne et sincère administration de la justice, faisant le mesme debvoir à Gand, et à ceulx du conseil provincial de Flandres, et en conformité de ce furent escrites lettres particulières à tous les aultres gouverneurs et consaulx provinciaulx , et pour procéder, en ce que dessus, non seulement par forme de rigueur de justice, mais aussy par saine et vraye doctrine , ordonna en l’université plusieurs et diverses leçons nouvelles, tant en saincts canons, comme en la sacrée théologie, servantes à ce propos. Et pour oster l’occasion à ses subjects et naturelz d’j ceulx Estatz d’aller hors du pays pour cause de leurs estudes ès villes et universitez estrangères, selon qu’ils avoient de coustume, notamment pour apprendre la langue françoise, s’advisa de fonder une nouvelle université en sa ville de Douay, qui est de la langue françoise ou Walonne , selon que de faict elle a esté du depuis fondée et fort bien ordonnée.
V. Oultre ce considérant Sa Majesté combien qu’il importoit que le très sainct concile de Trente fust achevé, pour donner ordre, non seulement à la doctrine, mais aussy à la vie et discipline ecclésiastique, et nettoyer et purger de tout poinct la saincte foy catholicque, eust fort à cœur qu’ainsy se feist, ayant à ses grands frais et despans envoyé au dit concile de tous ses Estatz, plusieurs prélatz, théologiens et aultres gens excellentes en doctrine et bonne conversation, et pour tant mieulx avoir seing, que les prélatz, curez, et aultres ecclesiastiques satisfeissent à leurs offices, non moins par bon exemple et doctrine , comme par diligent exercice de leurs charges, à quov ne se pouvoit pourveoir selon qu’il
convenoit, à raison que tous les sièges épiscopaulx d’jceulx Estatz estoient estrangers et scituez hors d’jceulx, semblablement les diocèses et evechez tant estenduz et peuplez, qu’un seul evesque n’estoit suffisant pour les gouverner, Sa Majesté trouva en conseil de soliciter notre Sainct Père le Pape, de pourveoir à ce que dessus , en sorte que tous archevesques et evesques résidassent en jceulx Estatz, et que les eveschés fussent repartiez de telle manière, qu’un homme seul les peust bonnement gouverner, ce que Sa Saincteté ordonna après longue délibération , et grande information et dispute des cardinaulx, et aultres gens doctes et experimentéez, et en eust Sa Majesté les nouvelles estant à Middelbourg en Zélande pour s’embarcquer, que luy apporta le prothonotaire messire François Zonnius docteur en théologie, qui par charge de Sa Majesté en avoit faict les poursuictes à Rome.